Kiev en kaléidoscope

La statue qui fait partie de l’Arche de l’amitié, un monument érigé en 1954 pour célébrer l’amitié entre les peuples russe et ukrainien.<br />
Photo: Mélissa Guillemette La statue qui fait partie de l’Arche de l’amitié, un monument érigé en 1954 pour célébrer l’amitié entre les peuples russe et ukrainien.

On dit de Kiev, la capitale de l'Ukraine, qu'elle se situe à mi-chemin entre l'Europe et la Russie. On pourrait aussi dire qu'elle se situe dans un parc, tant elle est verte, ou en terre sacrée, tant il y a d'églises, de cathédrales et de monastères à admirer.

Kiev — Kiev, ce sont les boutiques de luxe et les babouchkas au foulard qui vendent des petits fruits ou des cornichons pour quelques sous à la sortie des stations de métro. Ce sont les immeubles colorés à l'architecture délicate, délabrés une fois sur deux. Ce sont des ministères si imposants, avec leurs colonnes massives et leur carrure sévère, que quiconque s'y sent minuscule et pas de taille.

Kiev, c'est croiser un café à tous les coins de rue et se délecter dans les cafétérias qui pullulent. C'est aussi un peuple franchement accueillant. En fait, plusieurs Kiéviens trouvaient louche que Le Devoir puisse s'intéresser au pays et à sa culture.

Mais lorsque les sceptiques ont constaté qu'il n'y avait pas anguille sous roche, qu'on y était bien pour découvrir la capitale ukrainienne sous tous ses angles, les chaumières nous étaient ouvertes. Après une table ronde dans un centre culturel, on s'est d'ailleurs retrouvés, avec une poignée de copines improvisées, dans les rues du quartier Podil, à la recherche de thé Melica — comme le nom de l'auteure de ces lignes —, un thé à la mélisse qui n'a pas son pareil pour relaxer. Franchement accueillant, disions-nous. Collection de cartes de visite assurée.

C'est bien le moment de visiter la capitale de 2,6 millions d'habitants en pleine mutation. Kiev sera l'hôte d'une partie de l'Euro Cup 2012, en juin, dans un nouveau stade présentement en construction. L'occasion pour la ville de s'ouvrir aux étrangers, en ajoutant par exemple des affiches et des panneaux de signalisation en alphabet latin.

Un détail qui facilite le tourisme parce que l'alphabet cyrillique a beau être joli, il est surtout un obstacle pour les locuteurs du A à Z en 26 lettres. Les «p» se lisent ici comme des «r», les «h» comme des «n», les «y» comme des «u».

De quoi mélanger le touriste, surtout s'il vient de se faire offrir un toast de vodka à la santé des amis en prononçant Bud'mo, comme on dit par ici au lever du coude. Ou Bil'she, quand on en veut davantage...

En vue de l'événement dont tout le monde parle, cette coupe de soccer, le gouvernement a investi beaucoup d'argent dans la réfection des infrastructures, et les hôtels se multiplient ou rénovent pour passer des standards soviétiques aux standards dits internationaux. Les paris sont lancés à savoir si le nouveau stade de Kiev sera vraiment prêt à temps pour les matchs sportifs («Je le regarde tous les jours par la fenêtre et il me semble que rien ne change depuis des mois», raconte Macha, réceptionniste dans une auberge de Kiev), mais les autorités promettent la fin des travaux avant le 8 juin, début du championnat européen de soccer.

Après les infrastructures, des mordus de culture s'attellent aussi à transformer la ville en centre culturel et branché... tranquillement. Mention spéciale au Pinchuk Art Centre, en plein centre-ville, qui offre depuis 2008 des expositions d'art contemporain ukrainien et étranger dans une bâtisse dont la beauté culmine au SkyArt Cafe.

Le musée à ciel ouvert, Mamayeva Sloboda, un peu excentré, est aussi un bijou que les Kiévois nous ont recommandé. Ce village cosaque reconstitué a été inauguré il y a deux ans.

Les cathédrales et le monastère de Kiev sont bien sûr incontournables. Les femmes se couvrent la tête d'un foulard pour découvrir la beauté du patrimoine religieux de Kiev — authentique ou reconstruit après les ravages de l'époque soviétique — ou encore pour se donner la frousse dans les catacombes du Laure des Grottes de Kiev, où la plus mauvaise blague est de faire sursauter son partenaire de voyage qui regarde les mains momifiées de moines reposant dans des cercueils de verre depuis des siècles.

Ce monastère et la célèbre cathédrale Sainte-Sophie s'élèvent d'ailleurs au rang du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Un autre site majeur est la descente Saint-André, le Montmartre de Kiev, qui relie la haute et la basse villes. Débutant à côté de l'église Saint-André, turquoise, c'est l'endroit où trouver des souvenirs à prix gonflé, mais c'est également tout à fait charmant. De petits kiosques disposés tout au long de la rue de pierre sinueuse présentent, été comme hiver, toutes sortes de babioles et des objets usagés, mais aussi des peintres et leurs oeuvres aux panoramas de Kiev. On remonte plus tard dans la haute ville avec le funiculaire.

Entre les deux parties, une bande de verdure. Les espaces verts sont d'ailleurs nombreux dans la ville: deux jardins botaniques et de grands parcs où se prélasser entre amis. Une visite à l'Hydropark permet de sortir de la ville un peu. Il s'agit d'une île entre les deux rives de Kiev, au milieu du fleuve Dniepr. Des plages permettent aux Kiéviens de se rafraîchir l'été, et le reste du parc, de se muscler: on y trouve d'étonnants et authentiques appareils de musculation en plein air datant de l'époque soviétique.

À Kiev, on peut bien manger et faire la fête comme si on était tous des Vladimir le Grand. Ce prince qui y régnait au Xe siècle a choisi la religion orthodoxe pour son peuple en raison de son amour de la fête, selon la légende. On raconte qu'il hésitait entre l'islam (et l'idée d'avoir plusieurs femmes) et le christianisme orthodoxe qui n'empêche personne de boire le bon vin qu'il aimait tant. Son choix s'est porté sur l'alcool, et voilà qui explique que la ville soit pleine de belles églises orthodoxes au clocher en oignon, celui des églises de Russie, et peut-être aussi le tempérament festif des Ukrainiens.

Côté bouffe, on est gâtés dans la capitale. Le borsch, soupe à base de betterave, fait office de plat national. «Ça n'a rien à voir avec votre petite soupe dans laquelle flottent quelques nouilles, nous dit Oleg, un marin trentenaire. Le borsch, ça nourrit.» En effet, et les varenyky aussi, ces dumplings aux garnitures variées. Les restaurants traditionnels sont nombreux, mais les restos en tous genres aussi.

À l'image de Kiev, finalement: profondément fière de sa culture slave, mais de plus en plus tourné vers le monde.

En vrac

Les deux tours guidés gratuits de Kiev, en anglais, font découvrir les attraits principaux de la ville. Tous les jours à midi et 16h. Les deux tours sont différents. freetours.kiev.ua.

Lonely Planet Ukraine 2011, un guide publié en français en juin dernier.

L'Ukraine a beaucoup à offrir, à condition d'aimer l'aventure, car la barrière de la langue complique les choses pour qui ne parle pas l'ukrainien ou le russe. Un dictionnaire de traduction est fort utile.

Louer un appartement au centre-ville, sur le Web, est la façon la plus économique et la plus chouette. Moins de 50 $ la nuit.

Le métro est efficace et certaines stations ont des airs de salle de bal.

La Lviv Chocolate Factory, basée à Lviv, a aussi un café à Kiev, à proximité de la station de métro Olimpiiska.

Vous verrez immanquablement le carré de l'Indépendance (Maidan Nezalezhnosti, sur l'artère principale, Khreschatyk), point de repère des manifestants lors de la Révolution orange de 2004. Mais le monument le plus impressionnant est cette énorme statue d'une femme, la mère patrie, tout près du Musée national de la Grande Guerre patriotique (100 mètres de haut, 450 tonnes!).

L'Ukraine, c'est donc bien plus que Tchernobyl. Les plus téméraires visiteront la zone d'exclusion autour du réacteur numéro quatre de Tchernobyl, moyennant une centaine de dollars.

Après avoir visité Kiev, on peut se rendre pour quelques jours à Lviv, capitale du café et du chocolat, qui penche davantage vers l'Europe, et sa voisine à quelques kilomètres, la Pologne. La majorité des bâtiments historiques de l'Ukraine se concentrent dans le petit centre-ville de Lviv. Pourquoi ne pas opter pour le train de nuit pour s'y rendre? Tout une expérience culturelle!

Les montagnes, les Carpates, sont une autre attraction majeure du pays. C'est là que se trouvent les maisons typiquement ukrainiennes et la nourriture la plus traditionnelle, en plus des montagnes.