Tourisme Outaouais - Lâcher-prise et relâche hivernale


	Les multiples bassins du Nordik Spa-Nature, à Chelsea, sont une invitation à un rituel vieux de 2000 ans. En bas, à gauche : le skijoring est une discipline sportive alliant le ski de fond et un attelage animal. Chez Escapade Eskimo, à Otter Lake, on le pratique avec des huskys sibériens.
Photo: Hélène Clément
Les multiples bassins du Nordik Spa-Nature, à Chelsea, sont une invitation à un rituel vieux de 2000 ans. En bas, à gauche : le skijoring est une discipline sportive alliant le ski de fond et un attelage animal. Chez Escapade Eskimo, à Otter Lake, on le pratique avec des huskys sibériens.

Wakefield – Au-delà de Montebello, de la ville de Gatineau et de son parc, on évoque rarement l’Outaouais comme destination touristique. Cette région du Québec située sur la rive nord de la rivière des Outaouais ne manque pourtant ni d’histoires passionnantes, ni d’activités originales, ni de gens audacieux. Un territoire savoureux et pittoresque qu’il faut se donner la peine d’explorer.

Savoureux, et particulier aussi. Car l’Outaouais, qui partage des frontières avec l’Ontario, l’Abitibi-Témiscamingue, les Laurentides et un chouïa de la Mauricie, est un peu méconnu. 
 
Kazabazua, ça vous dit quel­que chose ? Et le Pontiac ? On se rappelle peut-être avoir ouï le nom durant un bulletin météo ou lors d’une soirée d’élection. Mais qui pourrait en un tournemain pointer sur une carte du Québec cette région située à environ une heure à l’ouest de Gatineau ?

« Pontiac. Le nom claque comme un fouet, et ramène à l’esprit de celui qui n’y a jamais mis les pieds de vieilles histoires sans lien les unes avec les autres : menaces partitionnistes, chef indien, voiture de luxe ? Puis plus rien : le Pontiac est absent du radar québécois, fleur oubliée perchée au bout d’une branche interminable, la 148. Vous aurez l’impression de venir là où personne ne vient jamais », écrit Manon Leroux, historienne et auteure du livre L’autre Outaouais.

Voilà déjà une bonne raison d’aller y faire un tour. En particulier si on est sensible au charme suranné et discret de villages oubliés, aux paysages intouchés et à la tranquillité, comme le souligne Manon Leroux. Mais aussi à l’histoire de cette région agricole et forestière, colonisée à partir des années 1820, où se côtoient anglophones et francophones.
 
D’ailleurs, comme il n’existe pas de guide touristique com­me tel sur l’Outaouais, le voyageur qui s’intéresse à l’identité et au patrimoine de ce canton devrait se procurer cet excellent ouvrage. Le livre de 400 pa­ges, qui fournit aussi quel­ques pistes pour l’hébergement, la restauration et les activités, s’avère très vite un compagnon de route captivant.
 
On y découvre pas à pas la raison d’être de chaque ville, village, quartier, rue, église, cimetière… Un passé qui remonte aux Algonquins et aux Odawa (ou Outaouais, ou Ottawa), à la traite des fourrures, aux colons britanniques ou américains, au commerce du bois équarri et du bois scié, à la drave, à l’arrivée des premiers francophones.

De Gatineau, on prend l’autoroute 5, la route 105, puis la 301 jusqu’à Otter Lake, dans le Pontiac. Nous avons rendez-vous à l’entreprise Escapade Eskimo, où nous nous adonnerons au géocaching, au skijoring et au traîneau à chiens. C’est la passion du chien de traîneau qui a mené les propriétaires à s’établir là, à 90 minutes de Gatineau. 
 
« J’avais un oncle qui pratiquait cette activité, dit Sylvain. À sa mort, j’ai gardé un de ses chiens, Mouki. Aujourd’hui, mon chenil héberge 22 descendants de sa lignée, des Husky sibériens. »

Sylvain et Caroline accueillent les touristes aussi bien pour une visite du chenil que pour la glissade en luge ou en tapis, une randonnée en raquette ou en ski de fond, une sortie en traîneau à chiens, du skijoring ou une formidable partie de géocaching.

Le géocaching ? « C’est une sorte de chasse au trésor high tech, explique-t-il. Le jeu consiste à trouver des récipients cachés [ou géocaches] à l’aide d’un système de navigation GPS. Il y a plusieurs versions de géocaching dans le monde. Nous pratiquons les multicaches. »

On enfile nos raquettes, on se familiarise avec le GPS, et c’est un départ. La première cache contient le premier point qui fournit les coordonnées du prochain endroit. Il y a six boîtes en bois (les géocaches) cachées dans la forêt, sur un terrain qui couvre entre deux et trois kilomètres. Chacune contient un point GPS et un questionnaire sur les arbres du Québec.

Il y a plus d’un million de géocaches dissimulées dans le monde. Chaque adepte de cette activité à la fois active et éducative trouve les géocaches qui lui correspondent. Chez Escapade Eskimo, on a adopté le concept « Earthcache » pour une meilleure compréhension de la planète.

Si L’autre Outaouais nous apprend qu’Otter Lake est un territoire associé à l’industrie forestière depuis le milieu du XIXe siècle et que c’est l’une des municipalités les plus bilingues du Pontiac, le géocaching nous a transmis le nom de bien des arbres du coin, leurs fruits respectifs, la longueur des aiguilles de certains conifères, leur nombre par faisceaux… Et bien plus encore.
 
Dans l’enclos extérieur, les chiens sautillent d’impatience pour aller courir. Deux d’entre eux seront choisis. Et cette fois-ci non pas pour tracter un traîneau mais un skieur de fond. Le skijoring remonte à 2500 ans avant Jésus-Christ et serait originaire de Suède. La pratique de ce sport de traîne est assez rare au Québec. Et ce n’est que depuis l’année dernière que Sylvain le pratique de façon récréative. Il souhaite partager son plaisir avec ses clients.

Le skijoring n’est pas vraiment différent du ski de fond, si ce n’est que le chien aide le skieur en le remorquant. En conséquence, ce dernier atteint une vitesse plus élevée. Mais les mouvements sont les mêmes. Le sport ne requiert donc pas une technique avancée en ski de fond, mais il faut se sentir à l’aise sur deux planches. Le skijoring ne s’adresse pas aux jeunes enfants.

Après Otter Lake, Wakefield. Il fait nuit au moment d’entrer dans le village, reconnu pour être le point de déversement des passagers du train à vapeur Hull-Chelsea-Wakefield. À la suite de pluies diluviennes en 2012, le service a été interrompu, mais devrait reprendre cette année.
 
« L’histoire de Wakefield se démarque de celle de plusieurs communautés outaouaises par un certain équilibre de son économie, moins monopolisée par le commerce du bois, et par l’absence de grand propriétaire à la Philimon Wright, ou d’une compagnie qui fait la pluie et le beau temps, écrit Manon Leroux. Cœur battant de la population anglophone de la Gatineau, Wakefield continue d’attirer Ontariens et Québécois pour son pittoresque et sa vie culturelle. »
 
La ménagerie de Georges-Étienne

« Denholm tire son nom d’une ville écossaise. La région a toujours été en quelque sorte l’oubliée et l’inconnue de la vallée de la Gatineau, hormis pour les amateurs de chasse et de pêche ou de canot-camping, qui y passent pour se rendre au réservoir du Poisson-Blanc. »

Mais en creusant, on trouve plus, bien plus. Il y a la rencontre avec Georges-Étienne Nadon-Tessier, le Dr Dolittle de l’Outaouais. Ce passionné de la nature et des animaux, propriétaire de Contacts nature, un refuge pour animaux sauvages et un centre de plein air, accueille chez lui toutes les bêtes blessées qu’on lui rapporte. Son but : les soigner et les remettre en liberté.

Dans sa maison, nous faisons la rencontre de Solaris le coq, qui chante cocorico du haut de son perchoir. « Un vison est entré dans mon poulailler et a mangé toutes mes poules, dit-il. J’ai donc décidé d’installer mon coq dans la maison jusqu’à ce que le poulailler soit plus sécuritaire. »
 
Pendant que l’étourneau volette dans la cuisine, que les deux chats Pauline et Ouest font leur toilette dans le salon et que la jolie petite mouffette San Bon roupille dans sa cage, Tantrouille la tortue se prélasse dans son bassin en attendant sagement la fin de l’hiver. « Ce qui me fascine chez l’animal, entre autres, c’est son côté naturel. Tout est vrai, rien de faux. »

Georges-Étienne soigne les animaux, leur parle, les comprend. Un peu à l’image de César Millan, le professionnel de l’éducation des chiens. Avec son centre d’interprétation, il souhaite amener le plus de gens possible à apprécier la nature. « Moins on la connaît, moins on souhaite la sauver », dit-il en jetant un coup d’œil sur sa corneille d’Amérique tombée d’un nid lors d’une tempête. Depuis, elle vit dans la cuisine, sous le regard étonné des visiteurs.

Contacts nature accueille les gens le week-end. Plusieurs activités y sont proposées : balades en raquette ou en ski de fond, jasette autour d’un feu de camp, visite d’un igloo (si la température le permet) et escalade dans les arbres. De beaux arbres centenaires. Durant la semaine, ce sont les groupes, mais sur réservation seulement. Car pour assurer la survie de ses animaux et de son entreprise, l’homme est aussi à ses heures caméraman pour Radio-Canada et directeur photo pour des productions documentaires.

Du haut de son paramoteur, il filme la planète : « Croyez-moi, il y a plus d’animaux au pied carré dans la forêt québécoise que dans la jungle. »

Ah oui ! Kazabazua. Kaz pour les intimes. Ça se trouve sur la route 13, en chemin vers Maniwaki. « D’abord le nom, certainement un des plus sonores de l’Outaouais et l’un des rares toponymes véritablement algonquins donnés à une municipalité d’ici. Ajoutons-y une binerie haïtienne, une rivière magique, un doyen de la poterie, trois vieilles églises protestantes et un casse-croûte nommé… Désir », lit-on dans L’autre Outaouais.

En vrac

Hébergement. Au très joli Moulin Wakefield Mill Hôtel & Spa pour le service, le confort, la beauté du bâtiment qui remonte à 1838, alors qu’il était moulin à farine, son environnement au bord de spectaculaires chutes et son excellente table (un must). Cet hôtel de charme abrite un nouveau complexe depuis l’année dernière, le Pavillon Éco Rivière, construit à partir de la maison originale du meunier.

Restos. À Chelsea, le café Soup’Herbe pour l’ambiance et la cuisine végétarienne ; le restaurant les Fougères pour sa cuisine raffinée qui met en valeur les produits régionaux.

Expérience zen : une soirée à la belle étoile dans l’un ou l’autre des bains nordiques et des saunas du Nordik Spa-Nature, à Chelsea. Et plus spécifiquement le traitement Källa d’où l’on ressort plus zen que jamais. Il s’agit d’un grand bassin d’eau salée encastré dans le roc à cinq mètres de profondeur. Rempli d’eau saturée à 12 % de sel d’Epsom, on y vit l’apesanteur totale dans le calme total. Il n’y a que deux bassins du genre dans le monde ; l’autre se trouve en Suisse.

Quoi rapporter.
Du fudge de la Confiserie Wakefield, un arrêt obligatoire pour ceux qui ont la dent sucrée. Les propriétaires sont les premiers fabricants de barbe à papa certifiée équitable en Amérique du Nord. Du poisson fumé de la Boucanerie Chelsea, seul fumoir de la région de la capitale nationale. Du savon artisanal et des produits de soins corporels de la Savonnerie Old Chelsea.

Coups de cœur. La cérémonie du thé à la Maison de thé Cha Yi de Gatineau; la visite du Musée des Brasseurs (et la bière aussi), qui raconte le passé brassicole régional ayant marqué la destinée de la municipalité de Gatineau pendant plus de 160 ans. On dit que c’est l’un des plus importants musées du genre au Canada.

Pour un séjour de quelque heures, une journée complète ou deux jours d’activités chez Escapade Eskimo.

Pour «facebooker» avec Georges Étienne Nadon-Tessier et être au fait des dernières nouvelles «animales» chez Contacts nature. Visites au centre d’interprétation : 819-664-3694.

Renseignements généraux sur le tourisme en Outaouais.

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L’auteure était l’invitée de Tourisme Outaouais.

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Collaboratrice

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