La vie en yourte traditionnelle mongole

L’eau courante et l’électricité ne sont disponibles que dans la yourte d’accueil.
Photo: David Dufresne-Denis L’eau courante et l’électricité ne sont disponibles que dans la yourte d’accueil.

« Le Sauvage vit en lui-même ; l’homme sociable toujours hors de lui ne sait vivre que dans l’opinion des autres, et c’est, pour ainsi dire, de leur seul jugement qu’il tire le sentiment de sa propre existence », écrivait Rousseau en 1755. S’inspirant de la pensée du grand philosophe des Lumières, Le Devoir a fui pour un week-end le regard des autres et la vie urbaine, trouvant refuge dans une yourte traditionnelle mongole, dans le charmant village de Saint-Élie-de-Caxton.


Certains vacanciers optent pour les sui tes luxueuses des grands hôtels. D’autres choisissent plutôt de troquer le confort de la vie moderne contre une simplicité agreste et poétique, oubliant volontairement le produit de plusieurs siècles de progrès technologique. Au Rond Coin, un site d’hébergement en plein air situé au coeur des forêts de Mauricie, le visiteur est invité à s’initier aux us des peuples nomades.


Ici, l’eau courante et l’électricité ne sont disponibles que dans la yourte d’accueil, qui fait aussi office de café-bar et de salle de spectacle. En entrant sur les lieux, on pénètre aussi dans une bulle hors du continuum spatio-temporel : les réseaux cellulaires sont inaccessibles. Autant dire qu’aucun contact avec le monde extérieur n’est possible.

 

Loin de la civilisation


Keven Gélinas, large d’épau les et à la longue crinière retenue en queue-de-cheval, a créé il y a deux ans le Rond Coin avec sa conjointe, Marylène Deschênes. Le gîte peut loger 36 personnes en été et la moitié en hiver. Outre la fameuse yourte de Mongolie, le domaine rassemble une tente prospecteur, deux roulottes gitanes, un camion romanichel, des campements de bûcheron et autres curiosités relatives aux gens du voyage. Chacune offre une expérience différente. « Les roulottes gitanes sont très appréciées des amoureux, explique M. Gélinas avec le sourire. Sinon, la yourte traditionnelle mongole est un des choix populaires. »


À l’intérieur de cette tente circulaire, qui transporte rapidement le visiteur au pays des chamans et des steppes infinies, le rond de foyer au centre de la pièce sera l’outil le plus précieux. Le réveil du Sauvage intérieur commence lorsqu’un feu décent crépite et réchauffe la pièce. Les lits et le mobilier arborent les motifs traditionnels mongols, peints à la main. L’atmosphère mystique de l’Orient rencontre les traditions bien de chez nous.


Dans le cocon, chaleureux et rustique, la civilisation semble bien loin. De même pour l’agitation quotidienne qui l’accompagne. Les réseaux sociaux, les tendances vestimentaires, les histoires sentimentales des vedettes de téléromans perdent toute importance. On écoute le silence. Dans cette noirceur propre aux campagnes, les étoiles sont bien visibles. N’a d’importance que le moment présent et surtout ce compagnon d’aventure qu’on écoute pour vrai, sans les distractions habituelles. L’homme sauvage de la yourte savoure l’instant et cette saucisse cuite sur le feu de camp. Tous ses besoins sont comblés.

 

Escapade d’hiver


Adepte du camping sauvage et de la saison froide, Keven Gélinas tenait à ce que le Rond Coin soit ouvert à longueur d’année. Il lui semblait important de faire honneur à toutes les saisons. « Au fond, nous sommes un peuple nordique non assumé », avance le jeune père de famille originaire de la région.


Au lieu de pester contre le froid, l’entrepreneur propose de vivre en harmonie avec notre rude climat et de célébrer sa diversité. Passer quelques jours dans la nature enneigée est d’ailleurs une des meilleures façons de se réconcilier avec l’hiver.


Géraldine Marx travaille depuis quelques mois au Rond Coin comme serveuse au café-bar. Originaire de France, la jeune femme a vécu à Montréal avant de s’installer à Saint-Élie. « Il y a quelque chose ici, affirme-t-elle. Le village est magnifique. Beaucoup de jeunes familles viennent s’y installer. »


M. Gélinas croit que ce phénomène ne s’explique qu’en partie par la célébrité du conteur Fred Pellerin : « Nous recevons parfois des gens qui viennent au village pour voir Fred et chercher sa maison, le rencontrer. Oui, il a fait con naître Saint-Élie-de-Caxton. Mais il faut se rappeler que Fred a trouvé l’inspiration pour créer trois spectacles ici. » La soirée au café-bar du Rond Coin se prolonge jusqu’à tard dans la nuit. Les bières de microbrasseries de la région sont fraîches et les conversations, captivantes.


À la recherche de quiétude, la réclusion est la meilleure des escapades. Rien de mieux pour s’entendre penser que d’abandonner son petit confort routinier. Dans la yourte traditionnelle mongole, le sommeil est plus apaisant, l’écoute, plus active. Les heures passent au rythme d’une autre époque. Sous les hautes cimes de Saint-Élie-de-Caxton, la vie à la dure est comme un arrêt dans le temps. Coupé du monde, le Sauvage désormais éveillé voit la vie différemment.

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