Québec a les Américains dans sa ligne de mire

Benoit Rose Collaboration spéciale
Selon les dernières données de Statistique Canada, publiées en 2010, c’est le marché québécois qui représente la plus grande part de la clientèle d’affaires de la région de Québec, avec 67,5 %, et 49 % des dépenses touristiques.
Photo: Office du tourisme de Québec Selon les dernières données de Statistique Canada, publiées en 2010, c’est le marché québécois qui représente la plus grande part de la clientèle d’affaires de la région de Québec, avec 67,5 %, et 49 % des dépenses touristiques.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires 2013

Si les festivités de l’année 2008 ont permis à l’industrie des congrès de Québec de faire converger les foules vers la Vieille Capitale, les résultats des années suivantes se sont révélés bien plus modestes. « On a suscité de l’intérêt pour le 400e anniversaire, surtout auprès de congrès internationaux, qui en ont peut-être profité pour rompre l’alternance qu’ils opèrent normalement entre l’Amérique et l’Europe », souligne au bout du fil Hélène Pomerleau, directrice des ventes, services et relations avec la presse touristique pour l’Office du tourisme de Québec (OTQ). Après un certain purgatoire aux allures de calme lendemain de veille, les hôtels de la région sont parvenus à atteindre leurs objectifs en 2012. « On surveille de près l’activité pour 2013. On semble sur la bonne voie. Et si nos prédictions se vérifient, les années 2015 et 2017 seront exceptionnelles. »
 
L’industrie profite encore de l’héritage du 400e, qui leur a laissé des infrastructures renouvelées, à commencer par l’aéroport international Jean-Lesage, qui s’est refait une beauté. Certains hôtels ont également profité de l’occasion pour se renouveler, se réjouit la directrice. « Mais on profite aussi du bouche-à-oreille des gens d’affaires qui sont venus ici et qui vantent les attraits de notre ville dans leur entourage », croit-elle. À l’OTQ, on espère bien que ces visiteurs conquis par l’atmosphère et l’accueil québécois contribueront à l’arrivée de nouvelles valises entre les remparts. On convoite particulièrement le marché américain, un peu délaissé ces derniers temps, car fragilisé à la fois par son économie et par l’obligation pour les arrivants d’outre-frontière de présenter un passeport.
 
Le marché américain

Selon les dernières données de Statistique Canada, publiées en 2010, c’est le marché québécois qui représente la plus grande part de la clientèle d’affaires de la région de Québec, avec 67,5 %, et 49 % des dépenses touristiques. Le marché canadien (hors Québec) occupe quant à lui 9 % de la tarte (8,6 % des dépenses) et le marché international, sans les États-Unis, 7,2 % (10,3 % des dépenses). La clientèle provenant du territoire américain, elle, est très alléchante pour la capitale : si elle représente 16,2 % des individus, ses dépenses correspondent à 32,5 %.

À l’OTQ, on recommence donc à accorder une très grande importance à ce marché et à ce qui se passe chez nos voisins du sud. « Nos amis américains se sont dotés d’un organisme qui s’appelle Brand USA, qui est un peu le pendant de la Commission canadienne du tourisme. C’est sûr que là-bas, ils vont essayer de faire voyager les Américains à travers les États-Unis, selon une logique protectionniste. Mais tout le monde convoite ce marché, nous compris, et on recommence à faire des efforts de démarchage et à réinvestir pour attirer à nouveau ces gens-là à Québec », confie Mme Pomerleau.
 
Ce qui peut jouer en faveur de la capitale québécoise, c’est bien sûr sa réputation d’offrir aux touristes américains une saveur européenne, avec les commodités nord-américaines, et les joies de la nature à proximité. « Ce qui est intéressant aussi pour Québec, c’est que le Château Frontenac, une icône de la ville, se refait une beauté extraordinaire, s’enthousiasme la directrice. Il va être refait de fond en comble et se doter de salles supplémentaires. Le Delta rénove aussi. Plus nos hôtels à congrès sont attrayants, plus les participants et les clients sont heureux. Le Centre des congrès connaît aussi une expansion, ce qui va nous permettre d’attirer des événements de plus grande envergure ou trois événements en même temps. »
 
Tendances et vision d’avenir

Dans l’article « Congrès et affaires en 2011 : reprise et vigilance », mis en ligne par le Réseau de veille en tourisme (associé à la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM), on expose l’opinion des intervenants de l’industrie des congrès sur une série de questions concernant l’avenir du secteur. On y apprend ainsi que la possibilité d’effectuer un réseautage de qualité devrait demeurer le premier facteur d’influence pour assister à un événement en 2020. Les trois quarts des intervenants estiment que leur entreprise poursuivra ses investissements dans les événements en face à face, malgré l’avènement de nouvelles technologies.
 
Mme Pomerleau abonde en ce sens. « Dans le milieu des congrès et des réunions, le réseautage de qualité reste le motif principal. Oui, tout le monde est sur les médias sociaux, mais l’échange en face à face demeure primordial pour le domaine des affaires. Ça permet de marquer un temps d’arrêt et de s’asseoir avec d’autres gens pour discuter, sans être pressé par autre chose. » La proximité entre les différents lieux de rencontre dans une ville comme Québec facilite selon elle un contact direct entre les participants, à la source d’un bon réseautage. Ce qui n’empêche pas les technologies de jouer un rôle de plus en plus intéressant dans les congrès. On peut aussi penser que les réunions en ligne gagneront du terrain au cours de la décennie.
 
Plus des trois quarts des intervenants de l’industrie s’attendent également à une croissance des petits événements portant sur un sujet spécialisé. « C’est ce qu’on appelle les marchés de niche, aux champs d’intérêt précis », explique la directrice. « Du côté des entreprises, les groupes ont tendance à être moins gros qu’avant.

Quelqu’un qui assistait à quatre ou cinq réunions par année va peut-être maintenant en choisir trois, compte tenu du temps et de sa surcharge de travail. Donc un organisateur de congrès à tout intérêt à avoir une ville attractive pour maximiser la participation. »
 
Autre signe des temps, les considérations environnementales font désormais partie des facteurs de décision pour assister ou non à un événement. À ce chapitre, le Centre des congrès de Québec a été un précurseur en proposant la tenue d’événements écoresponsables dès 2007. Il a aussi obtenu la certification LEED EB et cherche à obtenir la certification LEED Canada-CI pour l’aménagement de son nouveau secteur. Le Château Mont-Saint-Anne, les hôtels Delta et Château Laurier ont tous reçu des distinctions écologiques. « Et c’est sûr que le Château Frontenac va arriver aussi avec un programme vert au terme de ses rénovations », croit Mme Pomerleau. Certainement un plus pour le tourisme d’affaires dans la capitale.
 
 
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