Un amour de ville

Une vue sur la ville de New York du haut du 48e étage de l’hôtel Mandarin Oriental.<br />
Photo: Photo Pierre Trudel Une vue sur la ville de New York du haut du 48e étage de l’hôtel Mandarin Oriental.

L'avenue Central Park South fend la forêt des gratte-ciel comme une longue cicatrice hérissée de taxis jaunes. Du haut du 48e étage du Mandarin Oriental, l'un des hôtels les plus chics et les plus chers de New York, mille fenêtres nous regardent. Au milieu de cette jungle d'édifices, Central Park repose sous la neige, libéré de la circulation des voitures, offrant l'innocence de ses espaces blancs aux joggeurs forcenés, qui, beau temps, mauvais temps, suent à grosses gouttes dans les allées de cette oasis new-yorkaise.

New York — C'est en train que nous avons finalement pris le chemin de New York, à partir de Montréal, pour fêter une Saint-Valentin précoce, 14 ans de vie commune et cinq années de parentalité plus tard. Un train qui s'ébranle lentement depuis la métropole pour 11 longues heures de voyage, souvent en retard mais confortable, et dont le trajet s'illumine par moments de vues polaires sur le lac Champlain et la rivière Hudson, entre deux portions d'Amérique rurale endormie.

Après une première nuit au septième ciel de New York, dans les draps blancs du Mandarin oriental, nous redescendons tranquillement sur terre. C'est Broadway l'éternelle qui nous mène vers le sud de la cité. À pied, comme il se doit, dans cette ville où chaque coin de rue offre son lot de curiosités.

Tout à côté de l'hôtel, déjà, alors qu'on entre pour s'enquérir des billets pour le spectacle de jazz offert au Lincoln Center, rien de moins qu'une exposition d'oeuvres de Salvador Dali nous attend, montres molles au premier plan, dans le centre commercial du Columbus Circle.

Quoi de mieux, d'ailleurs, que cette réflexion sur le temps de Dali pour symboliser New York, la ville dont les habitants travaillent en moyenne dix heures par jour, où les magasins restent souvent ouverts jusque tard dans la nuit, où on peut s'offrir une coupe de cheveux ou un massage à trois heures du matin?

«New York est une ville où tout roule 24 heures sur 24», nous confirme, avec une pointe d'amertume dans la voix, un serveur du délicieux restaurant Millésime, ouvert depuis quelques semaines seulement sur la rue Madison, dans l'antre du Carlton on Madison, un hôtel-boutique art-déco au charme envoûtant où il fait bon flâner.

Pour le Montréalais habitué à une vie plus lente, New York fait aussi l'effet d'un bombardement. Bombardement de publicité surtout, alors que le célèbre Times Square laisse rouler en permanence au moins six écrans superposés d'annonces d'objets divers, de la voiture de luxe au Coca-Cola en passant par les soutiens-gorge en solde.

«Cravates de soie, achetez-en deux et recevez-en deux autres gratuitement», lancent des haut-parleurs relayés par un homme-sandwich qui présente la publicité au coin de la rue. L'offre est tentante, mais il faut faire trop vite, ce commerce-là ferme à trois heures de l'après-midi pour le sabbat et n'ouvre pas avant dimanche.

Quant à la télévision, elle est absolument partout, jusque dans les taxis, les salles de bain luxueuses du Mandarin Oriental et les vestiaires des spas.

Malgré le froid de février, il fait bon marcher dans la ville jusqu'au soir, s'arrêter aux abords de Greenwich village et de Washington Square, si célèbre à l'époque des hippies des années 1970. Tout à côté, le petit resto Le pain quotidien sert de délicieuses tartines santé, aux pois chiches ou au roastbeef, sur de grandes tables communautaires, le menu bien planté dans un pain sec qui fait ainsi office de support.

Passion de couple oblige, nous arrêtons quelque temps au Musée national des Indiens américains de New York, tout près de Battery Park, d'où partent les ferries bondés de touristes qui visitent bon an, mal an, la statue de la Liberté et le Musée de l'immigration d'Ellis Island.

Le musée est tout à côté du petit parc Bowling Green, où le colon hollandais Peter Minuit aurait, dit-on, acheté l'île de Manhattan aux Amérindiens pour la modique somme de 24 $. «Mais l'ont-ils vraiment vendue?», demande, sceptique, le valentin, évoquant un certain principe amérindien voulant que la terre ne soit pas à vendre.

New York, on veut s'en habiller, s'en imprégner la peau. En direction Uptown, dans le quartier branché de Noho, la parfumerie Bond 09 propose un parfum différent pour chaque quartier de la ville. Le parfum Andy Warhol Union Square imitera les premières odeurs du printemps new-yorkais chéries par l'artiste. Le parfum New Haarlem promet les effluves effrontés et androgynes du nord de la ville au café, à la vanille et au patchouli, tandis que le Riverside Drive propose les parfums venus d'ailleurs: du basilic, de l'ananas et du bois de santal.

Plus au nord, ce sont les odeurs de Little India, de Little China ou de Little Korea qui séduisent le marcheur. Dans le premier, les vendeurs de rue ambulants n'ont pas hésité à troquer le traditionnel stand à pretzels géants ou à falafels en sandwich contre un petit autobus jaune, décoré à l'indienne, où l'on vend de la viande halal et du thé chaï.

Chez Millésime, c'est le serveur Andy Globus qui nous accueille à bras ouverts. La verve de cet Italien de mère et Biélorusse de père est en soi un spectacle. «J'ai été approché pour jouer dans la série Sopranos, mais j'ai préféré l'anonymat», dit-il en servant de succulentes entrées de quenelles Jean-Louis, de hareng aux pommes de terre et de maquereau au raifort, avant le cassoulet et le homard pot-au-feu. L'inspiration ici est franchement française et on a même déposé sur les tables une salière et une poivrière en forme de tour Eiffel.

Impossible, le lendemain matin, de ne pas aller se perdre au Metropolitan Museum of Art, cette ville dans la ville sur Fifth Avenue, où l'on pourrait circuler durant des jours et des jours sans s'ennuyer, entre l'art classique grec et l'art moderne, les cornes d'éléphant sculptées du Bénin, les galeries consacrées à l'art chinois, japonais, et aux Matisse, Gauguin et autres Picasso.

Jusqu'au 1er mai 2011, le musée présente une exposition sur les trésors de la cité interdite de l'empereur de Chine. Et début février, on y a organisé de nombreuses activités autour du Nouvel An chinois du calendrier lunaire, le 3 février.

Il aurait fallu plus de temps pour visiter le colossal Lincoln Center, qui vient d'être rénové à très grands frais et où sont présentés en permanence des spectacles de jazz, de ballet, d'opéra, sur le site qui a servi jadis au tournage de West Side Story. Il aurait fallu moins de degrés Celsius pour aller patiner à Central Park en amoureux, la nuit tombée, sous les étoiles. Il faudrait en général plus de temps pour s'aimer! «Time is money», comme on dit ici. Mais alors qu'on quitte la ville qui ne dort jamais à bord du train Amtrak qui nous ramène à Montréal, on ne se plaint pas de reprendre un rythme plus lent, plus humain, en souhaitant revenir au plus tôt s'éveiller au pouls affolé et créateur de New York.

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En vrac
  • À voir: pour tout savoir sur ce qui se passe en ville, on trouve sur le site nycgo.com une panoplie de bonnes adresses et de bons conseils pour survivre à New York. L'organisme a également un bureau sur Seventh Avenue, où l'on peut consulter des cartes géantes interactives pour tracer l'itinéraire de son choix. Nycgo.com détaille également une série d'activités spéciales pour la Saint-Valentin, notamment l'observation gratuite d'oiseaux, en particulier d'un couple de cardinaux rouges. Le groupe d'amateurs se retrouve le 12 février au matin, au Nature Center du Van Cortlandt Park (nycgovparks.org/events). À Brooklyn, au Prospect Park Zoo, on offre des visites concernant les rituels de séduction des animaux en résidence et leur vie amoureuse et sexuelle (brooklynmuseum.org).
  • À défaut de se payer une chambre dans le luxueux Mandarin Oriental, on peut, tout au long du mois de février, s'y offrir une dégustation de champagne et de chocolat dans le Lounge. La dégustation, pour deux personnes, s'appelle «Les sept péchés capitaux». Prometteur.
  • Les croisières World Yacht proposent un spécial de la Saint-Valentin sur les bateaux Duchess et Princess, amarrés au quai Pier 81, à l'angle de la rivière Hudson et de la 41e Rue. Un souper est servi à bord. La croisière de trois heures offre de belles vues sur New York la nuit, moyennant une météo clémente.
  • À l'hôtel Trump in Soho, propriété du célèbre magnat aussi propriétaire de plusieurs casinos du pays et qui a ouvert ses portes l'automne dernier, on affirme offrir le seul véritable hammam de la New York. Après vous avoir aspergé d'eau froide et chaude et ainsi monté doucement la température de votre corps, une thérapeute vous frotte avec un gant pour vous débarrasser des peaux usées, avant de vous asperger à l'eau de rose. Un traitement en couple est également offert.
  • Pour manger au rythme de New York et en observer les habitants, le Métrazur, l'un des restaurants de Charlie Palmer, est campé au beau milieu de Grand Central Station, une gare magnifique d'inspiration Beaux-Arts. Charlie Palmer possède également le restaurant Aureole, plus à l'ouest sur la 42e Rue, où l'on mange divinement en sirotant de savoureux Auréole, un mélange d'Absolut citron, de purée de fruits, de crème de cassis, de Cointreau et de midoree. Entre autres délices, la torte au chocolat y est sublime.