Skier en Suisse avec sa smala

Photo: Photo Gary Lawrence

Au pays des Helvètes, quiconque apprécie le ski finit toujours par trouver schuss sûr à ses pieds, que ce soit en solo, en duo ou en grupetto. Mais certaines stations se prêtent mieux que d'autres à la pratique de la glisse en famille. Compte rendu d'un séjour père-fils à Nendaz, au cœur du domaine skiable des 4 Vallées, dans le Valais francophone.

Nendaz — Qu'importe le Jungfrau (4158 mètres), le Cervin (4478 mètres) et le Mont-Blanc (4807 mètres), entre autres pics qu'on aperçoit du vertigineux belvédère naturel du Mont-Fort (3300 mètres): môssieur n'en avait cure, parce que môssieur n'en avait que pour le ski, maintenant que le déclic avait eu lieu.

Pourtant, en début de séjour, fiston était beaucoup moins hardi et enthousiaste à l'idée de dévaler les pentes suisses, de peur de prendre une dégelée dans des à-pics trop pentus pour ses quadriceps riquiquis de six hivers, et malgré deux saisons et demie de ski dans les gambettes.

Certes, mini-Killy s'était plu à faire la course avec cette jeune Russe sur la piste ultradouce du lac de Tracouet (bien que la petite Slave ne s'en soit jamais rendu compte). D'accord, il avait ensuite filé à toute vitesse et en ligne droite, repoussant les carres de conduite, clamant haut et fort qu'il était le skieur le plus véloce de l'univers connu.

Mais quand il s'est agi de dévaler 1000 mètres de dénivelé trop ardus et prétendument pour débutants, fiston a craint de dégringoler du haut de la colossale montagne sur laquelle il se tenait, de Tracouet à Nendaz. Il en fut quitte pour descendre accroché comme un ouistiti au cou paternel, ses skis ligotés au sac à dos... pour sa plus grande joie. «Woaaaah, c'que ça va vite !» (Et le père de songer, sans grimacer: «Aaaargh, c'que c'est lourd...»)

Puis, à force de glisse et de pratique, à force de virages en pointe de pizza (lire: chasse-neige), et surtout après avoir trouvé la piste bleue (facile) qui lui seyait dans le secteur Siviez, fiston est devenu tellement accro qu'il fallut bientôt user de stratagèmes pour le forcer à retirer ses skis. («On va nager à la piscine du condo? On rentre visionner Aladdin en allemand? On vérifie si le chocolat suisse est aussi bon que le belge?») «D'accord, mais on revient ici demain, promis?», d'accorder le petiot dans un ultime effort de concession, le regard taraudé par l'inquiétude.

Comme la mer turbide, le torrent tumultueux ou le désert sans fin, les Alpes savent transfigurer la crainte en admiration. Si l'apprivoisement s'effectue progressivement et à petites doses d'éblouissement, l'admiration se fait d'autant plus saisissante, une fois les appréhensions reléguées aux orties.

A fortiori quand on est haut comme trois boules de neige.

D'abord, c'est le choc du contact visuel, dans le train. On passe des coteaux verdoyants du lac de Zürich (même en janvier) aux dantesques murailles crénelées de blanc du Valais, avec ses 36 sommets qui dépassent les 4000 mètres. Puis l'approche légère, à bord d'un téléphérique, nous fait valser au-dessus des grands sapins: ce sont les prémices de l'extase.

Vient ensuite la transmission des courants telluriques: sentir la puissance de la montagne sous ses pieds, à 2000 mètres d'altitude, les neurones gonflés à bloc par l'air suroxygéné, les pupilles dilatées par la superbe du décor environnant... Petit à petit, l'énergie se transmet, le courant passe, la confiance s'installe: c'est le faîte accompli. Et on se surprend soudainement à skier à digne allure, côte à côte avec sa progéniture qui, il n'y a pas si longtemps, rampait encore à terre. Moment de grâce.

Piquets noirs

- Papa, pourquoi on ne prend pas cette piste aux piquets noirs?

- Parce que le noir, ça veut dire difficile, même pour les champions comme toi.

Dans les stations de ski valaisannes, ce n'est pas parce que le plancher est haut qu'il n'y a pas de pentes douces. Pour aller chercher la neige là où elle s'accumule, les domaines skiables sont souvent perchés dans des hauteurs auxquelles on accède en téléphérique depuis le village, la vallée, ou même la gare de train dans certains cas. Même si, là-haut, le niveau annoncé est parfois trompeur (une piste classée facile pourrait aisément être perçue comme intermédiaire au Québec), bon nombre de pistes demeurent accessibles à tous.

Encore faut-il bien choisir sa station. En Suisse, plusieurs d'entre elles sont labellisées «Familles Bienvenues» parce qu'elles répondent à une foule de critères (hébergement, restauration, infrastructures sportives, divertissement, sécurité, transports publics, etc.) établis par la Fédération suisse du tourisme.

C'est le cas à Nendaz, qui est située au coeur du domaine skiable des 4 Vallées, dans le sud-ouest de la Suisse: 412 kilomètres de pistes, 300 jours de soleil par année, 100 kilomètres de sentiers de randonnée balisés, 92 remontées, 2 parcs à neige, 2 pistes de luge, 1 parcours boardercross et bien des troupeaux de jeunes skieurs.

Peu importe leur âge, ceux-ci peuvent s'y frotter au ski, à la glisse et à l'hiver, surtout dans les secteurs de Siviez et de Tracouet, où des parcs d'amusement (les «jardins d'hiver») ont été aménagés avec chambres à air, installations ludiques, figurines géantes, remontées par câble à hauteur de petit homme et autres tapis magiques qui emportent la marmaille vers le ravissement blanc.

Du reste, dans les remontées pour adultes, on voit bien que les préposés sont habitués à voir déferler des contingents de mini-skieurs: ils s'empressent de ralentir les chaises qui arrivent trop vite et déposent délicatement l'arrière-train des jeunes sportifs sur ces mêmes chaises en mouvement.

En outre, le domaine des 4 Vallées compte autant d'écoles de ski acceptant les néophytes dès l'âge de deux ans — à condition, bien sûr, qu'ils aient préalablement appris à marcher. Ici, pas besoin de s'inscrire longtemps à l'avance pour un cours en groupe: suffit de se pointer le jour même (en basse saison) ou la veille (c'est plus sûr) pour laisser fiston entre les mains habiles de skieurs qui en ont vu d'autres.

Enfin, qu'on boulotte un rösti lardonné à l'un des nombreux restos familiaux, qu'on sirote un fendant valaisan sur la terrasse d'un centre de ski (la vallée du Rhône, en contrebas, est tapissée de vignobles) pendant que les mioches s'épivardent sur les modules de jeu, qu'on saute dans les navettes gratuites qui relient les villages alpins voisins, l'ambiance générale sied fort bien à la smala dans ce village de 6000 âmes qu'est Nendaz.

- Papa, pourquoi tu t'arrêtes devant cette garderie?

- Pour rien, je voulais juste demander l'heure.

S'il est une station membre des 4 Vallées qui brille au firmament des Alpes skiables, c'est bien Verbier. Membre du sélect triangle d'or valaisan qu'elle forme avec Zermatt et Crans-Montana, Verbier jouit d'un solide renom auprès des skieurs freeriders, qui peuvent s'y éclater en hors-piste avant de s'offrir une tranche de dolce vita helvetica dans un resto étoilé Michelin, puis s'étioler en versant dans la nouba, autant que corps de skieur se peut.

Mais pour y séjourner, il faut pouvoir allonger la monnaie; or, Nendaz-l'abordable est située tout juste à côté, dans la vallée voisine. Ne reste plus, quand on voyage en mode monoparental, qu'à confier sa progéniture à l'une des quatre garderies du village, pour aller puiser une bonne dose d'adrénaline à Verbier, l'espace d'une demi-journée.

Du reste, le Bureau des guides accompagnateurs de Nendaz propose des sorties en héliski, de l'escalade de glace, de l'alpinisme hivernal, du ski de haute route (avec peaux d'ascension et séjour en hutte), entre autres activités pas toujours adaptées à la réalité de jeunes pleinairistes.

- Papa, pourquoi on ne skie pas aujourd'hui?

- Parce qu'on ne voit même pas les poteaux des télécabines, alors imagine les pentes...

En début de semaine, il faisait 10 degrés à l'ombre des nuages à Ernen, dans la partie germanophone du Valais. S'il était possible de s'éclater en «luge-fusée» (dixit fiston) la première journée, les autres jours, pas moyen de s'activer: la glace était trop molle pour patiner; la neige trop mouillée pour la raquette ou la carriole, et le domaine skiable était noyé dans une purée de pois pas possible. Même la langue bleutée du glacier d'Aletsch, patrimoine mondial de l'UNESCO, s'était retirée sous un drapé de brouillard bruineux, lasse de fondre à petite eau.

Quoi faire, alors, s'il tombe des cordes ou qu'il gèle à pierre fendre? À Nendaz comme dans les autres stations «Familles Bienvenues», plusieurs activités sont proposées: rencontre avec les vaches-qui-donnent-le-lait (qu'elles sont gentilles), visite d'une fromagerie (à la recherche du trou perdu), copinage canin à la maison du Saint-Bernard, corps à corps avec le cor des Alpes, incursion dans le plus grand lac souterrain d'Europe, à Sion...

Parfois, comme à Nendaz, l'Office de tourisme local dispose même d'une ludothèque où on peut emprunter des jouets. Et quand le beau temps se met de la partie, on peut varier le programme d'activités sportives en allant patiner, randonner en montagne, sauter sur un canasson ou longer les crêtes en prenant part à une chasse au trésor qui permet de découvrir les plus beaux atours naturels des environs du village.

- Papa, pourquoi le sommet des montagnes est-il rose ce matin?

- Ça veut dire qu'il va faire fichtrement beau et qu'on va skier toute la journée. Profites-en bien: demain, on rentre à la maison. Et la prochaine fois, promis-juré, on ira skier dans les pistes noires.

En vrac

-Y aller. Le domaine des 4 Vallées est situé à 30 minutes de bus de Sion, elle-même localisée à trois heures de train de Zürich et à une heure et demie de train de Genève. Swiss relie quotidiennement Montréal à Zürich à bord d'A330-300 tout neufs et dotés de classes Affaires et Première totalement renippées. Lors des derniers Business Traveller Awards, Swiss a mérité les prix de Meilleure compagnie aérienne desservant les Amériques et de Meilleure classe Affaires pour ces destinations.

- Transport sur place. L'aéroport de Zürich brille par son efficacité et sa commodité. Il est situé droit au-dessus d'une gare de trains qui permettent de sillonner aisément et rapidement tout le pays, voire l'Europe. En se procurant une passe de train, on peut aussi sauter à bord des autobus municipaux et de certains bateaux, l'été. Rail Europe

- Hébergement. À Nendaz comme ailleurs en Suisse, on peut évidemment séjourner à l'hôtel, mais en famille l'idéal consiste à louer un appartement ou une maison (à partir de 400 $ par semaine), pour l'espace, la commodité et les repas à prix modique. La société InterHome dispose de plus de 3500 maisons et appartements à Nendaz et de dizaines de milliers d'autres adresses, partout en Europe.

- En famille. Attribué à environ 25 stations suisses, le label «Familles Bienvenues» a été notamment accordé à Arosa, Davos/Klosters, Aletsch, Saas-Fee et Flims. www.swisstourfed.ch

- Renseignements généraux: 4 vallées, Nendaz

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Collaborateur du Devoir

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L'auteur était l'invité de Swiss et de l'Office de tourisme de Suisse.

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