De tout pour faire un Museum

Le Museum, dans la Cortlandt Alley, entre Franklin St. et White St., à New York.
Photo: Émilie Folie-Boivin Le Museum, dans la Cortlandt Alley, entre Franklin St. et White St., à New York.

New York — La sombre Cortlandt Alley dans TriBeCa, à deux pas du Chinatown, est davantage le genre d’endroit où les gens aboutissent pour une envie de pipi pressante ou pour se tripoter, que pour la visite d’une exposition de sacs à dos pare-balles de Disney.


Et pourtant, New York étant ce qu’elle est, c’est sur des tablettes ordonnées dans un monte-charge abandonné qu’un micromusée, simplissimement baptisé Museum, expose une série d’objets du quotidien sortis de leur « milieu naturel » et provenant de partout dans le monde.


On y retrouve une quinzaine de collections d’artefacts baroques : des jarres à pourboire new-yorkaises, une collection de sacs de chips de partout sur la planète, des savons sculptés par un prisonnier, des photos de plats d’un restaurant cambodgien écartées de la sélection finale parce que trop laides pour apparaître sur le menu, la carte professionnelle d’un vendeur de marijuana


Bref, le genre de trucs qui ne franchiraient jamais la porte d’un établissement muséal. Sorte de performance immobile, ce Museum, fondé par les réalisateurs indépendants Joshua et Ben Safdie, ainsi qu’Alex Kalman, les édifie comme des objets « d’art ».


L’affichette à l’entrée donne le ton : « La vie existe autour de nous et elle est la preuve que notre existence est aussi magnifique qu’absurde. » Yetta Weissen, la guide de garde ce week-end-là, le démontre en nous faisant faire le tour. Puisqu’on n’y entre que trois personnes à la fois, elle explique en surface et s’arrête aux objets importants de la collection permanente - dont le soulier lancé à la tête de George W. Bush en Irak, acheté d’une « source sûre », bien qu’en entrevue au New York Times le curateur Josh Safdie stipule qu’il « doute de l’authenticité de toutes leurs trouvailles ».


« La plupart des objets ont été trouvés par les fondateurs pendant leurs vacances ou au gré de leurs promenades, raconte Yetta en pointant des confettis et des bracelets d’amitié de la Thaïlande. Ils vouent une sorte de respect à ces objets. » Les oeuvres de quelques artistes invités s’infiltrent aussi sur les tablettes, comme les roches provenant de « l’expédition sur Mars » du New-Yorkais Tom Sachs.


En regardant l’ensemble de l’oeuvre insolite, rangé avec soin dans ce cubicule impeccable, notre cerveau émet plein de points d’interrogation, ne sait pas trop à quoi se raccrocher pour comprendre dans quel univers parallèle il est entré, et se met à vouloir connaître les histoires derrière pour discerner, au moins, une parcelle de la réalité.


Pour cela, notre cellulaire sert d’audioguide : en composant un numéro sans frais et celui de l’artefact choisi, on se fait expliquer brièvement cha que trouvaille et son histoire.


Ainsi, en tapant le no 7030 - barbelé volé à Auschwitz -, on apprend qu’il pleuvait le jour où l’un des fondateurs, secoué par sa visite, a emporté ce morceau de clôture du camp de concentration, tandis que le no 7052 fournit des détails sur la transparence et la composition « harmonieuse » du faux vomi Ke$ha’s first Cosmo. Chaque artefact est ainsi documenté dans des archives virtuelles pour la postérité. Du moins pour aussi longtemps que survivra le musée, qui célèbre sa première année.


Indépendant, il est financé par des dons et la vente d’épinglettes, de catalogues et de vomis de plastique de sa micros copique boutique (une étagère de la largeur d’une machine à café). « Ouvert » 24 heures sur 24, on peut y observer les collections même quand les portes sont fermées, à travers trois petites fenêtres.


Pour mieux apprécier l’ensemble de l’oeuvre et s’offrir un vertige digne d’un ascenseur qui descend trop vite, on y entre pour de vrai, les week-ends, entre 11 h et 19 h.

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Derrière les trouvailles

Curieux d’entendre les brèves histoires derrière les trouvailles du Museum sans avoir à attendre sa prochaine visite à New York ? Essayez le numéro sans frais % 1 888 763-8839. Suggestions : le 7046 pour en savoir plus sur la carte professionnelle du vendeur de marijuana, le 7080 pour le jeu de dés en pain fabriqué par un prisonnier, le 7009 pour le sou noir corrodé, le 7067 pour le soulier lancé à Bush, le 7068 pour les crayons Sharpie de contrefaçon et le 7126 pour la lettre que le réalisateur Mel Brooks a écrite au roi de la pornographie Al Goldstein.

La ligne téléphonique est un peu instable et nous raccroche au nez après trois capsules. Le plus surprenant, c’est que ce n’est même pas surprenant.

Museum, dans la Cortlandt Alley, entre Franklin St. et White St.
Twitter : @mmuseumm

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