Tourisme France - La Provence à grandes lampées culturelles

Séguret figure dans la liste des «Plus beaux villages de France».
Photo: Carolyne Parent Séguret figure dans la liste des «Plus beaux villages de France».

Provence — Des dégustations de grandes appellations, une virée à vélo dans les vignes, un atelier vin et chocolat, une fête populaire à Avignon, des vins « archéologiques » à Beaucaire : beau programme pour s’imbiber, pardon, pour s’imprégner du Vaucluse et du Gard provençal sur fond de paysages éblouissants.


À l’ombre des Dentelles de Montmirail. Sur un ciel plus que bleu se découpe le spectaculaire massif calcaire des Dentelles. Sa silhouette, qui ressemble vaguement à un électrocardiogramme anormal, sera notre point de repère lors de flâneries dans de beaux villages.


L’un d’eux est Séguret, juché à flanc de colline et dominant une mer de vignes. Ses basses maisons de pierre s’étagent sous les ruines d’un château féodal. On dirait un village de crèche. C’est d’ailleurs son surnom, d’autant plus qu’on y fabrique des santons, ces figurines d’argile typiquement provençales peuplant la scène de la Nativité.


À Gigondas, la commune voisine, des artistes ont joué au Petit Poucet, semant leurs sculptu res çà et là dans les ruelles. Joyeuse initiative ! À la cave du village, on découvre les créations des propriétaires récoltants de Gigondas, de Vacqueyras et de Beaumes-de-Venise ; au Caveau des gourmets, des créations culinaires servies en portions verrines, accompagnées de vins du cru. Six services, autant de vins… C’est par où, la sieste ? !


Ce sont plutôt des sécateurs qui nous attendent à Sarrians, au Domaine Montirius. Au milieu des vignes, sur un plateau avec vue Imax 3D sur les Dentelles, le Ventoux, le Lubéron et les Alpilles, nous rencontrons la vigneronne Christine Saurel, une pionnière de la viticulture biodynamique dans la région. « C’est un cheminement de vie, explique-t-elle, parce qu’il est impossible d’être propre dans les vignes et de manger du McDo ! » Puisque les vendanges n’ont pas encore démarré, tant pis pour les sécateurs, dégustons plutôt ses bonnes cuvées !

 

Au pied du mont Ventoux


En ce mois de septembre, le ciel doit son azur au mistral, qui, ce matin, pourchasse certainement les nuages jusqu’aux Açores. « Il sera là pour trois, six ou neuf jours, et ce ne sont pas des galéjades ! », nous renseigne un confiseur de Carpentras.


Peu importe, nous sommes à l’abri dans les rues de la vieille ville, où se tient le marché du samedi. Fromages, figues, berlingots (célèbres bonbons créés ici au XIXe siècle avec le sirop des fruits confits), miel, truffes d’été… Les étals mettent l’eau à la bouche. Un petit creux se fait sentir que nous assouvissons chez Jouvaud, assurément la plus jolie pâtisserie en ville.


Au pied du mont « chauve », à Villes-sur-Auzon, Gabriel Valverde nous accueille chez TerraVentoux. Responsable de l’oenotourisme pour cette cave coopérative, il a créé avec les vignerons du cru plusieurs parcours, à pied et à vélo, électrique ou pas, qui conjuguent exploration des environs et pauses dégustation. Oh, comme nous aimons le rythme épicurien de la vie provençale !


De part et d’autre de la route de campagne, la vigne raye bellement la plaine. « C’est un paysage façonné par la tradition, avec ses villages, ses vignobles et ses vergers, dit M. Valverde. Car il y a ici des cerisiers, des abricotiers, des pêchers qui permettent aux vignerons de s’en tirer lors des mauvaises années. »


Nous faisons une première halte à Flassan, un hameau ocre, le temps de déguster un vin de soif 100 % viognier. Nous roulons ensuite jusqu’à un boisé et son vallat (canyon, en provençal) d’argile rouge. Quel cadre superbe pour un apéro ! Justement, M. Valverde nous sert un rosé sec aux arômes fruités à base de grenache noir, de syrah et de cinsault, les cépages phares du Sud, et des amuse-bouches qui nous rappellent que nous sommes au pays de la truffe noire.


De retour à la cave, nous faisons le plein de Cavée AOC Ventoux. Le coffre de notre Citroën commence vraiment à ressembler à un cellier mobile.

 

Les pots de vin de Châteauneuf-du-Pape


C’est aux papes d’Avignon, qui y ont installé leur résidence d’été au Moyen Âge et planté les premières vignes, que le village doit son renom. Jumelé à Castel Gandolfo, le terroir n’oublie d’ailleurs pas ses origines papales : il livre au Vatican six caisses de 12 bouteilles par année. « C’est une vieille tradition, et en échange, la délégation reçoit la bénédiction du souverain pontife », explique Michel Blanc, président du syndicat Vinadéa.


Les vins de Châteauneuf-du-Pape comptent parmi les plus grands au monde. Leur typicité est en partie due aux quatre sols de l’appellation, galets roulés, calcaire, sable et grès rouge, que la prestigieuse maison Ogier a eu la bonne idée de réunir dans son Conservatoire des terroirs. En compagnie de l’oenologue Didier Couturier, nous poursuivons notre visite côté chais, mais honnêtement, c’est « l’âme de la maison », le Clos de l’oratoire des papes, qu’il nous tarde de déguster !


Notre exploration des saveurs et arômes castelpapaux prend ensuite une tournure ludique. Au Pavillon des vins de la Maison Bouachon, Florent Rigaud, responsable des animations oenotouristiques, nous propose un atelier de dégustation vins et ganaches. « Pourquoi des pâtes de chocolat plutôt que du chocolat pur ? Parce que si le chocolat dynamise le vin, la ganache, plus encore, à cause de ses différentes textures qui transforment les saveurs », dit le sommelier.


Aux ganaches citron, framboise et figue sont assortis deux vins rouges et, surprise !, un blanc. La dégustation par étapes met de l’avant soit le vin, soit le chocolat, et l’expérience est aussi gourmande qu’étonnante.


- Vinadéa (vitrine des vins de 90 domaines et châteaux), pavillon@maisonbouachon.com


Avignon, capitale des Côtes du Rhône


Chaque automne, dans l’ancienne cité papale, les Compagnons des Côtes du Rhône font revivre une vieille coutume : la proclamation du ban des vendanges. « Cette proclamation rappelle l’époque où les papes envoyaient des émissaires dans les vignes pour goûter le raisin et évaluer son degré de maturité », dit Brigitte Noël, présidente de cette association de passionnés du vin. Si les fruits étaient jugés prêts, les vendanges pouvaient alors commencer.


Le coup d’envoi de cette belle fête populaire, qui aura lieu cette année le 31 août, est un grand défilé dans les rues de la ville, en après-midi, suivi d’une messe vigneronne célébrée en provençal à la cathédrale Notre-Dame-des-Doms. Au jardin du Rocher des Doms s’amènent ensuite les confréries gourmandes, promouvant truffe, ail, melon et autres produits des terroirs, et les confréries bachiques. Des compagnons goûtent les raisins, le ban est prononcé et l’on procède à une première pressée. C’est rigolo et convivial ; on trinque, on pique-nique, un orchestre s’installe, et c’est parti pour un bal sous les étoiles !

 

Dans la foulée des Romains


Nous voilà sur la rive droite du Rhône, dans le département du Gard et la région du Languedoc-Roussillon. Entre Provence et Cévennes, on le dit provençal, ce Gard. Et il l’est bel et bien de par sa langue, sa culture et ses traditions.


À Beaucaire et à proximité de la Via Domitia, la plus ancienne voie construite par les Romains en Gaule, le vignoble des Tourelles nous transporte à l’époque gallo-romaine. Des fouilles archéologiques ayant démontré qu’il se trouve à l’emplacement d’une antique villa, son propriétaire, Hervé Durand, également cofondateur du vignoble québécois de l’Orpailleur à Dunham, a eu l’idée de valoriser ce patrimoine. Comment ? En reconstituant une authentique cave gallo-romaine et en élaborant trois « vins archéologiques » sur la base de recettes vieilles de 2000 ans ! « Si on ignore tout des cépages des Romains, on sait par contre qu’ils étaient aromatisés d’épices et que ces épices l’emportaient sur les caractéristiques des raisins », dit-il.


Fenugrec, miel, defrutum (un concentré de jus de raisin parfumé aux coings) et jusqu’à de l’eau de mer entraient dans la composition des vins romains. L’un d’eux, le Mulsum, un apéritif miellé, était reconnu pour préserver la vigueur masculine, et pour cette raison, il était interdit aux serviteurs par Rome !


En parfait état de fonctionnement, la cave est ouverte aux visiteurs le deuxième dimanche de septembre, lors des vendanges romaines. Les raisins sont alors pressés dans un imposant pressoir à levier en bois et le jus versé dans des jarres et amphores en terre cuite. C’est à voir ! Les « vins romains », eux, peuvent être dégustés toute l’année. Avis aux oenophiles curieux !

 

En vrac


Y aller : avec Air Transat, en vol direct sur Marseille au départ de Montréal.


Se loger : dans de superbes maisons d’hôtes ! (Lire «Chambres à part en Provence»).


Sillonner : les Routes des Côtes du Rhône. Des cartes identifiant les caves ouvertes aux visiteurs et les atouts des terroirs que traversent ces 13 routes sont téléchargeables.


Consulter : l’excellent guide Sur la Route des vins de la Vallée du Rhône (Hachette Tourisme), d’Elisabeth Mauris et Olivier Bompas.


Cliquer : provenceguide.com, tourismegard.com.



Carolyne Parent était l’invitée de l’Agence départementale du tourisme de Vaucluse, du Comité départemental du tourisme du Gard et d’Air Transat.

 

Collaboratrice

1 commentaire
  • Michel Lamontagne - Inscrit 20 avril 2013 09 h 24

    Provence

    À voir et conserver