La Barbade en mode bajan

Vue sur la mer à Bathsheba. La côte est de la Barbade est un tout autre monde et n’a rien à voir avec la côte caribéenne, séparée des chics hôtels par des acres de champs de canne. <br />
Photo: Hélène Clément Vue sur la mer à Bathsheba. La côte est de la Barbade est un tout autre monde et n’a rien à voir avec la côte caribéenne, séparée des chics hôtels par des acres de champs de canne.

À l'ouest, la mer des Caraïbes turquoise et des hôtels pleins d'étoiles pour les vacanciers fuyant les frimas de l'hiver. À l'est, l'océan Atlantique secoué par de puissantes vagues qui ravissent les surfeurs. Au centre: des champs de canne, des vestiges de moulins à vent, autant d'églises qu'il y a de jours dans l'année et dix fois plus de bars à rhum qu'il y a d'églises.

Bathsheba — Pas de file, cette fois-ci, aux douanes de l'aéroport Grantley Adams. Rien à voir avec les deux heures d'attente en juillet dernier, en plein Crop Over, le fameux festival culturel qui souligne la fin des moissons. Comme si tous les avions du monde s'étaient donné rendez-vous à cette fête de la musique, de l'art et des traditions qui fait la fierté des Bajans, — les locaux.

«The crop is over» (la récolte est terminée), criaient au son du tambour les esclaves africains dans les plantations de canne, une fois les moissons terminées, en juin. Trêve bien méritée qui se transformait vite en fête. Et les maîtres planteurs laissaient les ouvriers se défouler, si la récolte était, bien entendu, bonne et lucrative. Ainsi est née cette grande fête carnavalesque.

Parmi les quelques éléments de l'île rappelant l'époque esclavagiste (qui a pris fin en 1834), la statue de l'émancipation, ou statue de Bussa, du nom de l'esclave ayant aidé à mettre sur pied, en 1816, une révolte contre l'esclavage à la Barbade. La sculpture, qui représente le rebelle les chaînes cassées, est édifiée non loin de l'aéroport, au rond-point que l'on emprunte pour rejoindre la tangente (autoroute 3) qui mène vers Bathsheba, sur la côte atlantique.

Richesse en liquide

D'abord, un arrêt au guichet bancaire de la RBC pour retirer des dollars barbadiens. Oui, oui, la Banque Royale du Canada est présente partout sur la côte ouest et fête cette année son 100e anniversaire à la Barbade. Donc, pas de soucis pour retirer de l'argent avec sa carte bancaire.

Si les relations diplomatiques entre le Canada et la Barbade existent depuis le 30 novembre 1966, moment où l'État est devenu indépendant, la RBC, elle, est présente dans ce pays depuis 1911. Ces rapports de longue date entre les deux pays du Commonwealth expliquent en partie pourquoi les institutions financières occupent depuis longtemps une place importante à la Barbade.

Le pays fait 34 kilomètres de long par 23 kilomètres de large. Il s'agit d'une île géographiquement plate, constituée de dépôt de corail et divisée en onze paroisses. Le point culminant: le mont Hillaby, à 336 mètres d'altitude, dans la paroisse de St. Andrew. Les ressources: du pétrole (un peu), du tourisme (beaucoup), du rhum (énormément), du sucre, de la molasse, des produits chimiques...

Du caractère, les Bajans? Et comment! Un siècle avant le Boston Tea Party, la Barbade avait déjà inscrit dans sa charte une loi contre la taxation sans représentation. Moins de 2 % de la population est analphabète et le gouvernement est l'un des plus stables de la planète, en partie grâce à 340 ans de présence administrative anglaise qui a pris fin avec l'indépendance en 1966. La Barbade demeure toutefois membre du Commonwealth.

Un conseil d'amie: malgré les signes évidents d'une culture anglaise ancrée ici aussi solidement dans le calcaire qu'un bateau dans le port de Bridgetown, ne dites pas à un Bajan que son île — surnommée «Little England» depuis les temps de la colonisation — est avant tout «british». Il roulera les yeux en affirmant qu'il s'agit d'une demi-vérité et que son peuple, bien qu'il conserve des liens étroits avec la monarchie britannique, a développé son identité propre.

De surf et de farniente

De Bridgetown, on compte 40 minutes en auto pour atteindre le village, qui consiste en une rue principale le long de la mer. Une église anglicane proprette, un bar à rhum désinvolte, un restaurant du nom de Dina's, des maisonnettes colorées, de grandes villas habitées par des surfeurs.

«Vous arrivez juste à temps pour voir la finale de la compétition internationale annuelle de surf: l'Independance Surf Festival», dit Henderson, le chauffeur de taxi. L'événement dure trois jours et attire les meilleurs surfeurs du monde, venus des États-Unis et des autres îles des Antilles, à proximité, comme la Martinique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, les Grenadines...

La côte est de la Barbade est un tout autre monde. Rien à voir avec la côte caribéenne. Séparée des chics hôtels par des acres de champs de canne, des forêts verdoyantes et touffues, des falaises escarpées qui rappellent la côte ouest de l'Écosse et des palmiers remplis de petits singes aussi libres que l'air, c'est le côté rustique de l'île. On oublie ici la baignade dans les eaux turquoise et on opte pour l'authenticité et le calme. Cette côte est fréquentée surtout par les locaux.

C'est mon fils Éric qui m'a parlé le premier de Bathsheba. Passionné de surf, il connaît tous les endroits intéressants de la planète pour pratiquer ce sport. Le Soup Bowl fait partie de ceux-là. L'Américain Kelly Slater, dix fois champion du monde, classe cette vague venue de l'Afrique de l'Ouest parmi les trois meilleures au monde. Selon lui, la courbe serait si bonne qu'elle permettrait d'effectuer d'étonnantes pirouettes dans les airs. Seul hic: le fond de l'eau est jonché d'oursins. Ouch!

Pendant que je dégustais sur la terrasse du restaurant Dina's le fameux poisson volant grillé accompagné de coucou (plat africain à base d'okra et de farine de maïs), Buju, sauveteur à Batsheba, s'occupait de louer un surf pour mon fils, qui n'a pu résister à l'envie de m'accompagner. Idéalement, mieux vaut transporter sa planche, mais le transport aérien (300 $CAN aller-retour) est si cher que, pour cinq jours, ça ne vaut pas la peine. Puis les Bajans sont si gentils et accommodants qu'Éric a vite trouvé une planche à sa convenance... pour 30 $US par jour.

À l'heure où sur toutes les îles des Antilles les criquets répandent inlassablement leurs stridulations et les grenouilles, leurs coassements, et où les étoiles prennent place une à une au-dessus de l'océan, nous rejoignons le Sea-U Guest House, à dix minutes à pied de Bathsheba.

C'est un peu au hasard que nous avons choisi ce charmant hébergement au luxe rustique, situé dans un jardin tropical habité par les singes verts. «Ils sont protégés à la Barbade; c'est pour ça qu'il y en a autant», explique Uschi Wetzels, ex-journaliste en tourisme, Allemande d'origine et propriétaire de cet établissement de neuf chambres à coucher. «Le problème, c'est qu'ils mangent tous les fruits des arbres. Il en pousse déjà si peu, étant donné la nature corallienne de l'île.»

Ce soir, exceptionnellement, le Sea-U Guest House ne sert pas le souper. Nous sommes le 30 novembre, jour de l'indépendance. Dommage, car on y mange une bonne cuisine familiale. On opte donc pour l'Atlantis, l'autre hôtel de Batsheba, situé à deux pas de notre auberge, au-dessus du village de Tent Bay. En dehors de ces deux établissements, il n'y a rien d'autre dans le coin.

L'Atlantis est classé «hôtel historique» depuis 1884. C'est un joli établissement sur l'océan Atlantique. «Sauf que le bâtiment tombait en ruine lorsque je l'ai déniché, explique Andrew Warden, le propriétaire. Ça me faisait de la peine, j'ai donc décidé de l'acheter et de le retaper.»

«J'ai grandi en Australie, mais ma mère est barbadienne», explique M. Warren en montrant une photo d'époque en noir et blanc accrochée à un mur de l'hôtel. «C'est ma famille.» Ce qui explique le retour au pays maternel et l'achat de ce bel hôtel de huit chambres.

Au pied de l'hôtel, le long de l'Atlantique, un sentier de randonnée de cinq kilomètres mène vers la plage de Bath. Quatre heures de marche aller-retour sur une ancienne voie ferrée des années 1930.

Le moulin Morgan Lewiss, le seul parmi les 500 moulins à vent à avoir dominé le paysage de la Barbade du XVIIe au XIXe siècle est l'un des plus grands aussi, et le seul toujours fonctionnel. Quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre, en visitant la synagogue de Bridgetown, que ce sont les juifs néerlandais venus du Brésil qui importèrent à la Barbade les techniques de construction des moulins à vent ainsi que leur savoir-faire dans l'industrie du sucre. Décidément, la Barbade est une véritable boîte à surprise. Le soleil en sus!

Sauf que la vraie pépite du pays... ce sont les Bajans eux-mêmes. Extrêmement sympathiques!

En vrac

- L'eau du robinet est excellente à la Barbade. Elle est considérée comme l'une des meilleures au monde. L'île étant faite de calcaire, l'eau est naturellement filtrée, nettoyée et purifiée en son sol.

Pour se déplacer, il y a la voiture pour qui se sent à l'aise de rouler à gauche. Sinon, les transports en commun fonctionnent très bien, partout sur l'île. Il y a trois types d'autobus: ceux de l'État, bleus avec une barre jaune; les bus privés, plus petits et de couleur orange. Ils prennent parfois les virages de façon un peu raide, mais dans l'ensemble ils sont efficaces. On y voyage en général au rythme du reggae. Puis, il y a les taxis-bus de route. Ils sont blancs, avec une ligne mauve, et la plaque est identifiée par les lettres ZR. Peu importe l'autobus, un passage coûte 2 $BD (environ 1 $CAN). Un taxi coûte, lui, en moyenne 35 $US l'heure, mais il offre le plaisir d'avoir un chauffeur qui en général est un excellent guide et une bonne source d'informations. Parfait pour un tour guidé.

Pour un tour guidé de Bridgetown: Morris Greenidge, auteur du livre Bridgetown Barbados, A Walking Tour. Tél.: 1 246 425-8757.

Hébergement


- Côte est

Sea-U Guest House: www.seaubarbados.com
Hôtel Atlantis: www.atlantishotelbarbados.com

- Côte ouest

Pour moins de 300 $ la nuit: Southern Palms, Bridgetown, www.southernpalms.net.
Entre 300 $ et 500 $ la nuit: Settlers Beach, Bridgetown, www.settlersbeachhotel.com.
Pour plus de 500 $ la nuit: Sandy Lane, Bridgetown, www.sandylane.com.
- Pour vivre la Barbade dans une maison de grand luxe: www.luxuryretreats.com

À voir

- George Washington House: www.georgewashingtonbarbados.org
- Morgan Lewis Mill: www.divefree.net/morgan.htm
- The Mount Gay Visitor's Center: www.barbados.org/mountgay.htm
- St. Nicholas Abbey: www.stnicholasabbey.com
- Harrison's Cave: www.harrisonscave.com

Où manger

- Pour un brunch spécial (le dimanche seulement, sur réservation) dans une habitation sucrière construite en 1635: Fischer Pond Great, www.barbadosbrides.com/fisherpondgreathouse.html

- À Oistins, le vendredi soir, en plein marché de poisson, pour y déguster des plats typiques bajans.

- Barbados Tourism Authority: http://www.visitbarbados.org/ca/Default.aspx