Quelques plages horaires d’activités

Le pier de Virginia Beach, l’une des icônes de la ville avec le boardwalk et la statue de Neptune.
Photo: Gary Lawrence Le pier de Virginia Beach, l’une des icônes de la ville avec le boardwalk et la statue de Neptune.

L’expression « plage vierge » n’est certainement pas née à Virginia Beach. Malgré l’immensité et la largeur du littoral sablonneux de la star de la villégiature du centre des États-Unis, les vacanciers des 12 000 chambres de la zone hôtelière de cette Cancún sans Mexicains ont tôt fait d’y déferler et de s’y agglutiner la belle saison venue.

De l’autre côté de la muraille d’hôtels surélevés, les embouteillages se suivent et se ressemblent le long des boutiques à trucmuches, des maisons hantées de carton-pâte et autres foires pour gamins, où les voitures font du pare-chocs à pare-chocs sur Atlantic Avenue.

Et dès lors que la pluie bat de grain en grain, tout le monde se précipite au (très chouette) aquarium, créant de nouvelles vagues de congestion.

On ne peut pas former la plus grande ville de Virginie (1,5 million d’habitants pour l’agglomération) et aspirer à la quiétude au plus fort de l’été. En revanche, on peut s’en éclipser l’espace de quelques heures ou d’une journée, entre deux bains de foule et quelques bouffées de monoxyde de carbone. En voici quelques exemples.

Depuis trois jours, la mer est rude, les déferlantes s’accablent sans relâche sur le littoral et le vieux quai bringuebalant se deman de bien si le pier n’est pas à venir, tant ses gambettes en bois se font cingler par les vagues gonflées à bloc.

Annulée, donc, la sortie au large pour aller taquiner le marlin, qui serait passé de la mer aux grils du restaurant Waterman’s, là où on peut fai re cuire ses propres prises le jour même.

Exit aussi l’envie de harnacher la mer démontée en kayak, à moins de savoir esquimauter - et encore. Tombée à l’eau, l’excursion d’observation des dauphins qui caracolent en bandes dans les eaux environnantes.

Mais les surfeurs, cerf-volistes de traction et adeptes de bains sportifs, eux, sont ravis d’avoir droit à pareils rouleaux et à des eaux aussi revigorantes en ce début de mai frisquet. « Mieux vaut en profiter, d’ailleurs : en juin, on aura tous la coulisse dans le dos », assure le préposé de Surf Adventure, une petite entreprise de Sandbridge, au sud de Virginia Beach, où l’on donne des cours permettant de maîtriser l’art de glisser dans le creux des vagues, les deux pieds sur une planche et le toupet au vent.

Si Virginia Beach accueille tous les ans des compétitions de surf, c’est un tout autre type d’activité qui gagne en popularité chez Surf Adventure : le Stand Up Paddleboard (SUP). Sorte de planche à voile avec pas d’voile, sur laquelle on se déplace debout à l’aide d’une longue pagaie, le SUP permet de glisser silencieusement sur les canaux intérieurs de Sandbridge, en espérant voir surgir un pygargue à tête blanche, une tortue poussive ou un serpent furtif.

Mais les oies blanches n’ont cure de ces lieux, quand elles sont en ville (en décembre et janvier). Les nobles cacardeuses préfèrent de loin la réserve faunique de Back Bay et ses 32 kilomètres carrés de dunes, de plages, de forêts et de marais salants autour desquels gravitent 300 espèces d’oiseaux… et quel ques ka yakistes en train de faire le plein des sens dans cette sorte de station libre-service du plein air intérieur, à 20 kilomètres du tumulte beach-virginien.

Quant aux campeurs, randonneurs et cyclistes érémitiques, on les observe plus souvent qu’autrement dans le False Cape State Park voisin, où s’étalent 10 kilomètres carrés de solitude rustique entre mer et baie.

 

Tout juste au nord de Back Bay, la plage de Sandbridge incite à la paresse sans que rien ni personne ne nous presse. Ici, les dunes bougent comme des sables émouvants au gré des vents, et leurs sables s’accumulent comme des congères qu’on gère comme on peut, dans les rues résidentielles. Au-delà des croquignolettes maisons qui ont pilotis sur plage - dont plusieurs deviennent gîtes l’été -, le littoral s’étire doucement et les baigneurs indolents n’ont pas à jouer du coude pour se tailler une place dans la mer.

De là, plusieurs itinéraires à la fois cyclables et scéniques s’insinuent dans la campagne virginienne, entre augustes demeures à la dégaine coloniale, fermettes bancales et masures à hillbillies en train de croupir sous le poids de l’abandon et des années. Le Tout-Virginia Beach se parcourt d’ailleurs fort bien à vélo grâce à de nombreuses pistes cyclables qui permettent ici de longer la mer, là de s’enfoncer dans la majestueuse forêt maritime du nord de la ville.

Un berceau de la colonie anglaise

L’air est vif et piquant, tandis que le soleil traverse en rais espacés la claie de l’odoriférante pinède du First Landing State Park, près de la baie de Chesapeake. Aux abords du sentier aux asphaltes rabougris, une sorte de bayou virginien fait subitement son apparition, avec ses arbres fantomatiques englués dans les eaux noires des marécages et dont les branches sont chargées de « mousse espagnole », cette plante échevelée qu’on retrouve d’ordinaire sous des latitudes plus tropicales.

Au bout de la piste cyclable d’une dizaine de kilomètres s’ouvre Broad Bay, terrain de jeu des kayakistes qui tentent de lorgner balbuzards, hérons et autres représentants de la gent aviaire. Et dans les innombrables anses et quelques rares plages occultées par la végétation, on entend encore la rumeur des histoires de pirates qui, dit-on, auraient jadis enfoui quelque coffre aux trésors dans les environs.

C’est à Cape Henry, non loin de cette vaste forêt hérissée de pins si altiers qu’ils semblent dater de l’époque de Pocahontas, que les premiers colons anglais seraient débarqués pour la première fois en Amérique, en 1607 - d’où le First Landing -, avant de fonder leur premier établissement permanent à Jamestown.

Aujourd’hui, les colons en perdraient leur tricorne d’étonnement en découvrant que c’est dans un proche rayon que s’étend la plus grande base navale au monde, à Norfolk. Tous les jours, ou presque, le ballet assourdissant des avions de chasse et des hélicos qui survolent la zone hôtelière nous le rappelle, comme pour souligner à gros traits qu’un Virginien sur huit est militaire, fût-il G.I., Marine ou vétéran.

Ils sont d’ailleurs nombreux, ces vénérables survivants des conflits armés, à Virginia Beach. Surtout au fascinant musée de l’aviation militaire. Aménagé dans plusieurs hangars - dont un totalement reconstitué à l’identique de ceux que construisaient les Français au XXe siècle -, ce musée présente une épatante collection d’avions des Première et Deuxième Guerres mondiales.

Entre un authentique V1 allemand (une bombe volante, ancêtre des drones) et un avion tout droit sorti d’une bande dessinée (le coloré Boeing Peeshooter), d’incroyables appareils aux ailes rétractables sont rangés au garde-à-vous, non loin du seul Mosquito en bois (fabriqué au Canada) encore capable de voler.

Pas moins de 90 % de tous les avions exhibés sont d’ailleurs fonctionnels, y compris les fabuleuses répliques de la Première Guerre mondiale, comme ce lugubre Fokker D.7, un biplan aux ailes de chauve-souris qui arbore une hideuse tête de mort. « À la fin de la guerre, les Alliés ont dit aux Allemands de détruire tous leurs avions, sauf ce modèle, explique Bob Sage, vétéran du Vietnam. Ils voulaient comprendre comment il était construit tellement il était supérieur aux autres… »

L’autre clou de l’exposition demeure le flamboyant Fokker D.1 de Manfred von Richtofen, alias le Baron rouge. « À l’époque, on créait toutes sortes de peintures de style camouflage pour éviter que les avions soient repérés, mais le Baron rouge s’en foutait, dit Bob Sage. C’est comme s’il narguait ses ennemis et qu’il leur disait : « Allez-y, abattez-moi si vous le pouvez ! »»

Toutefois, ce qui tarabuste bien des visiteurs au Musée de l’aviation n’est pas tant de comprendre comment faisait l’as-pilote allemand pour mitrailler à travers l’hélice de son triplan (un mécanisme synchronisait le tir avec la position des pales), mais bien de savoir qui, finalement, l’a abattu en 1918 : un mitrailleur australien posté au sol, ou le pilote canadien Arthur Roy Brown ?

***
 

En vrac

Transport. Il n’y a aucun vol direct entre le Québec et l’aéroport de Norfolk, et sur place, aucun service de transport public n’est fourni pour gagner la zone hôtelière située à 30 minutes. L’option la moins chère : James River Transportation ; tarif minimum : 45 $ par personne, plus 5 $ pour chaque personne supplémentaire.

En voiture. À moins de quitter à 5 h du matin, de se restaurer au volant et de minimiser les pauses-pipi, Virginia Beach est à plus d’une journée de route de Montréal (1224 kilomètres) et de Québec (1366 kilomètres). Avec la petite famille, il vaut mieux prévoir une nuitée dans les deux sens… et beaucoup de patience, de jeux et de DVD.

Hébergement. Directement situé en bord de plage, le Comfort Inn Suites forme un bon rapport qualité-prix en famille, avec une chambre séparée par un couloir et une pièce de séjour munie d’un fauteuil-lit. Piscine intérieure pour les jours gris, frigo, wi-fi et stationnement gratuits. Tarif à compter de 140 $, petit-déj’(très ordinaire) compris. Sinon, ce n’est pas le choix qui manque : 12 000 chambres, 1800 sites de camping et 700 maisons à louer, la plupart avec vue sur la mer.

À table. Même si ce n’est pas à Virginia Beach qu’on peut se faire vriller les papilles sur elles-mêmes à tous les repas, quelques bonnes tables méritent le détour. À essayer : les huîtres fraîches ou à la Rockefeller de Chick’s, un resto plein de caractère planté aux abords de la lumineuse Broad Bay; les crabcakes (ou votre prise du jour) au Waterman’s, joli restaurant à l’ambiance endiablée situé directement sur le boardwalk; et enfin Catch 31, où les succulents fruits de mer sont présentés en pièces montées et accompagnés d’une belle sélection de vins de Virginie. Enfin, pour catalyser son taux de cholestérol : Doc Taylor’s, un resto à brunchs où même les cheveux et les tabliers des cuistots sont gras, c’est dire. Paradoxalement, cette gargote loge dans l’ancienne résidence d’un médecin. Un spécialiste de la liposuccion, peut-être ?

Promo. Chaque année, les Semaines du Canada donnent lieu à plusieurs promotions : deux nuitées gratuites lors de la réservation de six nuitées auprès de plusieurs hôtels, rabais sur des excursions en plein air, etc. Cette année, la période promotionnelle s’étend du 14 juillet au 29 août et du 2 septembre au 31 octobre
 

À voir. Le 16 juillet, des centaines d’artistes créeront des oeuvres éphémères de craie en se servant du béton du boardwalk comme canevas, lors de l’événement Chalk the Walk, entre la 16e et la 18e Rue.
 

Sur le Web. Consultez le blogue «Voyage» de L’actualité pour une galerie de photos du Musée de l’aviation militaire.

L’auteur était l’invité de l’Office de tourisme de Virginia Beach.

 

Collaborateur

À voir en vidéo