Tourisme France - Toulouse: les petits démons du Midi

Le cloître des Augustins, musée des beaux-arts de Toulouse.
Photo: Ville de Toulouse Le cloître des Augustins, musée des beaux-arts de Toulouse.

Est-ce sa dimension judicieusement humaine, sa position géographiquement enviable entre la Garonne et le canal du Midi, son caractère universitairement festif avec quelque 100 000 étudiants, son architecture historiquement richissime, sa météo agréablement doucereuse, ou simplement les gens qui l’habitent, eux-mêmes habités par ce charmant accent du Sud ? Probablement toutes ces réponses. Peu importe sous quel angle on l’aborde, elle reste attachante, la Toulouse.

En plein autan, ce vent orageux qui souffle pendant des jours depuis la Méditerranée, ça sifflait fort sur la Ville rose en avril dernier. Mais les Toulousains, rompus à ces périodiques contorsions éoliennes, ne semblaient guère s’en soucier, comme s’ils savaient, eux, qu’elles fouetteront l’atmosphère pour faire place à des jours meilleurs. Et puis, des soucis ? Basta ! Dans cette région du sud-ouest de la France, Midi-Pyrénées, c’est la version cool de la vie qui prévaut.


Aéroport Toulouse-Blagnac, par un de ces matins de décalage horaire. À la descente de l’avion, nous sommes quelques voyageurs qui affichent une mine de zombi, se suivent à la queue leu leu, l’esprit vaguement gélatineux, finissent par emprunter distraitement une porte laissée ouverte par un employé non moins distrait, puis atterrissent subrepticement dans l’aire des départs plutôt que celle des arrivées.


Banale erreur. Bête inattention. Mais que nous allions payer cher sur l’autel de la sécurité, pensions-nous, sachant fort bien que certaines aérogares du monde séviraient sans vergogne.


Pourtant, une quinzaine de minutes et quel ques candides explications plus tard, notre petit groupe d’égarés était officiellement escorté, par la voie de garage, jusqu’à la zone des arrivants où nous aurions dû débarquer. Et bonjour la visite ! On a beau connaître « le quart d’heure toulousain », cet écart de temps admis ici comme normal et pleinement justifiable, ce jour-là, c’est un bel exemple de la zénitude du Sud qui se jouait sous nos yeux au pays de Nougaro.


Son surnom de Ville rose, Toulouse le doit à la couleur des toits et des briques qui s’enflamment sous les rayons du jour, jusqu’à la magnifique Place du Capitole — les Champs-Élysées toulousains —, dont plusieurs souhaitent qu’elle devienne piétonne. Ce qui ne serait pas un luxe vu les énormes bouchons de circulation qui s’y forment, s’entremêlant avec les hordes humaines.


Aux plafonds des arches de cette vaste esplanade, d’étonnantes sérigraphies de l’artiste Raymond Moretti dessinent l’histoire de la ville, au coeur d’une région marquée par les guerres de religions, où l’architecture surfe entre la Renaissance et le Baroque.


Dans certaines rues, la pierre blanche tranche parfois sur ce décor tout de rouge vêtu; il faut alors lever la tête au-dessus des boutiques pour apprécier les petits trésors d’ornements qui habillent les bâtiments.


Happés par cette cité aux grandes eaux qui n’hésite pas, toutefois, à refiler le tourisme de masse aux stations balnéaires à l’est et à l’ouest, on ne se lasse pas d’en fréquenter les nombreux monuments, musées, places publiques et jardins.


L’or bleu


Au XVIe siècle, le commerce du pastel connaîtra une faste période à Toulouse. Capitouls et riches pasteliers y feront ainsi ériger des hôtels particuliers dont la hauteur des tours n’aura d’égale que la fortune et le prestige de leur propriétaire. Mais l’arrivée de l’indigo américain, dont quelques graines, très bleues, suffisent à la transformation par rapport au pastel qui nécessite plusieurs feuilles, signera l’arrêt de mort de l’or bleu dans la région.


Aujourd’hui réhabilitée, la plante est de plus en plus prisée notamment pour l’huile qu’on en extrait. Les cocagnes, ces boules de feuilles de pastel broyées et séchées, libèrent le pigment bleu exceptionnel que l’on connaît. Pas pour rien que le triangle de culture formé par les villes d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne est surnommé le Pays de cocagne.


La boutique-institut Graine de pastel s’y consacre entièrement et la directrice associée Carole Garcia se fait un plaisir d’en raconter les péripéties. L’endroit offre même des massages à la graine de pastel : on s’y précipite entre autres pour celui « à la tête », qui pourrait très bien s’appeler « Décalage horaire » tellement il régénère le voyageur « décalé ». grainedepastel.com.


Et si vous craquez encore pour l’espèce florale, sachez que la violette de Toulouse, cette autre rescapée, est une variété spéciale qui fut presque décimée dans les années 60. La Maison de la violette, une péniche de 1930 amarrée dans le canal du Midi, raconte l’histoire de cette fleur emblématique dans un salon de thé où le moindre objet en porte la couleur. La propriétaire, Hélène Vié, propose plusieurs produits dérivés de la violette.


Aux bons marchés


Éparpillés dans Toulouse, des marchés intérieurs et extérieurs multicolorent la Ville rose. Au Victor-Hugo, le plus imposant, triperies, volailleries, pâtisseries, poissonneries, fleuristeries et autres écailleries se disputent les étals. Sans compter les divines glaces de chez Octave. Ambiance toulousaine garantie. Des restos avec terrasses sont installés à l’étage, comme Le Loucheben (le boucher), où les portions sont à l’image de la générosité locale.


Le marché Saint-Cyprien-République, de style Eiffel, se transforme même en rendez-vous des bouquinistes le lundi, alors que celui des Carmes fait office de relais de quartier où tout le monde se connaît. Quant au Cristal, à ciel ouvert, il rassemble des producteurs de la région.


Bien entendu, les superstars du Midi s’y déclinent en plusieurs flaveurs : foie gras, cassoulet, magret de canard, saucisse de Toulouse, vins du Sud-Ouest… Amplement de quoi succomber aux tentations et aux péchés mignons des petits démons du Midi.


Pour le reste, comme le disait plus tôt cette semaine le responsable Promotion de la région Midi-Pyrénées, Jacques Daoulas, qui était de passage à Montréal, « on ne peut pas résumer 14 000 ans d’histoire en quelques mots ». Ni en quelques lignes, ajouterait-on. Dont acte. Il faudra alors y aller…


En vrac


The Lofts. Au sommet du plus haut bâtiment de Toulouse, dans la partie centrale, une douzaine d’appartements offrent l’hébergement de courte ou de moyenne durée, avec services. Vues exceptionnelles garanties sur la ville. Au 19e et dernier étage, un vaste « condo » peut accueillir plusieurs personnes, que ce soit des touristes ou des invités à des événements.


Train. Le TGV est « attendu » vers 2020 par les Toulousains, dans la quatrième ville de France. On leur souhaite vivement que le projet ne se retrouve pas sur la voie d’évitement comme dans le dossier du train entre le centre-ville de Montréal et l’aéroport Trudeau !


Pistes cyclables. Bien qu’historique, cette ville conçue pour les voitures, comme d’autres, se met au diapason du cyclisme. De circuits en lignes brisées on s’efforce de faire un véritable réseau continu.


Bouquiner. La vaste librairie Ombres blanches, rue Gambetta, est une excellente adresse.


« Mangne-ger ». La Maison du vélo propose des services reliés au cyclotourisme, mais aussi un café-restaurant convivial de cuisine et de clientèle locales. maisonduvelotoulouse.com. Alors que Chez Fazoul on vous servira des plats régionaux authentiques dans un cadre du XVIIe siècle. Pour une brasserie typiquement toulousaine par son menu et ses clients: Le Pyrénéen, une véritable institution depuis 1925. Quant à la rôtisserie Pategrain, on y mange un succulent poulet de grain élevé en plein air dans le Gers, tandis que Le J’Go propose de l’agneau de Gavarnie et toutes les saveurs du Sud-Ouest. Aussi, dans une maison forte du XVIe siècle, ce sont les grandes tablées traditionnelles Chez Navarre.


Balade. On déambule agréablement le long du canal du Midi, aménagé en 1681 pour relier l’Atlantique à la Méditerranée. Il est bordé de 42 000 platanes jonchant ses chemins de halage.


Airbus. À proximité de Toulouse, l’avionnerie ouvre ses installations au public. En vedette: le fameux A380 dont la capacité peut atteindre jusqu’à 850 passagers. À visiter aussi: la Cité de l’espace, le parc de l’aventure spatiale de la région.


Typique. Les annonces dans le métro et les messages sur certains panneaux officiels de la ville sont bilingues… en français et en occitan.


Rugby. Voilà plus de 100 ans que le Stade toulousain enflamme les fans de sport.


La carte «So Toulouse». Elle permet aux Toulousains de bénéficier de la gratuité dans des sites touristiques lorsqu’ils sont accompagnés de visiteurs.

***


Notre journaliste était l’invitée de l’Office de tourisme de Toulouse et du Comité régional de tourisme Midi-Pyrénées. Renseignements à Montréal: Atout France Canada, franceguide.com.

2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 26 septembre 2012 03 h 19

    Ô Toulouse...

    C'était en automne 1990.
    En France depuis trois mois pour y travailler à faire la promotion du Québec touristique, j'allais de ville en ville pour rencontrer des agences de voyages. Je vous passe les détails mais en bon Québécois, je commençais à en avoir plus que mon voyage d'un certain hermétisme général et d'une politesse obligée dans les relations humaines.
    Ce jour-là, dans une ville que je ne connaissais que par les chansons de Claude Nougaro, celles-là que dorénavant j'écoute en ayant du mal à retenir mes émotions, à équivalence de Je reviendrai à Montréal, je débarque d'un train qui m'amène de Paris à Toulouse, Gare Matabiau.
    Mon costume de coureur des bois dans mon sac à dos et les mains pleines de boîtes d'orignaux en peluche que j'avais la responsabilité de donner comme cadeaux aux responsables et agents de voyage que je rencontrais, les ficelles d'attache me coupaient tant les doigts que je m'arrêtai sur l'esplanade de la gare avant de me diriger à l'hôtel qui en proximité m'avait été assignée.
    (suite ci-dessous)

  • Yves Côté - Abonné 26 septembre 2012 03 h 20

    Ô Toulouse ... suite

    Et puis là, tout d'un coup, j'eu la surprise de constater que quelque chose de différent se passait. En effet, après avoir posé mes paquets au sol et m'être relevé la tête, j'ai vu que les gens qui passaient à mes côtés me regardaient, certains m'esquissant un sourire. Paf !, en pleine poire, dans les cinq premières minutes qui ont suivies, j'ai compris que si j'étais toujours en France dans cette ville, il y avait sans doute quelque chose de différent à Toulouse.
    Trois jours plus tard, alors que les mains vides je reprenais le train pour Paris, je me suis dis que s'il y avait un endroit en France où de vivre pourrait peut-être m'aller, ce serait à cet endroit. Opinion que je garda jusqu'à mon retour au Québec au printemps 91.
    En 1994, d'heureuses circonstances me ramenèrent à Toulouse et en 1995, quelques jours après le référendum, j'y déménagea...
    Toulouse, c'est beaucoup comme Montréal. Qui aime l'une de ces villes aime l'autre ; c'est ce que 17 ans de vie m'y a enseigné.
    Surtout qu'aujourd'hui après un été de sècheresse, on peut y traverser à gué la Garonne. Tel notre Jean-Pierre national le proposait il y a déjà, déjà ... je ne l'écrirai pas pour que personne ne puisse croire que je ne suis plus jeune.

    Tourlou !