De passages à Paris

Jean-Paul Gaultier a ouvert dans le passage Vivienne sa première boutique. Yuki Torii et Nathalie Garçon l’y ont rejoint.
Photo: Agence France-Presse (photo) François Guillot Jean-Paul Gaultier a ouvert dans le passage Vivienne sa première boutique. Yuki Torii et Nathalie Garçon l’y ont rejoint.

Ils n’ont pas l’exubérance de la galerie Victor-Emmanuel II à Milan ni l’opulence des galeries St-Hubert à Bruxelles. Les passages parisiens sont plus intimes, plus discrets, voire modestes. Modestes, mais quand même… Ça n’empêche pas certains d’entre eux d’afficher marbres, dorures, mosaïques et verrières.


Splendidement décorée, la galerie Véro-Dodat est la première à avoir été inscrite à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1965. La déco de la galerie Vivienne, reine des galeries parisiennes, s’inspire de l’Antiquité : couronnes de laurier, gerbes de blé, palmes et cornes d’abondance en abondance. Ses fascinantes mosaïques sont signées du grand maître Facchina.


L’histoire commence avec l’inauguration des galeries du Palais-Royal en 1786. À court de fonds, le duc d’Orléans avait décidé de bâtir une aile commerciale en bois dans le jardin du Palais-Royal pour se renflouer. L’endroit est vite devenu un des lieux de promenade favoris des Parisiens. La mode était lancée.


Logés sous de larges verrières et bordés de boutiques de luxe, galeries et passages protègent alors les passants des intempéries. Ils permettent aux élégantes de garder le pied sec en ces temps où les rues de Paris n’étaient pas pavées et où n’existaient ni trottoirs ni égouts. Éclairés au gaz, ils assuraient également une certaine sécurité le soir, à la sortie des théâtres.


Héritières des souks et ancêtres de nos centres commerciaux, les galeries étaient lieux de commerce autant que lieux de rencontres, tenant également du salon, à la mode à l’époque. L’âge d’or des passages couverts, concentrés sur la rive droite, se termine avec les travaux du baron Haussmann, l’ouverture des grands magasins et la généralisation de l’éclairage, qui les plongent dans un long sommeil d’où les ont sortis quelques passionnés. Des 150 galeries de l’époque, il n’en reste plus qu’une vingtaine.


Certaines figures emblématiques des passages et galeries ont tiré leur révérence, comme le célèbre locataire de la galerie Véro-Dodat Robert Capia. Dans la boutique de ce collectionneur de poupées anciennes, véritable capharnaüm de livres, de jeux, de vêtements et de meubles de poupées, les poupées précieuses habillées par Worth, Hermès et Vuitton côtoyaient des plus prolétariennes, confiées en adoption au propriétaire des lieux par de vieilles dames du quartier qui n’avaient personne à qui les léguer.


Robert Capia, qui avait cofondé en 1999 l’Association passages et galeries, a fermé boutique en 2004 et est mort l’année dernière. L’imprimeur Stern, figure de proue du passage des Panoramas chez qui tous les grands de ce monde - même Lénine, dit-on - ont fait graver leur bristol pendant des décennies, a laissé sa place à un commerce de philatélie.


Historiquement liés au théâtre et à la littérature, galeries et passages ont gardé une certaine aura de romantisme. Artistes maquilleurs, chausseurs chics, galeristes, cavistes, luthiers, gantiers, créateurs de premier plan, antiquaires et libraires ont choisi ces lieux sur un coup de coeur plutôt que selon les diktats d’une quelconque étude de marketing.


Établie depuis près de 40 ans dans le passage Jouffroy, la galerie Segas vend des cannes dans un cadre au charme suranné qui va à ravir à cet accessoire de dandy d’un autre âge. Le Bonheur des dames, dans le passage Verdeau, fait dans la broderie. Kenzo a relancé le passage Vivienne, Jean-Paul Gaultier y a ouvert sa première boutique. Yuki Torii et Nathalie Garçon l’y ont rejoint. Stella McCartney a choisi les galeries du Palais-Royal.


Le dédale des galeries permet de fréquenter un musée (Grévin), de faire des courses (Legrand filles et fils), de magasiner jusqu’à plus soif, de prendre le thé (A priori Thé) et de se sustenter à loisir.


Refuges de choix les jours de pluie, ces galeries et passages, qui gardent fièrement le souvenir de boutiques insolites aujourd’hui disparues et d’une époque révolue, révèlent, à ceux qui savent scruter leurs vieilles pierres, quelques secrets de l’histoire de la ville.


 

Collaboratrice

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En vrac

Dormir au passage L’hôtel Chopin, ouvert en 1846, l’année de construction du passage Jouffroy, est une oasis de calme.

Manger au passage Quelques restos ont pignon sur passage. Le Grand Colbert est le plus ancien. Il a été magasin de nouveautés, avant de devenir restaurant au tout début du XXe siècle.

Visiter les passages

Galeries du Palais-Royal, 18, rue Montpensier. Métro Palais-Royal.

Galerie Véro-Dodat, 19, rue Jean-Jacques-Rousseau/2, rue du Bouloi. Métro Louvre.

Passage des Panoramas, 10, rue Saint-Marc/11, boulevard Montmartre. Métro Richelieu-Drouot.

Passage Jouffroy, 10-12, boulevard Montmartre/9, rue de la Grange-Batelière. Métro Richelieu-Drouot.

Passage Verdeau (prolongement des passages des Panoramas et Jouffroy), 6, rue de Grange-Batelière/31, rue du Faubourg-Montmartre. Métro Richelieu-Drouot.

Galerie Colbert, 4 et 6, rue Vivienne. Métro Bourse.

Galerie Vivienne, 4, rue des Petits-Champs/23, rue Saint-Augustin/6, rue Vivienne. Métro Bourse.

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