La route des Navigateurs - Itinéraire côtier au pays des ponts d'or

Pont d’or à Kamouraska.
Photo: Pont d’or à Kamouraska.

Nul besoin d'un vaisseau et de sa voilure pour naviguer sur le Saint-Laurent. Suffit de larguer les amarres de sa voiture à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, et de maintenir le cap jusqu'à Sainte-Luce, sur ce ravissant itinéraire côtier qu'est la route des Navigateurs. Journal de bord d'un inconditionnel du pays des ponts d'or.

Il ne faut qu'une fois, une simple fois pour ensuite entendre retentir, année après année, l'appel du fleuve. Dès lors qu'on a connu son cours sortilège, on ne se lasse plus de revenir le révérer et humer ses encens d'iode, en empruntant le canal sans écluses mais plein d'effluves de la route 132, dans le Bas-Saint-Laurent.

Car aucune autre région du Québec ne permet de se sentir aussi près d'elle, la veine jugulaire, la mère nourricière de l'Amérique française. Ici, le Saint-Laurent se lie d'amitié avec ses battures comme nulle part ailleurs au pays. Ici, la route colle tant à la réalité fluviale que, bien vite, toute voiture se fait presque navire, tant les rives et le fleuve communient, comme unis par une même destinée.

Par endroits, l'étale est si haute et les terres, si basses que la 132 pourrait s'égarer dans les joncs, les foins et les herbes folles. Et quand la lune tire assez fort la couverture des eaux de son bord, le lit du Saint-Laurent dénudé permet même de gagner les îles de Kamouraska à pied.

Une paire d'orteils sur l'accélérateur, une autre sur le frein, il faut ici cultiver l'art de perdre son temps et son chemin en obliquant là à gauche, là encore à droite, avant de déboucher sur une vieille demeure victorienne pimpante ou avachie, une fermette agenouillée sous le poids des années ou un bout de Saint-Laurent devenu mer.

Tout au long de la Route, les villages bourrés d'embruns donnent la réplique aux fumoirs, aux pêches à fascines ou aux phares qui se succèdent en enfilade, actifs, poussifs ou crades. Les îles, amarrées basses, emplissent les coeurs à marée haute, et les rivages guettent le passage des nochers tandis que le sillage des navires salue les rochers.

Puis, le soir, par temps clair, tout bout de berge ou d'auberge devient la jouissive loge d'où on assiste à l'indicible prestation de la brunante.

À mesure que l'azur s'irrigue de pourpre, une éblouissante mosaïque ambrée s'assemble sur la surface du fleuve, tesson de lumière après tesson de lumière. Et alors que le soleil soigne sa chute derrière les montagnes, les paillettes se soudent entre elles pour former une longue jetée lumineuse, jusqu'à relier Kamouraska à Charlevoix. Ainsi naissent les ponts d'or, dans le Bas-Saint-Laurent.

Rasades d'îles

Le lendemain, devant Trois-Pistoles, c'est à peine s'il frémit, le Grand Bleu québécois. On dirait une mer d'huile essentielle, une flasque flaque de plomb en fusion, les miroirs liquides de La Matrice ou leur illusion.

Seuls les phoques et les oiseaux de mer réussissent à rompre la stoïque bonace du fleuve, au loin. Et pourtant, aucune tempête ne s'est retirée ou ne fut annoncée, sinon Jean-Pierre Rioux l'aurait su, lui qui détient les arcanes du Saint-Laurent.

Sans doute le seul être sur terre à cumuler les fonctions de capitaine, gardien d'îles et maire d'un village — celui de Trois-Pistoles —, Jean-Pierre Rioux est l'unique passeur qui permet d'accéder à l'île aux Basques et d'approcher les îles Razades, sanctuaires hautement prisés par la gent ailée.

Le béret basque toujours vissé sur le crâne «pour masquer la calvitie causée par les fientes», badine-t-il, il dépose tous les jours des groupes sur l'île aux Basques, quand il ne raconte pas de truculents épisodes de l'histoire du fleuve ou de la construction de la colossale église de Trois-Pistoles, dont on aperçoit partout la sublime trilogie de clochers.

Il faut dire que le Bas-Saint-Laurent, lieu inspirant s'il en est, compte son lot de légendes. Pas pour rien qu'on organise à Trois-Pistoles, tous les automnes, un Festival de contes et récits de la francophonie, et que certains auteurs connus ont pignon sur rue dans ce même village.

Mais la 132, elle, s'en fout, et elle continue de prendre le rivage à bras le corps tout en nimbant les nautoniers terrestres de l'aura du fleuve. Quoique bientôt, petit à petit, le relief s'ébroue et le Bas-Saint-Laurent s'élève, tant en hauteur que dans le spectre des émotions: les plates battures se signent, le Bic approche.

Coi devant le décor bicois

Difficile de revenir sur terre lorsqu'on est au septième ciel, en l'occurrence au sommet du Pic Champlain, dans le parc national du Bic. Accessible au terme d'une ascension qui ne nécessite ni cordages ni courage, ce sérénissime belvédère permet d'embrasser toute la magnificence du fleuve, mais aussi de saisir l'étrange et exceptionnelle morphologie du Bic.

Du haut de ce faîte accompli de 346 mètres, on ne navigue plus, on plane littéralement en admirant béatement la dense agglomération d'anses, de minuscules péninsules, de caps enragés, de baies bouche bée et leur lot d'îlots. À l'ouest, la frange de résidences de Saint-Fabien-sur-Mer s'étire doucement; devant, le Saint-Laurent si large se rit de l'horizon en lui damant le pion; à l'est, il incurve sa fuite et se bombe le dos pour se donner des airs de mer supérieure.

Partie intégrante du fleuve, le décor bicois alterne entre rocs dantesques étiolés par les glaciers et montagnes russes de verdure, toutes sillonnées par quinze kilomètres de sentiers. Les prestations fauniques y sont légion et les ballets aériens des eiders servent souvent de prélude aux troupes de phoques qui se produisent régulièrement, ici et là.

Fort chéri par les randonneurs, les cyclistes, les golfeurs, les cueilleurs de rêves et les attrapeurs d'aurores, le parc du Bic demeure aussi l'un des sites les plus indiqués pour se la roucouler douce sous le couchant.

Et à ce titre, paraît-il qu'il n'y a rien comme couper les ponts d'or avec son kayak de mer, dans le parc du Bic...

En vrac

- «Avoir du style au Bic», telle pourrait s'écrire la devise du Mange Grenouille, splendide auberge-destination bicoise. Romantique, romanesque et lyrique, ce remarquable établissement est décoré avec un raffinement éminemment théâtral et un souci exacerbé du détail, en plus d'être doté d'une table dont les délices brillent autant par unicité qu'exquisité. Plantée droit devant le parc du Bic, ses chambres sont toutes plus enjôleuses les unes que les autres, et aucune ne coûte assez cher pour provoquer des crises d'insomnie. Un must et un excellent incitatif pour visiter les environs. 146, rue Sainte-Cécile, Le Bic, % (418) 736-5656 ou www.aubergedumange

grenouille.qc.ca.

- Ancienne directrice des soins de santé à l'Auberge du Portage, Suzanne Guay a récemment inauguré son propre établissement, la resplendissante Auberge La Grand-Voile, à Kamouraska. Construite à la force du poignet par son conjoint, son beau-frère et elle-même, l'auberge dresse ses quatre étages où culmine une longue galerie dominant le fleuve et ses ponts d'or. Principalement axé sur les soins de santé, ce splendide pied-à-terre propose confort et réconfort par le biais d'une impressionnante palette de forfaits tous plus requinquants les uns que les autres.168, avenue Morel, Kamouraska, % (418) 492-2539 ou www.lagrandvoile.ca.

- Quelques établissements muséaux reliés à la thématique du fleuve jalonnent la route des Navigateurs, dont le Musée des bateaux miniatures et légendes du Bas-Saint-Laurent, à Rivière-du-Loup % (1 866 868-0800 ou (418) 868-0800), ainsi que le Musée de la mer de Pointe-au-Père (Rimouski), qui porte sur le naufrage de l'Empress of Ireland % (418) 724-6214).

- Au départ de la marina de Trois-Pistoles, des excursions guidées à l'île aux Basques et aux îles Razades sont offertes jusqu'en septembre, % (418) 851-1202. Avant ou après, le Parc de l'aventure basque en Amérique, toujours à Trois-Pistoles, constitue un incontournable complément: % (418) 851-1556 ou www.paba.qc.ca.

- À voir aussi à Trois-Pistoles: Festival de contes et récits de la francophonie, du 9 au 12 octobre, % (418) 857-3248; l'exposition Lieux et écrivains québécois, le Festival de peinture et de sculpture Arts en fête (jusqu'au 6 août) et le Week-End du livre (du 25 au 27 juillet), à la Maison de VLB, % (418) 857-2000.

- Autres renseignements: Parc du Bic, % (418) 736-5035 ou www.parcsque

bec.com; ATR du Bas-Saint-Laurent, % 1 (800) 563-5268/(418) 867-1272 ou www.tourismebas-st-laurent.com.
1 commentaire
  • Jacques Therriault - Inscrit 20 juillet 2003 09 h 28

    Au pays des ponts d'or ....... ouf!

    J'ai bien aimé l'article sur le Bas-St-Laurent du samedi 19 juillet. Bien qu'étant résidant du Bic, ce n'est qu'en lisant le texte que j'ai compris ce que vous entendiez par "Les ponts d'or ... " Pourtant chaque soir j'ai un pont d'or en plein visage, en plein dans la lentille de mon Nikon. En effet, j'ai photographié ces ponts d'or des centaines de fois, vous pouvez d'ailleurs en voir quelques-uns sur le site "Le Bic, un village et un parc"
    à l'adresse internet http://www.lebic.net vous y verrez les ponts du soir de la Pointe-aux-Épinettes, du Pic Champlain, de la Montagne de l'Hermite, du village ou de la Pinède. Vous y découvrirez les ponts de l'aurore, ceux que seuls les lève-tôt peuvent emprunter, les ponts de quatre heures trente le matin qu'on peut prendre à la Maison Feindell, à l'Anse à Wilson ou à l'Anse à Voilier. Vous y découvrirez aussi Le Bic sous tous ses aspects et vous y visiterez le Parc juste assez pour vous donner le goût de venir y faire un petit tour.

    Bonne visite chez-nous.

    Jacques Therriault