Tourisme Irlande - Cinq coups de coeur dans l'île d'émeraude

Les falaises de Moher, dans le comté de Clare. Ce site, membre du réseau des géoparcs de l’UNESCO, est l’un des plus populaires d’Irlande.
Photo: Carolyne Parent Les falaises de Moher, dans le comté de Clare. Ce site, membre du réseau des géoparcs de l’UNESCO, est l’un des plus populaires d’Irlande.

Irlande — Cette année, tout le monde est invité à s’envoyer en l’Eire dans le cadre des festivités du Gathering. Ce grand rassemblement, la plus ambitieuse opération touristique jamais entreprise par ce pays, vise la diaspora irlandaise et tous ceux qui ont envie de découvrir l’île d’émeraude. À leur intention, voici un itinéraire en cinq temps, de Dublin, la capitale, à la côte ouest.

Dublin la cool


Est-ce dû au fleuve Liffey qui la traverse ? À ses rues entières bordées de maisons georgien nes ? À ses nombreux parcs et squares ? À ses pubs où l’on trinque plus vite que son ombre ? Au dynamisme de sa population, une des plus jeunes d’Europe ? À un mélange de tout ça ? Sans doute… Toujours est-il que la ville de James Joyce, d’Oscar Wilde et de Bono de U2, entre autres illustres Dublinois, a un bloody sex-appeal !


« Du temps où l’Irlande faisait partie de l’Empire britannique, Dublin avait le statut de seconde capitale, et à ce titre, se devait d’être aussi fastueuse que Londres », dit la guide Charlotte Jehanno. Un exemple de son faste est le magnifique Trinity College fondé sous le règne d’Élizabeth Ire. Sa bibliothèque, The Long Room, compte 200 000 ouvrages anciens, dont le Livre de Kells, un manuscrit vieux comme Mathusalem enluminé par des moines de l’abbaye de Kells.


Mais la ville de 1,3 million d’habitants n’est pas que monuments imposants et fières cathédrales - même si celle dédiée à saint Patrick en est un attrait majeur. Elle est aussi bien de son temps, sa scène alternative multipliant les initiatives ludiques telles que… bricoler des installations artistiques éphémères dans des cabines téléphoniques d’Eircom !


En fait, ça bouge tellement ici que Michael McDermott a créé l’hebdo web Le Cool et le Cool Dublin Walking Tour pour faire découvrir aux Dublinois comme aux étrangers, des artistes, des chefs et des designers émergents.


Chaque fois différent, son circuit peut inclure la visite d’un sex shop, de l’Irish Film Institute ou de restaurants qui font mentir l’adage selon lequel un menu irlandais de sept services se compose d’un six-pack de Guinness et d’une patate.


Crise économique mondiale oblige, le « Tigre celtique » a peut-être rentré ses griffes, mais à Dublin, il feule toujours. « C’est quand les temps sont durs que les bonnes idées émergent, et ici, elles fleurissent dans tous les domaines », affirme M. McDermott.


Autour de la grande Famine à Strokestown

Dans le comté de Roscommon, Strokestown Park fait tout un plat, et à juste titre, d’une patate : c’est le siège du Musée national irlandais de la famine. Dans les années 1840, le mildiou ruina les récoltes de pommes de terre, la denrée de base des habitants. À ce fléau naturel, ajoutez le problème de la surpopulation de l’île et celui des tensions entre les paysans catholiques et les propriétaires protestants des exploitations agricoles, et vous obtenez une véritable catastrophe sociale : la mort d’un million d’Irlandais et l’émigration d’un million de leurs compatriotes au Canada, aux États-Unis et en Australie, entre 1845 et 1850.


« En 1840, l’Irlande comptait huit millions d’habitants. L’île était surpeuplée. Puis vint la famine, qui a permis de « régler » le problème : il en coûtait moins cher aux propriétaires terriens d’expulser leurs employés et de les mettre à bord de coffin ships que de les héberger dans des poor houses », explique Caroilin Callery, directrice du musée et fille de l’actuel propriétaire du domaine.


C’est ainsi qu’en 1847, un landlord de Strokestown, insensible à la misère de ses ouvriers, organisa leur départ pour Grosse-Île à bord de ces insalubres « bateaux-cercueils ». Mal lui en prit : ayant eu vent du décès du tiers des 498 passagers partis pour le Québec à bord du Virginius, ceux restés derrière lui mirent une balle entre les deux yeux. Dans l’île du fleuve Saint-Laurent, au Mémorial des Irlandais jumelé à Strokestown, sont enterrées 5500 victimes de la Grande Famine.


Outre le musée, Strokestown Park comprend une belle maison de maîtres du XVIIIe siècle et des jardins qu’on peut visiter. Du 19 au 28 juillet prochain, le domaine sera également le théâtre de retrouvailles. « Deux membres de la famille Tye du Québec ont accepté notre invitation et ils seront les premiers à revenir en Irlande après l’arrivée de leurs ancêtres à Grosse-Île », dit Mme Callery. Les célébrations sont organisées de concert avec l’Université nationale d’Irlande, à Maynooth, et le Dr Ciaran Reilly, du département d’histoire, qui étudie les archives familiales retrouvées à Strokestown, soit quelque 40 000 documents dont plusieurs sont présentés au musée. « En accueillant la diaspora de la famine, le Gathering ajoute assurément un chapitre positif à cette triste histoire », dit-il.


Le Connemara, l'essence de l'irishness

 

Pour la Québécoise Catherine Lavoie, une jeune musicienne de Saint-Gédéon que nous avons croisée par hasard dans le Connemara où elle vit quelques mois par année depuis 2008, « la beauté pure de la région confère une sorte de magie à toute activité, randonnée en montagne, cyclisme ou pêche ». Et nous sommes bien d’accord ! Littoral atlantique profondément échancré, paysages rugueux matelassés de tourbières, poneys sauvages, élevages de moutons, habitations de pierre : oh la la, quel environnement…


« Cette terre balayée par le vent est l’essence même de l’irishness. D’ailleurs, ici on parle encore le gaélique parce qu’une culture sans langue est une culture sans âme », dit le guide-archéologue Michael Gibbons, qui nous emmène voir un dolmen vieux de 44 siècles découvert sur les hauteurs de la colline Cashel, à Roundstone. Et on ne le contredira pas lui non plus.

  • connemara.ie, connemarawalks.com (avec M. Gibbons) et l’application Connemara pour iPad qu’a coréalisée Mme Lavoie, à télécharger gratuitement de l’iTunes Store.


Galway, pour voir et goûter la mer

Au sud de Roundstone, la ville côtière de Galway, chef-lieu du comté éponyme, est un autre arrêt obligé. Au Moyen Âge, les clans qui la gouvernaient en avaient fait l’un des principaux ports commerçants des îles britanniques. Aujourd’hui, son patrimoine architectural témoigne de cette période de prospérité. La station balnéaire la plus populaire du pays est aussi un fief d’ostréiculteurs. Du 27 au 29 septembre prochain s’y tiendra d’ailleurs son célèbre festival annuel d’huîtres. Cap sur la chaumière de la famille Moran, à Kilcolgan, pour savourer des ostrea edulis bien charnues, d’autres fruits de mer et une Galway Hooker. (Non, rien à voir avec une quelconque tapineuse légendaire : c’est une bière blonde qui tire son nom d’un bateau de pêche traditionnel !)


Époustouflantes falaises de Moher

Situé dans le comté de Clare, ce site, membre du réseau des géoparcs de l’UNESCO, est l’un des plus populaires d’Irlande. Et au premier coup d’oeil, on comprend pourquoi. Les formations de calcaire longent l’Atlantique sur huit kilomètres, atteignent jusqu’à 214 mètres (65 étages !) de hauteur et semblent avoir été taillées à la tronçonneuse. Par temps clair, du haut de la tour d’observation O’Brien, on aperçoit la baie de Galway et le relief du Connemara. Par temps orageux, la beauté brute des falaises donne le frisson, et le grand vent n’y est pour rien.


En vrac


Y aller: avec Air Transat en vol direct Montréal-Dublin, de mai à octobre, et Vacances Transat qui propose plusieurs forfaits de séjour semi-organisés ou en totale autonomie.


À lire: Une brève histoire de l’Irlande de Richard Killeen.


À cliquer: ireland.com/fr-ca



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Le grand rassemblement


De par le monde, 70 millions de personnes, dont 5 millions de Canadiens, sont de descendance irlandaise. Au recensement de 2006, ils constituaient 5,5 % de la population québécoise. Jayne Shackleford, de Tourism Ireland à Toronto, note toutefois que selon l’historien Louis-Guy Lemieux, du sang irlandais coulerait dans les veines de quelque 30 % des Québécois. D’où l’idée d’inviter cette année tout ce beau monde, ainsi que les fans du pays, à l’événement Gathering.


Des centaines de festivals et d’activités à teneur culturelle, gastronomique et sportive présentent le meilleur de l’Irlande jusqu’au 31 décembre prochain. En passant, ceux qui souhaitent retracer des ancêtres irlandais peuvent consulter Helen Kelly, Genealogy Butler de l’hôtel The Shelbourne, à Dublin. La généalogiste travaille aussi en pratique privée. thegatheringireland.com, marriott.com, helenkelly.com.



Carolyne Parent était l’invitée de Vacances Transat et de l’Office de tourisme de l’Irlande.
Collaboratrice

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