Tourisme Singapour - De fer, de verre et de vert

Dans le quartier chinois de Singapour, qui forme bel et bien un îlot même si cela peut paraître étrange dans une île majoritairement peuplée de Chinois…
Photo: Gary Lawrence Dans le quartier chinois de Singapour, qui forme bel et bien un îlot même si cela peut paraître étrange dans une île majoritairement peuplée de Chinois…

Longtemps considérée comme barbante et trop rompue aux bonnes moeurs, nettement salie de quolibets pour cause de propreté à l’excès, Singapour s’affuble toujours du sobriquet de fine city, pas tant pour sa joliesse que pour les liasses de contredanses qu’on peut y récolter, vu ses innombrables interdictions. Mais au-delà de sa réputation de pudibonde, il arrive que dans son sens on abonde.


Par les temps qui courent, on tend moins à se demander « Singapour ou contre ? » dès lors qu’on envisage de faire escale dans la célébrissime cité-État de la péninsule malaise.


Ancien comptoir de la Compagnie des Indes orientales, ex-colonie britannique, membre-éclair de la Fédération de Malaisie, Singapour est devenue indépendante en 1965 et… dépendante au succès économique et au plein-emploi depuis lors.


Longtemps le plus important port du globe, puissante économie mondiale malgré sa place lilliputienne sur la mappemonde, cette île-nation de cinq millions d’âmes demeure pour d’aucuns une prude capitale financière tout juste bonne à se faire lécher les vitrines, et encore.


Mais, bien que ce ne soit pas demain la veille qu’elle arrivera à la cheville festive de Bangkok ou qu’elle héritera du grain de folie de Tokyo, la Cité du Lion a récemment jeté un peu sa gourme. Comme une ado qui aurait pris ses distances avec la famille vertueuse qui l’a élevée, elle est devenue plus agréable à fréquenter, ne serait-ce qu’en coup de vent. Voyez plutôt.


Dès son indépendance, Singapour s’est dotée d’ambitieuses politiques vertes pour créer un cadre de vie susceptible d’attirer investisseurs et immigrants. Pari tenu : moins d’un demi-siècle plus tard, ce pays presque à cheval sur l’Équateur foisonne de verdure, laquelle couvre près de 50 % de sa superficie, dont 10 % de parcs et d’aires protégées.


Dès lors qu’on déambule dans cette cité-jardin, il est plus qu’ardu de ne pas côtoyer plantes, fleurs et végétation, y compris le long des routes, où 1,7 million d’arbres, tous numérotés, se suivent à la queue-leu-leu. Pour relier entre eux la multitude de parcs urbains qui ponctuent la ville, un réseau de corridors verts, en pleine expansion, permet aussi à la biodiversité de foisonner et aux espèces animales de se déplacer.


Et comme si ça ne suffisait pas, les toits-jardins sont légion et d’innombrables façades végétalisées forment une vaste succession de boucliers verts protégeant bon nombre d’habitations de la touffeur ambiante.


Tout près de la trépidante et mercantile Orchard Road, la réserve Bukit Timah demeure l’une des deux seules forêts tropicales primaires en milieu urbain au monde, avec celle de Rio de Janeiro : dans un seul de ses hectares, on trouve plus d’espèces d’arbres que dans toute l’Amérique du Nord…


Sur le littoral, les splendides Gardens by the Bay ont été inaugurés, en juin dernier, sur des terrains gagnés sur la mer - comme près de la moitié de l’île principale de Singapour (qui compte 63 autres petites îles). Deux immen ses ser res futuristes s’y dressent et abritent plus de 200 000 espèces végétales, mais aussi la plus haute cascade intérieure au monde (35 mètres).


À l’extérieur, 18 supertrees, sortes de baobabs de béton et de fer, s’élèvent jus qu’à 50 mètres de hauteur. Ils servent autant de sites de reproduction pour oiseaux et insectes qu’à collecter les eaux pluviales et les rayons solaires, grâce à leurs cellules phovoltaïques. Ils forment aussi des jardins étagés à la verticale qu’on reluque de près le long d’une passerelle suspendue, y compris la nuit alors qu’ils s’illuminent magistralement.

 

Architextures


Souvent comparé à deux oryctéropes en pleins ébats, aux yeux d’une mouche cyclopéenne ou à des durians - ces fruits pestilentiels de la péninsule malaise -, le surprenant Esplanades-Theaters on the Bay mérite la palme du design le plus déjanté à Singapour. Situé à quelques minutes du mythique hôtel Raffles, il abrite un théâtre et une salle de concerts, et on attribue à son inauguration la récente naissance culturelle de la ville, autrefois en proie à une profonde léthargie.


Non loin de là, et dans un proche rayon de la plus haute grande-roue du monde, le starchitecte Moshe Safdie (l’auteur d’Habitat 67 à Montréal) a conçu le complexe Marina Bay Sands, dernière icône moderne de la ville.


Celui-ci compte 10 000 employés, 2600 chambres, une multitude de boutiques et de restos, le pétulant ArtScience Museum ainsi que le premier casino à avoir vu le jour en ville - le tout pour la bagatelle de huit milliards de dollars, vu la valeur faramineuse du mètre carré de terrain. Sa piscine à débordement est la plus élevée au monde (146 mètres) et elle donne l’impression, en s’y baignant, qu’on peut carrément aller se déverser dans la ville.


Sur l’île-divertissements de Sentosa, où se trouvent l’immense complexe Resorts World Sentosa et les studios Universal, ce sont plutôt 45 millions de litres d’eau qui ont été versés dans ce qui forme désormais le plus grand océanarium du monde, avec 100 000 bêtes marines représentant 800 espèces.


L’Empire du milieu… de la ville


S’il peut paraître étrange de parler d’un Chinatown dans une île majoritairement peuplée de Chinois, celui de Singapour forme bel et bien un îlot, pas tant culturel qu’architectural, au coeur d’une étale de verdure bordée par des bosquets de gratte-ciels.


Admirablement préservées et joliment peinturlurées, les pimpantes shop houses (anciennes demeures à étages des années 20 et 30) s’enlignent toutes dans le quadrilatère tracé par Sir Raffles, à l’époque de la colonie.


Aujourd’hui éminemment touristique, le quartier n’en demeure pas moins hautement plaisant à arpenter, entre restos chics et commerces sympathiques, et malgré les échop pes à trucmuches et autres boutiques Tintin.


Si l’une des extrémités de Chinatown est bordée par le temple de la Dent de Bouddha, l’autre l’est par le temple hindouiste Sri Mariamman et son gopuram surpeuplé de divinités. Car après les Chinois (77 % de la population) et les Malais (14 %), ce sont les Indiens qui forment la plus grande communauté singapourienne (7 %).


Pour s’en convaincre, il suffit de flâner dans Little India, surtout le dimanche ou tard le soir, alors que les marchés s’animent et que les fumets des restos de rue s’insinuent dans les ruelles aux pastels décrépits.

 

Fascinant microcosme du sous-continent, cet autre quartier fort bien délimité ne dort pratiquement jamais et permet d’entrer de plain-pied dans les traditions hindoues.


C’est notamment le cas lors du festival Thimithi, en novembre, où des dévots marchent sur des charbons ardents pour prouver leur foi - et la robustesse de la corne qui recouvre leurs pieds.


Faire bonne chère et siffler un verre


En dehors de ces fêtes religieuses, les charbons ardents se retrouvent surtout sous les grils des innombrables hawkers (petits comptoirs de restauration de rue) que compte Singapour, dont la mosaïque culturelle se reflète à table : satays (brochettes) de poulet ou de boeuf sauce aux arachides, poulet au riz du Hainan, cari de tête de poisson, nouilles laksa (avec lait de coco et pâte de crevettes), roti prata (crêpe fourrée), poulet rendang malais, char siew (porc laqué à l’ancienne)…


Parallèlement à ces comptoirs réunis en vastes hawker centers, où tout un chacun honore quotidiennement la propension nationale à becqueter, Singapour dispose d’une flopée de tables délectables qui lui valent d’être considérée par plusieurs comme la capitale gastronomique de l’Asie.


Ici, l’éventail ne se limite plus à ce seul continent, mais bien au monde : salade de crevettes, coco et pomélo au Wild Rocket ; sorbet à l’olive noire, gazpacho fraises et basilic à l’Esquina ; jarret d’agneau cidre et miel et son couscous tomates séchées et menthe au Royal Mail… Sans compter ces tables qui valent le déplacement rien que pour le coup d’oeil, comme le resto français Jaan, situé au 70e étage d’une tour du Central Business District ; le tout nouveau Pollen, un méditerranéen qui niche dans l’une des serres de Gardens by the Bay ; ou les restaurants branchouillés qui se sont établis dans les anciens entrepôts de The Quays.


Du reste, la vie nocturne singapourienne ne se limite plus à siroter un exorbitant Singapore Sling à l’hôtel Raffles, de 18 h à 18 h 15. Sur l’île de Sentosa, les bars de plage ont champignonné en tentant de singer ce qui se fait à Ibiza, tandis que les boîtes de nuit essaimaient dans Heritage District ou ailleurs et que les mixologistes créaient çà et là de véritables temples du cocktail tarabiscoté. Enfin, à The Auld Alliance, toutes les distilleries écossaises sont représentées parmi le millier de scotches (et la quarantaine d’absinthes) disponibles.

 

L’avis des gens riches et célèbres


Outre la consommation de coûteux tord-boyaux hors d’âge, ce ne sont pas les occasions de casser du fric qui manquent à Singapour. En voici quelques juteux exemples : une chambre d’hôtel dont les fenêtres donnent sous les eaux du Marine Life Park (Ocean Suites, 1970 $ la nuit) ; des suites résidentielles avec vue sur la ville et sur sa Bugatti grâce à une baie vitrée intérieure sur le garage (The Ritz-Carlton Residences, 24 000 $ par mois) ; et un cocktail couronné d’un diamant et moucheté de feuilles d’or pour qui veut prouver aux autres qu’il est si fortuné qu’il peut couler des bronzes dorés (Pangaea Club, 28 000 $ le verre).


Cela dit, un récent sondage Gallup rapporte que les Singapouriens figurent parmi les habitants les plus malheureux du globe, sur 148 pays recensés. Il est vrai que, d’un côté, le coût de la vie augmente, les salaires stagnent et le niveau du temps de travail se hisse parmi les plus élevés d’Asie, dans ce pays où la majorité des gens n’est pas née avec une cuiller de platine dans la bouche.


Mais d’un autre côté, Singapour compte le plus haut pourcentage de millionnaires de la planète (soit environ 188 000, répartis sur à peine 700 km2), ce qui devrait suffire, en soi, à faire grimper la moyenne de l’indice national de gaîté brute.


Puisqu’il n’en est rien, de deux choses l’une : soit on n’a pas consulté les richissimes Singapouriens lors du sondage, soit l’argent ne fait vraiment pas le bonheur.


En vrac


Transport. Singapore Airlines, l’une des sept compagnies aériennes cinq-étoiles au monde, relie la cité-État à plusieurs villes des États-Unis ainsi qu’à Francfort, accessible de Montréal par Air Canada. Du Québec, on peut aussi gagner Singapour via Paris ou Amsterdam avec Air France/KLM, ou encore via Zürich avec Swiss, depuis peu.


Croisières. L’une des meilleures façons de gagner (ou de quitter) Singapour consiste à s’embarquer à bord de l’un des navires de Silversea, qui programme la ville plusieurs fois par année dans le cadre de nombreuses croisières.


Culture. Pour comprendre l’histoire des Chinois des Détroits, premiers immigrants venus de Chine pour s’établir à Singapour, le musée Peranakan mérite un saut.


À visionner. La série Ports d’attache (ports.tv5.ca), animée par la photographe Heidi Hollinger et diffusée à TV5, consacre un épisode d’une heure à Singapour. Très bien réalisé et… très instructif. À revoir sur video.tv5.ca (saison 2) jusqu’en juillet.


Guides. Le Cartoville Singapour, parfait pour une virée de 24 heures, décrit les principaux attraits de la ville grâce à de très pratiques cartes dépliables, quartier par quartier. Pour aller plus en profondeur : Singapour en quelques jours, chez Lonely Planet, ou le Guide du routard Malaisie-Singapour, chez Hachette.


Sur le Web. timeoutsingapore.com, yoursingapore.com (site officiel).



L’auteur était l’invité de Silversea Cruises.