Au coeur de la capitale des opales

La formation ocre appelée The Breakaways émerge de la plaine désertique près de la ville minière de Coober Pedy.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Torsten Blackwood La formation ocre appelée The Breakaways émerge de la plaine désertique près de la ville minière de Coober Pedy.

Surtout, ne reculez pas sans regarder derrière vous, même pour prendre une photo. La consigne s'étale en gros caractères sur les panneaux, tout autour de Coober Pedy: «Don't walk backwards». Sinon, vous risqueriez de vous retrouver sous terre, 20 mètres plus bas, après une chute dangereuse. Car Coober Pedy, petite ville isolée au milieu de l'outback, l'arrière-pays australien, à 840 kilomètres d'Adélaïde — la métropole la plus proche —, n'est pas ordinaire. C'est la capitale mondiale de l'opale, cette pierre précieuse qui peut prendre des teintes rouges, vertes ou bleues. 90 % des opales du monde proviendraient de la région.

Coober Pedy — Depuis que la première pierre a été trouvée ici en 1915, des milliers de chercheurs sont venus tenter leur fortune, creusant le sol — au début juste avec une pelle et une pioche — et laissant derrière eux des milliers de puits de mines.

Autant dire que la terre est comme du gruyère. Vue du ciel, la ville est entourée de champs qui semblent percés de cratères. Et si la fortune a souri à certains, les accidents ont été nombreux. Mais la dernière fois que des touristes ont subi une chute grave remonte au début des années 2000, racontent les habitants.

Désormais, des grilles entourent les champs d'opales pour empêcher les curieux de se rompre le cou. Nous voilà presque rassurés. Aujourd'hui, la fièvre des opales est quelque peu retombée car les pierres sont plus difficiles à trouver. Pourtant, si l'on trouve moins de prospecteurs qu'il y a 50 ans, certains continuent de faire fortune. Dans le musée-boutique d'Umoona, au centre du village, on peut d'ailleurs admirer quelques magnifiques spécimens.

La famille Athanésiadis s'est enrichie ici, en deux générations. Dans son bureau, Niko, l'un des fils, montre fièrement les plus belles opales de la collection familiale. «Ce que vous voyez là, c'est de qualité exceptionnelle. Celle-ci vaut 250 000 $. Et celles-là, c'est 40 000 $ chacune. En tout, on en a pour 1,5 million de dollars, et ce sera le triple une fois vendu dans les boutiques», explique-t-il sans sourciller, montrant du doigt des pierres irridescentes posées à même la table.

Dans cette ambiance de western, il n'y a pas d'écrin pour les trésors ni de vigile à l'entrée de la boutique. Car, malgré les fortunes amassées, on ne se prend guère au sérieux à Coober Pedy.

La petite ville est un symbole de l'outback, où les 4x4 circulent couverts d'une poussière rougeâtre. Ici, les conditions de vie sont difficiles et les températures peuvent atteindre 50 °C en été.

Alors, la plupart des habitants, qui travaillaient déjà sous terre, ont décidé de vivre aussi dans des maisons troglodytiques. Et beaucoup ont reconverti leur mine en habitation principale.

Comme beaucoup d'autres, Peter Rowe vit dans sa maison souterraine. «Cela permet d'avoir des températures identiques toute l'année», explique le guide septuagénaire, qui propose aux visiteurs de partir faire la tournée postale avec lui à travers les immenses stations de l'outback. «En moyenne, sous terre, il fait 23 °C en été comme en hiver.» Peter Rowe est une personnalité locale: arrivé en 1967 pour quelques semaines, il n'est jamais reparti, conquis par le mode de vie unique. «Ici, j'ai vu la liberté», sourit-il.

Les maisons souterraines, creusées au pied de petites collines, ont étonnamment tout le confort moderne: salle de bain, salon et salle à manger, tout ressemble à une habitation «ormale». Seule différence, notable: l'absence de fenêtre dans la plupart des pièces, ce qui pourrait bien provoquer quelques angoisses. Pour les curieux, il est possible de tenter l'expérience et de passer une nuit dans l'un des nombreux bed and breakfast et motels souterrains. Le noir est complet et on y dort très bien, dans un silence de tombeau.

On peut même se recueillir sous terre à Coober Pedy. Une petite église catholique troglodyte a été construite par des habitants et on trouve également une église orthodoxe serbe sous terre. «Un artiste maori a sculpté les statues dans la roche», explique Peter Rowe. Passé quelques jours, on ne s'étonne plus de rien à Coober Pedy, et certainement pas de voir des artistes néo-zélandais exerçant leur art dans une église souterraine.

Car la ville est l'exemple du multiculturalisme à l'australienne. Quelque 3500 habitants de plus de 40 nationalités vivent ici. Certains ont apporté avec eux les tensions de leur pays d'origine. Il y a ainsi un club croate. Un club serbe. Et un club yougoslave pour accorder tout le monde!

Coober Pedy enchante par son caractère unique et les personnages qu'on y rencontre. Souvent des gens qui ont eu mille vies, qu'ils aiment raconter autour d'un café. Comme Wayne Borrett, ancien militaire, père de 11 enfants. Après avoir quitté Canberra à la mort de son épouse, il a atterri ici un peu par hasard, «pour aider son frère». Désormais, il propose des visites à travers la région. Et il suffit de s'éloigner un peu pour se rendre compte que nous sommes dans un lieu à part, pas seulement pour les pierres précieuses.

Il y a plus de 100 millions d'années, la région était couverte par une mer intérieure. La mer a disparu depuis longtemps mais elle a laissé des formations géologiques étonnantes. Sur la Moon Plain, à quelques kilomètres de Coober Pedy, le paysage est lunaire, presque effrayant. Le long de la clotûre anti-dingo — qui s'étend sur 5000 kilomètres —, il suffit de se baisser pour trouver des fossiles marins, irréels dans cette atmosphère désertique.

Difficile d'imaginer une vie ici, tant la zone est aride. Seuls quelques lézards se laissent apercevoir, et même approchés par Wayne, qui les attrape au passage pour les faire admirer. «Le lézard pérentie peut faire jusqu'à trois mètres», explique-t-il tandis qu'un plus petit reptile se balance entre ses mains.

Enfin, à 130 kilomètres de Coober Pedy, nous arrivons au clou de la visite, le painted desert, gigantesque plaine de collines rougeâtres et orangées. En ce début d'été austral, il n'y a pas une âme qui vive à l'horizon, juste une cascade de couleurs qui changent au fil des heures. En admirant le paysage, dans le silence, on comprend pourquoi tant d'âmes perdues ont choisi la région pour y demeurer.

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En vrac

Formalités. Ressortissants canadiens: pour un séjour de moins de 90 jours, un visa e-visitor, gratuit, à obtenir en ligne sur le site de l'immigration. immi.gov.au/e_visa/evisitor.htm.

Période: La période de mars à novembre est le meilleur moment pour se rendre à Coober Pedy, car les températures y sont plus douces. De novembre à mars, elles sont élevées, mais il y a beaucoup moins de touristes.

Transport. Aller-retour Montréal-Adélaïde à partir de 1500 $. La compagnie régionale Rex propose plusieurs vols par semaine Adélaïde-Coober Pedy à partir de 480 $.

Excursions. La tournée du facteur à travers les immenses stations avec Peter Rowe. mailruntour.com, info@mailruntour.com. Des excursions à travers la région avec Wayne Borrett: Arid Areas Tours, aridareastours.com. Le musée de la Old Timers Mine: oldtimersmine.com. Le musée de la mine d'Umoona: umoonaopalmine.com.au.

Hébergement. De nombreux hébergements sous terre sont accessibles, de l'auberge de jeunesse aux hôtels et aux B&B de tout confort. Desert Cave Hotel Motel: desertcave.com.au; Underground Bed and Breakfast: undergroundbandb.com.au.

Nourriture. Pour sa cuisine classique mêlant les ingrédients locaux: Umberto's Restaurant, desertcave.com.au.

Lire, en plus des guides: L'opale du désert (Rivages), un roman de Janette Turner Hospital, dédié à une ville imaginaire de chercheurs d'opales.

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Collaboratrice du Devoir