La Calabre, cette région surprenante

Scalea, entre collines et bord de mer, est tout en escaliers et en ruelles.<br />
Photo: Photo Nicole Pons Scalea, entre collines et bord de mer, est tout en escaliers et en ruelles.
Cosenza — Oenotres, Grecs, Bruzes et Romains dans l'antiquité, Byzantins, Normands, Angevins et Espagnols ensuite... la Calabre a été façonnée par les peuples qui l'ont conquise au fil des siècles, défiant les tremblements de terre. Des guerriers montagnards, les Bruzes, fondèrent Cosenza au confluent du Crati et du Busento en 350 av. J.-C., une ville qui connut une période florissante sous les Angevins et les Espagnols, devenant la capitale artistique de la Calabre.

Aujourd'hui, l'agglomération compte 150 500 habitants. Elle conserve une vieille ville authentique étagée sur sept collines, dominée par un château normand. Ses ruelles pittoresques aux maisons du XVe siècle de style espagnol ont vu le départ de leurs habitants dans les années 1950, pour beaucoup vers l'Amérique, car après la guerre l'économie était à plat.

La ville s'est tournée vers le secteur tertiaire, on a créé une importante université où sont inscrits 35 000 étudiants. Divers monuments ont été restaurés — cathédrale, théatre Rendano, Palazzo Arnone — car on a pris conscience de l'important patrimoine de la région.

Civita, village arbëreschë

Après avoir traversé la région agricole fertile du Tirreno où prospèrent la vigne et les agrumes, dont les clémentines et les pêches, une route de montagne escarpée mène à Civita. Ce village typique blotti à 450 mètres d'altitude contre des rochers abrupts, dans un site grandiose face aux falaises du Pollino, plus grand parc national d'Italie, est l'un des 52 fiefs de la communauté arbëreschë. En 1470, fuyant l'invasion turque de l'Albanie qui appartient alors à la Grèce, toute une population vient s'installer dans le sud de la péninsule italienne. Elle y fonde plusieurs villages, dont 34 en Calabre, autour de la région de Cosenza.

Peuple de montagnards fier de son identité, les Arberëschë représentent actuellement 100 000 personnes en Italie. Ils ont conservé leurs traditions culturelles, leur culte de rite byzantin grec et d'obédience catholique (reconnu en 1919 par le pape) et leur langue, qu'ils parlent entre eux et que les enfants peuvent étudier à l'école.

Ce peuple savait se protéger. Ici, avant 1932, le seul accès au village se faisait à dos d'âne. Il fallait suivre un torrent de montagne, le Raganello, puis grimper par un sentier raide que l'on découvre d'un belvédère aérien. Un centre d'interprétation très complet est consacré à la nature de cette vallée escarpée.

La Riviera dei cedri

Comptant 6800 habitants, Praia a Mare a été développée il y a 80 ans pour le tourisme balnéaire. Face à sa belle plage, l'île de Dino, proche du rivage, cache plusieurs grottes. L'été, des excursions en bateau permettent d'en faire le tour. De l'autre côté de la ville, accroché à la colline, le sanctuaire de la Madonna della Grotta est un important lieu de pèlerinage.

D'ici jusqu'à Paola, 75 kilomètres au sud, la côte Tyrrhénienne s'étend entre la Catena Costiera, culminant à 1750 mètres, des stations balnéaires et bourgs médiévaux. Le cédrat, très importante production locale, lui a donné son nom.

Ce gros agrume, originaire d'Asie du sud-est, pousse en Calabre et en Corse depuis des lustres. Il mesure jusqu'à 30 centimètres de long et ressemble à un énorme citron. On le mange surtout confit. Mais son utilisation est bien plus vaste. Les Juifs s'en servent pour une fête religieuse et les rabbins viennent du monde entier chaque été pour acheter ce fruit rare. On le trouve dans l'industrie pharmaceutique, les cosmétiques, il parfume la grappa et autres boissons, des pâtisseries, du chocolat, et se mange en confiture. Un fruit mal connu que l'on découvre au Museo del Cedro.

Les sites médiévaux de la côte, établis de façon défensive sur les collines dominant la mer, sont tout en dédales de ruelles tortueuses et d'escaliers raides. La pittoresque ville de Scalea, surplombée par les ruines d'un château normand, se faufile ainsi sur la pente jusqu'au Palazzo dei Principi. Aux environs, on a mis à jour la colonie grecque de Laos, bâtie au Ve siècle avant J.-C. Fiumefreddo Bruzio, autre site médiéval érigé vers 1050 sur les ruines d'une colonie romaine, est classé parmi les plus beaux villages d'Italie. Ce petit bijou campé sur un impressionnant promontoire rocheux face à la mer et cerné de murailles, a fait partie d'une principauté, a appartenu aux Normands et aux Angevins. De ce riche passé, il garde plusieurs églises somptueusement décorées dont la Chiesa Madre et la Chiesa di San Rocco, un château, une douzaine de palais, deux couvents. Une restauration majeure en cours vise à lui rendre sa splendeur originelle.

Diamante possède quatre kilomètres de plage et un atout qui lui a donné un nouvel élan. En 1982, un peintre génois, Nanni Razzetti, proposa de décorer de fresques les murs des ruelles du centre historique. Au fil des ans, 80 artistes du monde entier ont réalisé 200 murales sur les thèmes du Sud, de la poésie, de la satire. Pris au jeu, les habitants ont décoré leurs façades, le port a été restructuré, on a créé le Festival du Peperoncino, fête colorée dédiée au piment, ingrédient phare de la cuisine calabraise.

La Sila, petit paradis verdoyant

On l'appelle le poumon vert de l'Europe. Dans cette Calabre pleine de surprises, les montagnes se donnent des allures alpines. Séparée des Appenins par la barre transversale du Pollino, la Sila, plus grand et plus haut plateau d'Europe, s'étend entre Cosenza et Rossano sur 280 000 hectares de territoire, dont 73 000 classés en parc national. Ce plateau très boisé et fertile où poussent une multitude de champignons sauvages, atteint 1600 mètres d'altitude. Il est cerné de hauts sommets: Monte Botte Donato, 1928 mètres; Monte Nero, 1880 mètres. Habitée dès l'époque de la Magna Grecia (Grande Grèce), la Sila est parsemée de villages et de fermes agricoles. On y élève en plein air de façon naturelle la podolica, une race bovine autochtone dont la viande est très prisée et dont le lait sert à fabriquer un délicieux fromage, le caciocavalo podolico. Les bêtes broutent l'herbe fraîche du plateau l'été, puis c'est la transhumance à l'ancienne, de nuit, vers le bord de mer pour l'hiver. Entre 700 et 1000 mètres s'étend le domaine des immenses forêts de châtaigniers, cédant la place en haut au majestueux pin laricio, qui pousse ici et en Corse. À Fallistro, la réserve naturelle des Giganti della Sila conserve une forêt primaire plusieurs fois centenaire dont certains individus atteignent 43 mètres de haut et cohabitent avec des érables de montagne. Près de Camigliatello Silano, beau village aux chalets de bois et station de ski réputée, le musée de l'arbre et de la faune du Centro visitatori Cupone présente la biodiversité du parc national créé pour préserver la population de loups établie dans la région.

De la Grèce à Byzance

À l'est de la région, la côte Ionienne garde d'importants vestiges des peuples qui firent l'histoire de la Calabre. Nous connaissons le mot «sybarite» employé pour définir celui qui recherche à tout prix les plaisirs de la vie. Son origine vient de la ville de Sybaris — ou Sibari — fondée ici par les Grecs au VIIIe avant J.-C. Cette ville puissante, dont les riches habitants vivaient dans la luxure, inspira par son plan d'urbanisme très moderne les fondateurs des premières villes américaines. Le site a été fouillé à partir de 1932. On a mis à jour trois cités superposées: Sibari dessous, Thuri fondée en 444 avant J.-C., aussi par des Grecs, et Copia, une colonie romaine de 194 avant J.-C.

Bâtie en retrait de la mer sur une colline couverte d'oliviers, Rossano est devenue puissante entre le VIe et le Xe siècle, sous le règne de Byzance. La vieille cité cache d'inestimables trésors. Dans la riche cathédrale, la Madonna Achiropita, fresque mystérieuse représentant la Vierge et l'enfant, n'aurait pas été peinte par la main humaine, selon la légende. En 1846, on a trouvé ici le Codex Purpureus Rossanensis, conservé au Musée diociésain d'art sacré. Cet évangéliaire byzantin du VIe siècle unique au monde, peut-être caché par des moines fuyant les guerres, compte 188 folios enluminés de couleurs vives. Une merveille!

En vrac

- Ecomuseo del paesaggio Valle del Raganello, Civita, 0981 73012.

- Terme di Spezzano, Spezzano Albanese Terme. En plus du côté curatif, les thermes possèdent un Centro Benessere avec Spa pour se faire bichonner dans un beau décor. Réserver. 0981 959724.

- Museo del cedro, Impresa, Santa Maria del Cedro, 0985 42598.

- Parco Nazionale della Sila, administration: via Nazionale, Lorica di San Giovanni in Fiore. Centro visitatori Cupone, accès par Camigliatello Silano, route 177. 0984 537109.

- Altipiani, eventi e turismo, via Roma 101, Camigliatello Silano. Découverte du haut plateau de la Sila avec des guides spécialisés. Randonnée pédestre, vélo de montagne, ski et raquette l'hiver, fêtes, artisanat, traditions. 0984 578766.

- Associazione Elios. Forfaits en B&B (notamment à Civita) avec randonnées diverses, à la découverte du parc national du Pollino et de la culture arbëreschë. Itinéraires culturels, historiques, religieux, oenogastronomiques. 0981 27725, 333 8536049.

- Ristorante Agorà, Piazza Municipio 30, Civita. Un restaurant authentique et convivial. La famille Nicoletti honore les produits paysans de montagne, dont la viande et les fromages. Du chevreau au sanglier, du prosciutto à la sopressatta, en passant par les rrashkatjël, strangulet et autres tumàce (fusilli, gnocchi et fettucine frais, faits maison), on savoure une cuisine aux couleurs arbëreschë. Ouvert à l'année, réserver. 0981 73410.

- Ristorante La Tavernetta, Contrada Campo S. Lorenzo 14, Camigliatello Silano. En pleine Sila, Pietro Lecce, chef propriétaire inventif, sublime les produits locaux frais, dont beaucoup viennent de son potager. Une gastronomie raffinée où l'agria (succulente pomme de terre), la courge, les porcini sauvages, les herbes et épices (anis étoilé, safran d'un producteur régional, mélisse, réglisse, cannelle, cacao) se mêlent, dans une harmonie de saveurs inusitée, au foie gras ou à la fameuse podolica. Fermé le lundi. Réserver. Son hôtel de charme, le San Lorenzo, offre 22 chambres donnant sur la nature. 0984 579026.

- Renseignements sur la région: www.larivieradeicedri.com, www.isca-hotels.it, www.turismorossano.it, www.sibari.com, www.minervaclubresort.it. Accès par l'aéroport international de Lamezia Terme.

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Notre journaliste était invitée par la Chambre de commerce de Cosenza et ses partenaires, en collaboration avec la Chambre de commerce italienne à Montréal.

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Collaboration spéciale