À vélo sur le dos du Golden Gate Bridge

En plus d’un flot incessant de 100 000 automobiles, le pont accueille tous les jours 5500 cyclistes sur son dos.
Photo: Antoine Char En plus d’un flot incessant de 100 000 automobiles, le pont accueille tous les jours 5500 cyclistes sur son dos.

À 400 kilomètres au-dessus de la Terre, Chris Hatfield a poussé un cri d’émerveillement. Le Golden Gate Bridge ! L’astronaute canadien serait tout aussi ébloui en traversant à vélo le plus célèbre pont du monde.

D’un côté de celui-ci se dressent les gratte-ciel de San Francisco, baie devant laquelle les voiliers dodelinent non loin de catamarans. De l’autre s’ouvre l’immense Pacifique sillonné de navires à fort tirant d’eau voguant vers de lointains horizons.


Derrière, sur la terre ferme, à 13 kilomètres du Golden Gate Bridge (GGB), se cache le Golden Gate Park, un trésor convoité par les amoureux de la nature et les épris de la petite reine.


C’est à l’entrée du parc qu’on prend sa monture ; là, une demi-douzaine de boutiques offrent vélos et casques pour 30 $ la journée. Il faudra au moins une bonne heure pour sortir de ses 450 hectares (soit la superficie de Central Park et du mont Royal réunis). En plus des séquoias centenaires, la piste cyclable de dix kilomètres longe deux musées, de petits lacs, des chutes d’eau, le jardin botanique et ses 7500 espèces ainsi qu’un… enclos à bisons.


Portez attention à la signalisation. Les panneaux montrant le pont sont tout petits, pas toujours clairs, pas assez nombreux.


Après avoir pédalé à droite, puis à gauche, vous avancez, reculez, tournez en rond jusqu’à vous perdre. Mais où est le pont ? Faudra-t-il héler une minifourgonnette taxi pour arriver à le voir ?


Puis, enfin, il est là ! Vous retenez votre souffle et respirez un bon coup. Orange vermillon, il s’offre dans toute sa splendeur. 2737 mètres. Ce n’est pas le plus long pont suspendu du monde. Mais quand même.


Un monument Art déco


Le pont de la porte d’or est le plus grand trésor de San Francisco. Un monument de style Art déco. Achevé en 1937 (« Une harpe d’acier de 35 millions ! », titra le San Francisco Chronicle), c’est l’une des sept merveilles du monde moderne avec l’Empire State Building… et la tour du CN, d’après un classement de l’American Society of Civil Engineers.


Pour rester belle, elle est bichonnée tous les ans par une trentaine de peintres qui y déversent 20 000 litres de peinture dans une course sans fin contre la corrosion. Elle a fait « peau neuve » en 1976, en 1982 et en 1993, et certaines de ses pièces métalliques remplacées ont été recyclées en tables de nuit ou en pieds de lit et vendues à prix fort par la Golden Gate Design and Furniture Company.


En plus d’un flot incessant de 100 000 automobiles, le pont accueille tous les jours 5500 cyclistes entre 7 h et 21 h. Il s’est même fait beau pour le Tour de Californie le printemps dernier !

 

Être dans le vent


Le vent souffle en permanence sur le pont - l’un des principaux éléments à affronter - et il réussit parfois à le faire vibrer, vous serez averti ! Le vent a inspiré Alfred Hitchcock. Pensez à son Vertigo (Sueurs froides), tourné au pied du Gate. Tout comme le romancier américain Mark Twain, qui a dit : « Mon hiver le plus froid, je l’ai passé un été à San Francisco ! »


Heureusement, vous avez votre petite laine et vous pouvez mettre la pédale douce pour mieux admirer le paysage. C’est d’autant plus agréable de lui monter sur le dos le dimanche, seul jour où les cyclistes n’ont pas à se faufiler entre les piétons car la voie de gauche leur est strictement réservée.


En une vingtaine de minutes, la chevauchée fantastique, le long d’un flot incessant de voitures (100 000 tous les jours), est terminée. Au lieu de rebrousser chemin, heureux, offrez-vous le pont entre ciel et mer. Dès la sortie, tournez à gauche, prenez Conzelman Road jusqu’à Hawk Hill. Grimpez les 300 mètres à pied s’il le faut, le vélo à vos côtés. Vous êtes au-dessus des nuages. Quelques faucons planent non loin. Le pont, la baie, Alcatraz et San Francisco s’offrent à vous d’un trait.


La descente, à vélo bien sûr, se fait en moins de dix minutes. Pédalez jusqu’à Sausalito, tout près. La ville des hippies n’est plus, remplacée par les branchés de Sillicon Valley. Mais elle reste une ville flottante avec son demi-millier de houseboats.


Le traversier arrive. Vous le prenez avec votre vélo. Avant de regagner San Francisco et ses 300 kilomètres de piste cyclable en montagnes russes, vous passez sous le Golden Gate. Pendant quelques heures, le pont s’est livré à vous sous toutes les coutures. I left my heart at the Golden Gate Bridge !


 

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