Pologne - La mine de Wieliczka met son grain de sel touristique

La chapelle Sainte-Kinga, à 101 mètres de profondeur, a été fondée en 1896 dans un endroit formé après l’extraction d’un énorme bloc de sel vert.
Photo: Hélène Clément La chapelle Sainte-Kinga, à 101 mètres de profondeur, a été fondée en 1896 dans un endroit formé après l’extraction d’un énorme bloc de sel vert.

Il y a de ces expériences de voyage qui restent à jamais gravées dans la mémoire. La visite de la mine de sel de Wieliczka, située à une dizaine de kilomètres au sud-est de Cracovie, en Pologne, est de celles-là. Spectaculaire ! Exploitée depuis le XIIIe siècle, ouverte au public depuis le XVIIIe siècle et inscrite au Patrimoine de l’UNESCO depuis 1978, on y récolte toujours le sel… Sauf que le tourisme a pris le pas sur la production de la matière première jadis d’une grande valeur au pays.


Durant 400 ans, les mineurs n’extrayaient de la mine de Wieliczka que le sel gemme. Puis, un beau jour, ces ouvriers de père en fils sont devenus des artistes, créant dans les entrailles de la mine profonde de 327 mètres un monde souterrain fabuleux, entièrement sculpté dans le sel.


« Comme le travail dans la mine était dangereux, les ouvriers avaient l’habitude de se rassembler afin de prier pour leur sécurité, explique le guide Maciej. Ainsi a pris forme chez les mineurs l’idée de sculpter dans le sel une chapelle où serait célébrée une messe au quotidien. »


L’église de style baroque bâtie entre 1690 et 1710 fut dédiée à saint Antoine, protecteur des mineurs de fond et des objets perdus. La chapelle Saint-Antoine, à 63,8 mètres de profondeur, est le plus ancien sanctuaire souterrain protégé de Wieliczka. On y célébra la première messe en 1698.


Neuf chantiers


La mine de sel de Wieliczka occupe neuf chantiers (ou niveaux) situés entre 64 et 327 mètres de profondeur et compte 300 kilomètres de galeries, de salles, de couloirs et de lacs souterrains. L’itinéraire touristique mène du niveau 1, à 64 mètres de profondeur, jusqu’au niveau 3, à 135 mètres, où sont sculptés des autels, des statues, des bas-reliefs et des figurines qui racontent l’histoire de la mine, célèbrent ses légendes et rendent un hommage patriotique à la Pologne.


L’accès dans les entrailles de la mine se fait à pied, par une série d’escaliers (378 marches) étroits, à l’éclairage tamisé. Claustrophobes, s’abstenir ! La visite, d’une durée de deux heures, débute au puits Daniłowicz — du nom du gérant de la mine entre 1635 et 1640 — et se termine dans la chambre Russegger où nichent le Musée des mines de sel de Cracovie, un bar et un restaurant. Au total : 20 salles qui racontent l’histoire de la mine et celle de la Pologne. Une randonnée souterraine de 2,5 kilomètres, à une température de 14 °C, été comme hiver.


Parmi les points forts : la chambre Janowice où six statues grandeur nature racontent la légende de la patronne des mineurs, la reine Kinga (Cunégonde) et l’histoire de la découverte du sel gemme en Pologne ; la chambre Casimir le Grand, roi de Pologne de 1333 à 1370, qui aurait défini les conditions de fonctionnement de la mine de sel et reconnu aux mineurs des droits sur le sel extrait de la mine ; la traverse et l’accrochage du puits Kunegunda, où des figurines et des nains représentent d’anciens mineurs, dont un broyeur, un porteur, un hercheur et un charpentier.


Mais de ce monde souterrain tout en sel, c’est la chapelle Sainte-Kinga, à 101,4 mètres de profondeur, qui est la plus stupéfiante. Longue de 54 mètres, large de 15 à 18 mètres et haute de 12 mètres, elle a été fondée en 1896 dans un endroit formé après l’extraction d’un énorme bloc de sel vert. La riche décoration a été complétée sur 70 ans (jusqu’en 1963).


Les pavés du sol sont faits de sel taillé et les somptueux lustres sont décorés de cristaux de sel. Deux messes par année y sont célébrées : celles du 24 juillet (jour de la Sainte-Kinga) et du 24 décembre (messe de minuit).


À 200 mètres sous terre se trouve aussi un sanatorium. La pureté de l’air et sa haute teneur en oligo-éléments forment un microclimat permettant le traitement efficace des affectations respiratoires et cutanées. C’est la plus ancienne mine de sel d’Europe encore exploitée à ce jour.


Le retour se fait dans un ascenseur rustique, à une vitesse de quatre mètres à la seconde.


 

Collaboratrice