Voyage dans l'histoire amérindienne de l'Arizona

Une sculpture devant le musée George Phippen, à Prescott.<br />
Photo: Caroline Montpetit Une sculpture devant le musée George Phippen, à Prescott.

Sur les murs ocre du canyon de Chelly dans le nord-est de l'Arizona, se dessine une chasse aux antilopes. Ce sont des pétroglyphes que des Indiens navajos ont gravés ici au XIXe siècle. Les chasseurs d'antilopes y sont montés sur des chevaux, et les chevaux ont été implantés en Amérique après la conquête espagnole, ce qui permet d'identifier la date probable de ces dessins. À d'autres endroits du canyon, d'autres pétroglyphes présentant des figures humaines ou des traces de mains sur le roc témoignent d'une occupation beaucoup plus ancienne des lieux.

On dit que le canyon de Chelly a été occupé sans interruption depuis environ 5000 ans. Les premiers Amérindiens à y habiter, nomades, n'ont pas laissé de traces durables.

Ce sont les Amérindiens Pueblos, qu'on appelle aussi Anasazis, dont l'occupation remonte aux années 750 à 1300 après Jésus-Christ, qui y ont construit les habitations qu'on retrouve encore aujourd'hui. Aux côtés de la chasse aux antilopes, on trouve l'Antilope House, comme on a désigné une maison qui aurait été construite là entre 850 et 1270 après J.-C. et qui, à l'époque, aurait contenu 90 chambres.

Au sud du canyon, à l'aide d'une agence locale, on peut aussi visiter en jeep des ruines de ce qu'on appelle aujourd'hui la Maison blanche, construite à la même époque et qui doit son nom à la blancheur du plâtre recouvrant l'un de ses murs.

Gigantesque brèche de 300 mètres de profondeur fendant le désert de l'Arizona, le canyon de Chelly est en fait un labyrinthe fait d'une succession de canyons. L'un d'eux est le canyon del Muerto, où 115 Navajos furent massacrés par les troupes américaines en 1882. Sous la direction de Kit Carson, pionnier de la conquête de l'Ouest américain, on souhaitait en effet déporter 8000 Navajos soupçonnés de perpétrer des raids contre les villages anglo-saxons.

Certains s'étaient réfugiés dans le canyon pour éviter la déportation, mais plusieurs ont trouvé la mort dans le massacre qui s'en est suivi. Depuis, les Navajos ont rétabli leurs quartiers d'origine en Arizona. Mais cet épisode de déportation, baptisé «La longue marche», continue de hanter les mémoires.

En 1931, le canyon de Chelly a été placé sous l'administration du Service des parcs nationaux pour préserver son héritage historique. Encore aujourd'hui, quelque 80 familles navajos y cultivent le maïs ou la courge et y élèvent des bêtes.

Comme de très nombreuses familles navajos de l'Arizona, elles continuent de fréquenter les hogans, ces petits abris que l'on construit près de sa maison pour accomplir certains rituels.

En fait, tout l'État de l'Arizona est ponctué de ces sites témoignant d'une occupation historique ancienne comme on en voit peu au Canada et aux États-Unis. Plus près de Phoenix, la capitale, les ruines du «château» Montezuma, construit par des Amérindiens Sinaguas autour de 1100 après J.-C., en offrent aussi un exemple. Et dans le ventre du célèbre Grand Canyon, au nord de l'État, de nombreux pétroglyphes laissés par les Pueblos témoignent également de leur présence ancestrale en ces lieux.

Plus grand territoire autochtone des États-Unis, la réserve navajo, dotée d'un gouvernement semi-autonome, occupe 71 000 kilomètres carrés dans le nord-est de l'Arizona.

Enclavée dans ce territoire, la toute petite réserve hopi, du nom d'une autre bande amérindienne ancienne, regroupe une population parsemée sur trois mesas, comme on nomme ces masses rocheuses et carrées qui surplombent la plaine plate et sèche du désert et qui permettent de voir très loin à l'horizon.

Nous sommes en territoire ancestral hopi, bien que la réserve ne couvre désormais que 2400 milles carrés, soit une fraction du territoire initial des Hopis.

«Nous sommes des descendants des pueblos», explique Gerald Lomaventema, joaillier hopi qui travaille dans son atelier, sur la Second Mesa, mais qui participe à des expositions partout dans le monde.

Si les Amérindiens Navajos sont connus internationalement pour leur joaillerie ornée de pierre turquoise du pays, les Hopis ont développé aussi, au cours du XXe siècle, des techniques de superposition de dessins gravés dans l'argent.

Aujourd'hui, la nation hopi compte plus ou moins 7000 habitants répartis dans une douzaine de villages plantés dans le paysage désertique de la route 264, entre Window Rock et Tuba City. La réserve hopi telle qu'on la connaît aujourd'hui a été créée en 1882. On trouve un centre culturel hopi à la Second Mesa, dans le petit village de Sipaulovi.

Jaloux de leurs traditions et soucieux de leur préservation, les Hopi sont exigeants envers les visiteurs intéressés par leur culture. La prise de photos est en général interdite et on ne permet pas aux touristes de grimper la côte abrupte qui mène au petit village niché sur la First Mesa, à moins d'être accompagné d'un guide.

On peut cependant participer, si l'on respecte cette étiquette, aux nombreuses fêtes traditionnelles hopi qui se tiennent tout au long de l'année. On peut entre autres y admirer les femmes non mariées portant l'extravagante coiffure traditionnelle hopi, leur longs cheveux rassemblés en chignon au-dessus des oreilles.

Durant 16 jours, au mois d'août, on peut voir les habitants des villages procéder à la cérémonie des serpents, qui est en fait une cérémonie de la pluie, rare et précieuse dans cette région du monde. Les serpents, considérés comme «des frères» des Hopis, seraient chargés de contacter les esprits de l'au-delà pour attirer la pluie sur les champs. À la fin de cette période, les prêtres du clan des Serpents partent chercher les reptiles avec de jeunes hommes dans la plaine. On organise également une course à pied sur le territoire. Si les Hopis se nomment eux-mêmes «le peuple pacifique», ils ont une histoire de relations troublées avec leurs voisins, les Amérindiens Navajos. Quant aux Américains, ils ont tenté d'assimiler les Hopis, comme ils l'ont fait avec les autres nations amérindiennes, en envoyant leurs enfants dans des pensionnats éloignés et en leur coupant les cheveux. Huit chefs hopi récalcitrants à cette assimilation ont d'ailleurs été envoyés à la célèbre prison d'Alcatraz en 1895. Ils font la fierté des Hopis d'aujourd'hui.

La douloureuse époque des pensionnats amérindiens aux États-Unis est relatée dans une exposition magistrale qui tient l'affiche au musée Heard de Phoenix, une institution entièrement consacrée à l'histoire et à la culture amérindienne du pays. Plusieurs centaines de ces pensionnats, destinés exclusivement aux populations amérindiennes et qui visaient spécifiquement l'extinction de leur culture, ont été établis à travers les États-Unis à partir de 1879.

L'exposition nous apprend qu'encore aujourd'hui, quatre pensionnats amérindiens, Chemawa Indian School à Forest Grove, en Oregon, Sherman Indian School à Riverside, en Californie, Flandreau Indian School à Flandreau, au Dakota du Sud, et Riverside Indian School à Anadarko, en Oklahoma, demeurent ouverts.

En vrac

-Le Heard Museum de Phoenix, entièrement consacré aux cultures amérindiennes américaines d'hier et d'aujourd'hui, a été fondé en 1929 par deux pionniers, Dwight B. et Maie Bartlett Heard. Outre ses nombreuses expositions sur des sujets divers liés aux Amérindiens, le musée compte une boutique renommée où l'on vend de l'art autochtone certifié original et authentique, les prix étant à l'avenant. On y propose également des services d'évaluation d'oeuvres d'art autochtone.

-En route vers le canyon de Chelly, en partance de Phoenix, se trouve le village navajo de Kayenta, au beau milieu du paysage désertique de Monument Valley cher aux producteurs de western. Richard Mike, qui y tient un Burger King, a eu l'idée de présenter une petite exposition sur les code talkers navajos de la Deuxième Guerre mondiale. Un ingénieur du nom de Philip Johnston avait en effet eu l'idée d'utiliser la langue navajo pour déjouer le piratage japonais des communications internes et secrètes. 425 Autochtones ont alors été entraînés à cet effet, aidant les Américains à gagner la guerre.

-Les guides Lonely Planet ont publié en janvier 2011 un guide exclusivement consacré à l'Arizona.

-Notre journaliste était invitée par l'Office de tourisme de l'Arizona, un État qui célèbre cette année son 100e anniversaire.