Tourisme spatial - Voyager vraiment autrement

Prototype d’aéroport spatial
Photo: Uniktour Prototype d’aéroport spatial

Dites, c’est par où, les sentiers non battus en 2013 ? Pour Philippe Bergeron, président de l’agence de voyages et voyagiste Uniktour, c’est clair comme une étoile dans la nuit : ils se trouvent autour de 100 kilomètres d’altitude, aux frontières de l’espace.

Le 1er février dernier, au Cosmodôme de Laval, Philippe Bergeron faisait de l’espace suborbital la 120e destination de son entreprise en annonçant la signature d’un accord avec le constructeur d’astronefs Xcor Aerospace et la ligne aérienne spatiale Space Expedition Corporation (SXC), associée à KLM. En vertu de cet accord, Uniktour devient le distributeur exclusif des vols suborbitaux au Québec.


Passionné d’astronomie, M. Bergeron a déclaré au Devoir s’être lancé dans cette aventure à titre d’explorateur. « Chez Uniktour, notre défi est de trouver de nouveaux endroits où voyager. Or, en 2013, on ne peut plus vraiment être un explorateur sur terre, car nous sommes allés partout », estime-t-il.


Le potentiel de l’avion suborbital comme mode de transport alternatif à l’avion à réaction a aussi conquis l’entrepreneur. « Je suis Xcor Aerospace depuis 10 ans, j’ai rencontré ses ingénieurs, et lorsque j’ai compris qu’un jour on pourrait envoyer des clients à Tokyo en deux heures plutôt qu’en 20, ça m’a sérieusement intéressé. » Et cela, même si, de son propre aveu, il n’est pas très brave en avion lorsqu’il y a de la turbulence !


Dotés chacun de quatre moteurs-fusées, les Lynx Mark I et II du constructeur californien décollent à l’horizontale, comme des jets, puis se dressent à 80 degrés pour amorcer leur course ascendante à vitesse de Mach 2 ou 2,9 (2310 ou 3550 km/h), selon l’engin. Franchissant le mur du son en 58 secondes, ils mettent au total trois, quatre minutes pour quitter l’atmosphère terrestre et atteindre leur altitude maximale, respectivement 61 et 103 kilomètres. (Pour se situer sur l’altimètre, rappelons que la Station spatiale internationale vers laquelle s’est envolé le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, en 2009, à bord d’une fusée Soyouz, se maintient à une altitude d’environ 350 kilomètres.)


Plus loin, plus vite, plus propre


Selon le président d’Uniktour, aller plus loin, plus vite, est la voie de l’avenir. Et tant mieux si on y parvient de façon potentiellement plus propre, explique-t-il, dans la mesure où un avion suborbital ne consomme pratiquement pas d’énergie, sauf au décollage. Après sa rentrée atmosphérique, il atterrit normalement à la suite d’un long vol plané.


Outre Xcor Aerospace, d’autres constructeurs américains, dont Boeing, ont ce mode de transport dans leur collimateur, le secteur privé prenant la relève du défunt programme de navettes spatiales de la NASA. The Spaceship Company, une coentreprise entre Scaled Composites et Virgin Galactic, filiale de Virgin Group et propriété du milliardaire britannique Richard Branson, est également dans la course avec son SpaceShip Two, dont le vol inaugural devrait avoir lieu à la fin de cette année.


Pour accueillir ces avions nouveau genre et créer un réseau de destinations, il faut évidemment des cosmodromes. Les Lynx ont pour base celui du désert de Mojave, en Californie, ainsi que l’aéroport Hato, à Willemstad, dans l’île antillaise de Curaçao. « D’autres spaceports sont en construction un peu partout dans le monde, affirme M. Bergeron, mais la question est de savoir quand ils seront reliés entre eux. On parle de 15 ans, bien que les experts ne s’entendent pas là-dessus. »


Les investissements, hum, astronomiques requis pour la recherche et le développement de vaisseaux se répercutant sur les prix, stratosphériques, des billets (200 000 $US chez Virgin Galactic ; la moitié moins chez SXC), il est clair que nous sommes à des années-lumière d’un moyen de transport de masse… d’autant plus que les Lynx sont des biplaces et que le SpaceShip Two a une capacité de huit passagers ! Mais toujours est-il qu’un mode de transport hier encore du domaine de la science-fiction est aujourd’hui réalité.


Sylvain Bélair, directeur général du Cosmodôme, est le premier client d’Uniktour pour ce voyage suborbital. Il s’envolera à bord du Lynx Mark 1 en 2014, quelques mois après M. Bergeron, dont le départ est prévu en décembre prochain.


« Je serai propulsé dans le ciel à deux fois la vitesse du son, on coupera les moteurs, le silence sera alors total, le ciel, noir et je serai en apesanteur. Oui, ce sera une grande aventure ! », dit le président d’Uniktour. Et ô combien loin des sentiers battus…

1 commentaire
  • Jonathan Vézina - Inscrit 12 février 2013 10 h 36

    L'avion de demain aujourd'hui

    C'est fantastique. Le prix des billets est peut-être astronomique aujourd'hui, mais ne l'était-il pas autant au moment ou l'avion commerciale à prix son envol dans les années 1930? Je suis sur qu'ils fabriqueront des navettes de plus en plus grande qui contiendront de plus en plus de passagers, et le prix des billets diminuera d'autant.