Barbade - L’histoire juive au pied des cocotiers

Le Morgan Lewis Mill, l’un des plus grands moulins encore intacts de la région.
Photo: Hélène Clément Le Morgan Lewis Mill, l’un des plus grands moulins encore intacts de la région.

Au-delà des cocotiers, l’histoire des peuples qui ont façonné les Antilles captive. Il y a eu les Amérindiens, les Européens, les Africains, les Asiatiques… Ces îles sont des condensés d’humanité et de culture. À la Barbade, c’est l’histoire des Juifs qui attire l’attention.

 

Dès que l’on quitte les plages de la côte ouest pour traverser cette île à peine plus grande qu’un mouchoir de poche (34 kilomètres de long par 23 de large), ce qui étonne, c’est la présence de nombreux vestiges de moulins à vent dans le paysage. Ajoutez de la bruine au spectacle de ces beaux bâtiments de pierre et le visiteur est aussitôt transposé dans les Pays-Bas. Curieuse sensation !


Déjà, avant la fin du XVIIe siècle, plus de 400 moulins avaient été construits à la Barbade pour alimenter l’industrie du sucre. Le moulin Morgan Lewiss, le seul parmi 500 à avoir dominé le paysage de la Barbade du XVIIe au XIXe siècle, continue d’être fonctionnel. C’est aussi l’un des plus grands et l’un des seuls moulins à sucre encore intacts dans la Caraïbe tout entière.


Quelle surprise, en visitant le musée Nidhe Israël, à Bridgetown, d’apprendre que ce sont les Juifs sépharades venus de Recife, au Brésil, qui importèrent ici les techniques de construction de ces moulins, ainsi que leur savoir-faire dans l’industrie du sucre.


« Les Juifs ont été parmi les premiers habitants de la Barbade au XVIIe siècle,raconte Morris Greenidge, guide et auteur du livre Bridgetown Barbados. A Walking Tour. Les premiers colons se sont installés ici vers 1654 et ont largement contribué au développement économique de l’île. Ils arrivaient du Brésil avec de solides concepts de la culture du sucre. »


Le musée Nidhe Israël retrace donc l’histoire des Juifs à la Barbade, à travers une chronologie complète des différentes vagues d’immigration, du XVIIe siècle à aujourd’hui. De multiples artefacts et des présentoirs interactifs expliquent leur rôle, entre autres, dans le développement de l’industrie de la canne à sucre. On retrouve au sous-sol du musée un mikveh (ou mikva) datant du XVIIe siècle, apparemment le seul encore existant dans l’hémisphère ouest.


Quant à la synagogue, construite en 1654, peu de temps après l’arrivée des campements britanniques et l’exode des Juifs de Recife, elle est considérée comme le plus vieux temple de la Caraïbe. Avec l’aide des Juifs sépharades, la Barbade est devenue l’un des plus grands producteurs de sucre au monde. L’île abrite également la fameuse distillerie Mount Gay. Un nom qui sonne aux oreilles des amateurs de rhum comme une volée de cloches un jour de fête !


 

Collaboratrice

1 commentaire
  • Philippe Mottet - Abonné 2 mars 2013 10 h 34

    L'histoire du sucre

    Bonjour,
    Vous écrivez : "Avec l’aide des Juifs sépharades, la Barbade est devenue l’un des plus grands producteurs de sucre au monde." Bien sûr, ce n'est pas votre propos, mais comment occulter le fait que des dizaines de milliers d'esclaves africains furent "employés" pour mener à bien l'exploitation du sucre, principale industrie bénéficiaire de l'esclavage. Le musée Nidhe Israël n'en dit-il rien ?
    Cordialement