Tourisme Hô Chi Minh-Ville - Retour à Saigon

Hô Chi Minh-Ville et le fleuve Saigon
Photo: Gary Lawrence Hô Chi Minh-Ville et le fleuve Saigon

Hô Chi Minh-Ville — Pétaradante mais pétulante, brouillonne mais bouillonnante, éreintante mais trépidante, Hô Chi Minh-Ville est en proie à une folle effervescence. Et qu’on l’apprécie ou pas, elle ne laisse personne croupir dans l’indifférence.


«Saigon… shit ! », s’exclame Martin Sheen dans la scène d’ouverture d’Apocalyp se Now, chef-d’oeuvre cinématographique sur la guer re du Vietnam. « À qui le dis-tu ! », lui réponds-je dans ma tête en redécouvrant Hô Chi Minh-Ville, que je n’avais pas vue depuis huit ans. Déjà, depuis le fleu ve Saigon par lequel je suis arrivé, elle est aussi physiquement méconnaissable que reconnaissable de loin.


Car, désormais, on peut en effet la deviner à des kilomètres à la ronde avec cet immense pont dont les haubans quadrillent sa sil houette, et surtout ces nouveaux immeubles en hauteur, dont la surprenante tour Bitexco, trop futuriste pour être vietnamienne.


Une fois le nez collé sur la réalité de ses rues follement animées, je constate bien vite que ce n’est pas seulement la lointaine dégaine de l’ancienne Saigon qui a changé ; c’est pres que une partie de son ADN qui a muté.


Je m’en suis vite rendu compte en déambulant sur D Dhong Thoi, avenue renippée et plus que jamais flanquée de vitrines tout juste bonnes à être léchées par des touristes en mal de griffes, avant de déplorer que le mythique hôtel Rex, jadis fréquenté par les G.I., a profondément laminé son rez-de-chaussée pour lui donner l’allure d’une zone commerciale d’aéroport.


Heureusement, la splendide terrasse de son Rooftop Garden Bar n’a pas bronché d’un iota et demeure l’un des meilleurs endroits pour tâter le pouls de la ville, qui crépite en contrebas.


De là, on a droit à un panorama à 180 degrés sur la récente évolution d’Hô Chi Minh-Ville : devant, l’immeuble rétrocontemporain du Vincom, où logera bientôt un premier six-étoiles vietnamien ; sur la gauche, le mignard ancien hôtel de ville, ravissant chou à la crème colonial ; à droite, de vagues tours modernes et de grands hôtels comme le Sheraton, entre autres adresses de fer et de verre.


Au loin se profile encore cette tour Bitexco, qui semble avoir vu un ovni - un héliport, en fait - s’encastrer en son flanc et qui a manifestement servi de modèle à la tour Stark de The Avengers.


Au beau milieu de tout ce décor fraîchement monté s’incruste un joli petit parc où trône Hô Chi Minh, le père de la République démocratique du Vietnam, qui doit maintenant faire de multiples révolutions sur lui-même dans son mausolée de Hanoi.


Après avoir de nouveau emprunté D Dong Khoi, je retrouve le splendissime hôtel Majestic, dont le rez-de-chaussée a gardé tout son panache d’époque mais qui sera bientôt doublé d’une aile moderne, présentement en construction.


Du haut de sa terrasse suspendue, je revois les eaux noirâtres du fleuve Saigon (alias rivière de Saigon), qui incurve doucement sa fuite vers la mer de Chine méridionale ; j’en profite pour humer un peu du vent de changement qui déferle sur la ville.


Il y a huit ans, l’autre rive du fleuve était jalonnée d’entrepôts, de masures sur pilotis et d’immenses panneaux-réclame com me autant de garde-fous endiguant le commerce renaissant de la ville ; aujourd’hui, un immense espace vert inhabité s’étend sur la presqu’île de Thu Thiem, en lieu et place.


C’est là qu’a failli naître le plus grand chantier du Vietnam, un projet pharaonique de développement urbain… qui n’a pas été entamé parce qu’on n’a jamais vu la couleur du premier million promis par les Émirats arabes unis, principal bailleur de fonds qui a préféré retirer ses billes face à la crise de 2008.


Depuis la terrasse du Majestic, je constate aussi que les torrents de motocyclettes d’Hô Chi Minh-Ville n’ont pas diminué en huit ans, loin s’en faut : déjà incalculable à l’époque, leur nombre a considérablement augmenté pour atteindre possiblement les six millions, dans cette ville grouillante de près de 10 millions d’âmes.


« Chez nous, les transports en commun sont totalement inefficaces et absolument pas ponctuels, alors tout le monde veut sa moto pour être à l’heure au boulot », m’explique le serveur. Car du boulot, il y en a désormais dans la capitale économique et plus grande ville du Vietnam, maintenant que l’économie de marché continue d’y croître.


Dans ce pays qui a connu guerre par-dessus guerre, famines, files d’attente et rationnements, il s’en trouve peu pour se plaindre. « La vie est toujours difficile à Saigon, mais elle est mille fois moins pire qu’il y a 15 ans ! », assure Thanh, un guide qui s’est hissé jusqu’à la classe moyenne grâce aux généreux pourboires qu’il empoche en faisant visiter sa ville aux croisiéristes de passage.


De façon générale, les touristes affluent, d’ailleurs. Un crescendo qui n’a de cesse de s’observer depuis 1986, quand le Vietnam a vécu une sorte de pérestroïka tropicale (une pérestropicale ?), alors que ses caisses étaient à sec, mais aussi depuis le début des années 90, quand les États-Unis ont levé leur embargo.


Évidemment, l’afflux en masse de nouveaux venus de passage n’a pas été sans créer son lot d’effets secondaires indésirables sur les humeurs d’Hô Chi Minh-Ville. Si les délectables petites tables pullulent et provoquent encore la palpitation des papilles, si les étals de rue se multiplient - Anthony Bourdain n’a de cesse de les encenser -, plusieurs nouveaux restos à l’occidentale ont champignonné çà et là, les uns excellents, les autres médiocres, non sans avoir pris au passage quelque mauvais pli touristique.


« Désolé, vous devez dépenser au moins 10 $ pour manger ici », de trancher implacablement le serveur du Hoa Tuc, pourtant vide le soir où je m’y suis rendu. C’est l’oncle Hô qui se serait étouffé dans sa barbe s’il avait assisté à la scène dans ce resto aménagé dans une ancienne raffinerie d’opium.


Cela dit, bien des choses ne changent pas à Hô Chi Minh-Ville : les ahurissantes prestations de marionnettes sur l’eau du Musée d’histoire du Vietnam ; les pagodes séculaires nimbées de fumée d’encens ; les allées encombrées du marché Binh Tay où l’on avance presque à cloche-pied dans l’indifférence des marchands en train de roupiller, affalés sur leur marchandise.


Dans les rues ombragées par les tamariniers et les kapokiers, les poupées de porcelaine défilent toujours à vélo en laissant faseyer leurs soieries, apportant un peu d’humanité dans ce tsunami de motocyclistes qui portent masque, foulard et longs gants malgré la moiteur ambiante, « pas tant pour se prémunir de la pollution que pour garder le teint pâle à des fin esthétiques », m’assure Sa.


De part et d’autre, il subsiste aussi d’innombrables petites poches du Saigon colonial, celui qu’a connu Marguerite Duras lorsqu’elle fréquentait le lycée Chasseloup-Laubat - aujourd’hui Le Qui Don -, dans les années 30, et qu’elle décrit dans son Goncourt de roman, L’amant.


En déambulant nonchalamment dans son quartier, Da Kao, j’attrape au vol quelque fragment du passé recollé dans l’instant présent. De vieilles Peugeot et d’augustes Mercedes d’époque ronronnent devant les portails, une façade peine à ne pas s’agenouiller sous le poids des années, tandis que d’autres, retapées plus loin, entament une nouvelle vie : la cathédrale et ses briques rouges, l’Opéra de 1897 et son escalier Belle Époque, l’intemporelle Poste signée Gustave Eiffel…


Rien à voir avec le brutalisme architectural du Palais de la réunification, celui-là même où s’est scellé le sort de la guerre, le 30 avril 1975, quand les chars viêt-congs ont défoncé ses grilles. Rien à voir non plus avec les bébés difformes plongés dans le formol, les images de visages liquéfiés au napalm et autres glauques réminiscences des naguère du Vietnam, qui hantent toujours cette petite boutique des horreurs qu’est le Musée des vestiges de la guerre, où l’on découvre que la bombe au phosphore n’apporte pas une perspective éclairante sur le genre humain.


Mais depuis toujours, ainsi est pétrie cette ville : une part d’ombre, une part de lumière. Hier un peuple meurtri, aujourd’hui une population affable, la plus jeune en milieu urbain du Vietnam. Autrefois l’indigence, de nos jours la rayonnance. Et toujours cette inébranlable résilience.


Après 1000 ans sous la férule chinoise, 100 ans de régime colonial français et 10 ans à composer avec les États-Honnis, les Vietnamiens n’ont jamais courbé l’échine et ont toujours su garder une identité forte. Plus que jamais, celle-ci semble vouloir être portée par le sort d’Hô Chi Minh-Ville, que tout le monde ici appelle Saigon, comme pour rappeler l’époque précommuniste. Comme pour souligner que cette fascinante cité retourne puiser dans son passé en espérant en tirer le meilleur et mieux composer avec son futur.


Mais ici comme ailleurs, progrès et vitalité économiques riment déjà avec partage inique des richesses, créant un clivage accru entre riches et pauvres. Dans quelques années, laquelle, de Saigon ou d’Hô Chi Minh-Ville, aura eu raison ?

 

En vrac


Transport. Air France relie Montréal à Hô Chi Minh-Ville cinq fois par semaine, via Paris. Durée moyenne de vol depuis la Ville Lumière : 12 heures.


Hébergement. Même s’il est plus difficile de passer la nuit dans une chambre sobre mais nickel avec 10 $ en poche comme en 2005, l’hôtel le plus cher de la ville, le Park Hyatt, demeure toujours accessible pour à peine 155 $US… ce qui en dit long sur l’échelle des prix.


Restos. On se régale à grands bols, à peu de frais et généralement sans phos fuyants dans cette ville qui regorge de bonnes tables. À essayer notamment : la cuisine traditionnelle du Lemongrass, dans le District 1. Pour d’autres suggestions, consultez le très fouillé site wordhcmc.com, également utile pour savoir quoi voir et où sortir dans la cité la plus festive du Vietnam.


Panoramas. Ils sont imbattables du haut de la Bitexco Tower… mais il faut casquer 10 $ pour s’y rendre.


Guides. Le Guide du routard et Lonely Planet publient chacun un ouvrage récent sur le Vietnam, avec une section fort complète sur Hô Chi Minh-Ville dans les deux cas.


Croisières. Hô Chi Minh-Ville figure sur l’itinéraire de plusieurs croisières de Silversea Cruises, excellente compagnie italienne cinq-étoiles qui sillonne l’Asie du Sud-Est l’automne et les six autres continents le reste de l’année.


Pour un complément en photos, consultez le blogue « Voyage » de L’actualité : lactualite.com/blogue-voyage.

 

 

Collaborateur
L’auteur était l’invité des croisières Silversea.