Tourisme sud de la France - Remonter le temps, de château en château

Le château de Foix, que l’on croise sur le Sentier cathare. Au total, le randonneur rencontrera 10 châteaux sur sa route.
Photo: Hélène Clément Le château de Foix, que l’on croise sur le Sentier cathare. Au total, le randonneur rencontrera 10 châteaux sur sa route.

Entre Méditerranée et Pyrénées, traversant l’Aude d’est en ouest (et l’est de l’Ariège), le Sentier cathare et sa dizaine de châteaux juchés sur des pitons rocheux témoignent de l’histoire agitée du Languedoc médiéval. Long de 220 kilomètres, le sentier côtoie vignes, garrigues, gorges, gouffres, montagnes et forêts centenaires. Peu accidenté, il nécessite, malgré tout, une bonne condition physique et un équipement adapté à des journées allant de trois à sept heures de marche. Douze étapes, douze jours de bonheur au coeur de l’histoire cathare.

L’Aude, pays cathare : intrigant comme marketing territorial. Surtout si l’on s’intéresse à l’histoire. Le catharisme avait-il une frontière ? Ne trouvait-on pas déjà au xie siècle des adeptes de la doctrine dans toute la chrétienté, en Grèce, dans les Balkans, en Rhénanie, en Italie, en Flandres, en Champagne, en Aquitaine, à Toulouse ? Pourquoi alors le département de l’Aude, en Languedoc-Roussillon, en a-t-il fait sa marque de commerce ?


« Le label « pays cathare » appartient à l’Aude depuis trente ans », précise Richard de la Touraine, copropriétaire du gîte de la Bastide, à Camps-sur-l’Agly, étape du Sentier cathare. « Nos élus avaient compris en cette période de crise économique et de fermeture d’entreprises importantes que le tourisme était la solution de rechange au développement économique de la région. »


Pour relier les monuments qui existaient en Aude, il fallait donc trouver un fil conducteur. La côte narbonnaise, la cité de Carcassonne, le canal du Midi et le vin se démarquaient déjà. Les abbayes et les églises romanes aussi. Mais moins les châteaux forts. C’est alors que le conseil général de l’Aude a eu « l’idée géniale » de sortir de l’ombre l’histoire cathare. Après tout, et c’est vrai, le Moyen Âge captive encore et encore : forteresses, troubadours, chevaliers, Saint Graal…


L’histoire est coquine. Le catharisme, qui a abouti au XIIIe siècle à un terrible génocide, se transforme en leitmotiv du développement touristique dans l’Aude. Un mal pour un bien. « Il y a trente ans, on demandait à un Français où était l’Aude et il l’ignorait, raconte Richard de la Touraine. La création de la marque « pays cathare » - un gage de qualité qui regroupe aujourd’hui 900 entreprises - a vivement contribué à l’essor touristique du département du Sud. »


D’ailleurs, il n’y a qu’à voir le nombre de touristes qui franchissent émerveillés les murailles de la cité de Carcassonne, qui s’exclament devant la beauté des vitraux de l’abbaye de Fontfroide ou grimpent au sommet de pitons escarpés pour visiter les spectaculaires citadelles du vertige, bâties à même le roc, dans l’orgueil et la crainte : Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens…


« Mais prudence quant au label « château cathare », car les Cathares n’ont rien construit. C’est une marque de commerce qui s’applique maintenant à toutes les sauces : vin cathare, agneau cathare. Les « Bonshommes » ou « parfaits » ne buvaient pas et étaient végétariens. »


Désireux de retrouver le christianisme des origines, les « parfaits » prêchaient la pauvreté et la non-violence et rejetaient l’Église romaine. Ils jugeaient cette Église infidèle à sa mission, trop riche, trop liée aux puissants, trop loin du peuple. Les Cathares concluaient l’existence de deux principes, le Bien, Dieu éternel, et le Mal, dont dérivait le monde matériel et transitoire.


Avec le temps, la marque de commerce « pays cathare » est devenue un véritable fil conducteur pour découvrir l’Aude, mais aussi d’autres départements, comme le Tarn (Albi), l’Hérault (Minerve), la Haute-Garonne (Toulouse) et l’Ariège (Montségur, Roquefixade, Foix).

 

Prélude à la marche


« Pour se mettre en appétit avant de venir dans la région, il faut lire le polar Labyrinthe de Kate Mosse », suggère, lors d’un salon du voyage à Montréal, Jacques Daoulas, directeur promotion-communication au Comité régional du tourisme Midi-Pyrénées.


L’histoire se déroule en partie dans la cité de Carcassonne au xiiie siècle, alors que Raymond Roger Trencavel, vicomte de Carcassonne, tolère et protège l’hérésie cathare sur ses terres. Un beau geste qui coûtera cher au vicomte. Importuné par ces hérétiques, le pape Innocent III lance sa croisade. La Cité est assiégée, Raymond Roger est emprisonné et ses terres sont confisquées par Simon de Montfort.


L’ouvrage de Kate Mosse - un polar du genre Da Vinci Code - valut à la romancière britannique le British Book Award en 2006 et à Carcassonne, la visite récente d’une équipe de tournage. Labyrinthe sera présenté cet automne à la télévision française (M6.fr) en deux épisodes de 90 minutes. Et pour les visiteurs, l’auteure propose à la fin du roman une promenade explicative de deux heures de la Cité, à la découverte de vingt lieux qui constituaient le cadre de vie de son héroïne au Moyen Âge. Construit au xiie siècle par les Trencavel, seul le château Vicomtal incarne encore aujourd’hui le lieu de vie de ces puissants seigneurs de l’époque.


Avant d’enfiler pour les douze prochains jours bermuda et bottes de marche, un détour par les châteaux de Lastours, à quelques kilomètres au nord de Carcassonne, direction la montagne Noire, vaut la chandelle. Le site est vraiment unique : au-dessus du village de Lastours s’élève un grand massif rocailleux qui s’affine en une longue crête hérissée de quatre pointes. Chacune d’elles porte la ruine d’un château : Cabaret, Quertinheux, Fleur-Espine, Tour Régine.


Depuis l’ancienne usine de draps Rabier, située au coeur du village de Lastours, un sentier de randonnée aménagé conduit en vingt minutes à ces citadelles du vertige, à 300 mètres d’altitude. Tout à coup, juste après qu’on a contourné les escarpements nord et débouché sur la face orientale, apparaissent de superbes cyprès qui piquent le ciel, donnant au paysage un petit air de Toscane.


Vestiges d’une ancienne église primitive, jolis restes de tours, de citernes, d’escaliers… Au xiiie siècle, le chef de l’armée de la croisade contre les Albigeois, Simon de Montfort, aurait fait défiler des prisonniers mutilés au pied de cette forteresse - alors fief des seigneurs de Cabaret, vassaux des Trencavel - pour décourager les assiégés cathares de s’y rendre.

 

220 kilomètres à pied


Mis en place à la fin des années 1980, dans la foulée du fameux label « Aude pays cathare », le Sentier cathare, d’une longueur de 220 km, entre Port-la-Nouvelle et Foix, n’est pas homologué GR (grande randonnée) par la Fédération française de la randonnée pédestre. À ne pas confondre avec le GR 107 qui unit Foix, dans le département de l’Ariège, en France, à Portella Blanca, en Espagne.


Aussi appelé « Chemin des Bonshommes », le GR 107 emprunte un itinéraire de 117 km, celui que parcouraient les Cathares fuyant l’Inquisition pour se réfugier en Catalogne. Rien à voir non plus avec le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (GR 65), qui traverse sur 750 km le sud de la France et attire chaque année pas moins de 100 000 âmes aux motivations de tout poil : quête spirituelle, découverte de soi-même, créations de liens.


Marcher sur le sentier cathare, c’est avant tout évoluer d’un château à l’autre, avec pour but, entre autres, de remonter le temps. Dix châteaux se dressent ici sur des pitons rocheux : Durban, Aguillar, Padern, Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens, Puisvert, Montségur, Roquefixade et Foix.


Mais une fois sur le terrain, il y a la surprise de la découverte des paysages. Par exemple, les gorges de Galamus. Deux kilomètres d’escarpements dans un décor lunaire où seuls quelques genêts et chênes kermès réussissent à se cramponner. Un sentier à flanc de falaise mène à un ermitage créé au vie siècle, puis à une chapelle camouflée dans la paroi rocheuse. Il fallait avoir la foi pour bâtir là ! Au fond, un torrent tumultueux parcourt une gorge étroite. Des marmites géantes tiennent lieu de bassins naturels : superbe site pour la baignade en été.


Les décors fantastiques des châteaux de Quéribus et de Peyrepertuse ne laissent personne indifférent. Ni la montée depuis Padern jusqu’à Quéribus. Tuante ! Surtout si l’on porte un sac à dos trop lourd. Quinze kilos max. Ce n’est pas Saint-Jacques-de-Compostelle avec son service impeccable (et abordable) de transbagages. La chose existe, mais, étant donné la faible fréquentation du sentier, le service coûte la peau des fesses. On a affaire ici à des taxis privés.

 

Le pic et les charcuteries


Après Camps-sur-l’Agly, deux routes s’offrent aux randonneurs : celle qui va au pic de Bugarach et emprunte les plateaux d’altitude quasi désertiques du massif des Hautes-Corbières ou l’autre, plus fréquentée, qui mène au château de Puilaurens. Nous optons pour la première.


L’étape jusqu’au village de Bugarach se parcourt en quatre heures, sauf si l’on décide de grimper au sommet du pic de Bugarach, à 1231 mètres, pour profiter des ondes magnétiques de la « montagne sacrée » ou pour y découvrir le fameux passage qui permet d’accéder à une civilisation perdue. Et, oui, Bugarach a un petit côté ésotérique et de curieuses coutumes locales, comme celle de boire le vin doux au « porro », un type de pichet à vin au goulot étroit.


Selon une prédiction, le petit village tranquille de Bugarach serait le seul à survivre à la fin du monde prévue pour le 21 décembre 2012. Il semble donc que ce soit au pied de cette montagne sacrée que le monde sera sauvé. Conseil d’ami, mieux vaut réserver une chambre tout de suite, car il semble y avoir beaucoup de disciples. Et pour les campeurs, ce n’est pas chaud l’hiver…


Puisvert, Espezel, Comus : plus qu’une étape avant de rejoindre Montségur. On quitte l’Aude pour l’Ariège. Au gîte d’étape Lou Sicret, dans le village de Montségur, nous sommes accueillis par le propriétaire Jean-Luc Massera. Le feu crépite dans la cheminée en pierre de la cuisine. Il servira à cuire les truites bio en provenance de la pisciculture de Montferrier. Quelques charcuteries de montagne et fromages de brebis attendent sur la table d’être entamés.


Sans être le site le plus grandiose des guerres albigeoises, Montségur est certainement le plus captivant. C’est ici, en Arière-Pyrénées, que les hérétiques, après avoir été condamnés par Rome et réprimés par la croisade des Albigeois (1209-1229), ont trouvé refuge. Cinq cents évêques, diacres et fidèles se sont installés dans ce nid d’aigle, à 1207 mètres d’altitude au-dessus du pays d’Olmes.


Le siège dura un an, jusqu’à la reddition, en mars 1244, et le sacrifice de la communauté religieuse, livrée au bûcher : en tout 220 hommes et femmes périrent dans le brasier.


Il y aurait encore tant à dire sur le sentier cathare…


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En vrac


Transport : Pour un départ de Port-la-Nouvelle, accès en train de Narbonne ou de Perpignan. Pour un départ de Foix, accès en train de Toulouse. Bien que cher, le taxi est aussi une solution.

 

Hébergement et tables d’hôte : À Tuchan, gîte Saint-Roch (labellisé «Accueil paysan»), sur les pentes du mont Tauch, à deux kilomètres du sentier cathare


À Duilhac-sous-Peyrepertuse, L’Hostellerie du Vieux Moulin, située sur le Sentier cathare, au pied du château de Peyrepertuse


À Camps-sur-l’Agly, Gîte La Bastide (labellisé «Accueil paysan»)


À Bugarach, Maison d’hôtes Le Presbytère. Cet ancien presbytère ne manque pas de charme ni d’authenticité avec ses boiseries sculptées
 

À Quillan, l’hôtel La Chaumière. Accueil personnalisé, chambre moderne et bonne table


À Puisvert, La Cocagnière, une maison d’hôte charmante située au coeur de la campagne à l’orée du hameau de Campsylvestre, entre Nébias et Puisvert


À Espezel, le très authentique petit hôtel Grau. Le patron est fort sympathique et se révèle un très bon chef
 

À Comus, le Silence du Midi. Nous voilà à la frontière de l’Aude et de l’Ariège et ici, on a le choix de dormir dans une yourte traditionnelle, dans un appartement ou un studio ou en gîte d’étapes. Peu importe la formule, le lieu est fort sympathique


À Montségur, gîte d’étapes « Lou Sicret ». Formule dortoir, mais fort sympathique. Une grande cheminée dans la cuisine donne l’impression de vivre au Moyen Âge.


À Roquefixade, Le Relais des Pogs

 

Information pour préparer son voyage : www.lesentiercathare.com.


Comité départemental du tourisme de l’Aude (Carcassonne)
 

Agences de voyages québécoises qui proposent le Sentier cathare : www.voyagesfleurdelys.com et www.karavaniers.com. Prochain départ avec les Karavaniers : le 8 septembre, de retour le 22 septembre.

 

Lire : Le guide du Routard sur le Languedoc-Roussillon et le site Internet entièrement dédié au catharisme.


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Hélène Clément était l’invitée d’Air France, du Comité départemental du tourisme de l’Aude et de l’Office de tourisme de Carcassonne.