Les glaneuses

Brantes, à l’ombre du mont Ventoux, dans le Vaucluse.
Photo: Carolyne Parent Brantes, à l’ombre du mont Ventoux, dans le Vaucluse.

Brantes, France — À Brantes, un hameau haut perché dans le Vaucluse, au sud de la France, deux villageoises s’adonnent à la cuisine sauvage et nous invitent à les imiter. Ce sont Odile Daniel et Jacqueline Toumissin, alias les Aventurières du goût !


Leur proposition ? Une promenade au cours de laquelle on cueille plantes et fleurs sauvages, suivie d’un atelier de cuisine qui valorise notre butin. « Pour nous, il s’agit d’une mise en commun de compétences : moi, c’est la cuisine, explique Mme Daniel, chef de métier. Jacqueline, c’est la « reine essentielle », la spécialiste de la botanique. Et au final, l’idée est de transmettre des connaissances et d’éveiller une créativité culinaire. »


Mme Toumissin a d’ailleurs conçu le sentier botanique qui traverse le hameau médiéval. Intitulé « Médicinales et toxiques, à vos pieds », il présente une trentaine de plantes sauvages. « Ce sont pour la plupart des plantes utiles, précise-t-elle, dont une vingtaine peuvent être mangées en salade. Alors, j’ai dit à la personne qui fait l’entretien : « Pas de pesticides ni de désherbants, c’est Jacqueline qui broute ! » »


C’est aussi avec Jacqueline qu’on se balade. Passionnée par le règne végétal, l’ethnobotaniste dit avoir tout appris de sa grand-mère, qui se soignait dans la nature. Comme elle, elle fait d’ailleurs macérer des fleurs de millepertuis dans de l’huile d’olive, ce qui lui donne un pouvoir cicatrisant, prépare des infusions de sureau pour combattre la fièvre, et de menthe pour soulager le mal de gorge. « Mais attention, il n’y a parfois que le dosage qui différencie le remède du poison… »

 

La nature garde-manger


La promenade est vraiment chouette. Elle nous mène tout autour de Brantes, à l’ombre de l’imposante masse du mont Ventoux et en surplomb de la rivière Toulourenc. Chemin faisant, Mme Toumissin raconte l’histoire de la région, qui a un temps prospéré grâce à la culture du tilleul et, surtout, de la garance tinctoriale.


Panier d’osier au bras, notre guide identifie les plantes, en cueille certaines, nous en fait sentir ou goûter d’autres. (Tiens, la pimprenelle rappelle le con combre !) Ça nous met en appétit… De retour dans la belle maison en pierre de Mme Daniel, on trie le produit de notre cueillette, que nous intégrerons à la préparation des plats choisis par la chef en fonction de la saison.


Au menu ce jour-là : soupe froide de pourpier, concombre, menthe et yogourt ; salade d’amarante et pommes de terre ; bruschetta de tomates ancien nes, d’olives de Nyons, d’ail et de basilic ; figues noires farcies d’une tartinade de fromage de chèvre, de poivrons rouges, d’amandes et de raisins, garnies de mauve ; brick aux oeufs ; croustade de figues et de baies de sureau. Le tout arrosé d’un frais rosé de la région.


« En sus de notre récolte, nous emploierons des produits du terroir parce que, pour moi, il est important d’utiliser les patates de Gilles, le fromage de Dan, les olives de Pierre Étienne, les tomates de Michel, les oeufs d’Isabelle… La nature est généreuse ici, mais les gens travaillent aussi très fort », note Mme Daniel.


Notre boulot à nous se poursuit à la cuisine, et une heure et demie plus tard, nous dégustons le fruit de nos efforts. Verdict ? C’est bon, c’est frais, c’est sauvage, et on en redemande.


L’atelier « Balade et cuisine naturelle » est offert d’avril à octobre, tous les jeudis après-midi et samedis matin, sur réservation. lesaventurieresdugout.org provenceguide.com
 

 

Collaboratrice
Carolyne Parent s’est rendue dans le Vaucluse avec la collaboration d’Air Transat.