Mallicolo, dans l'archipel du Vanuatu

Dans la brousse du Vanuatu, il suffit de tendre la main pour cueillir un fruit exotique.<br />
Photo: Marie-Morgane Le Moël Dans la brousse du Vanuatu, il suffit de tendre la main pour cueillir un fruit exotique.

Il y a une centaine d'années, on pratiquait encore le cannibalisme à Mallicolo, cette île de l'archipel du Vanuatu, l'ex-condominium des Nouvelles-Hébrides. Aujourd'hui, les touristes peuvent découvrir sa culture traditionnelle dans un environnement magnifique.

Mallicolo — La piste, perdue au milieu de la forêt sur l'île de Mallicolo, ressemblerait presque au chemin menant aux cieux, quoique dans une version un peu pentue. Alors que Gilbert Nurumbal, notre guide, ouvre la voie à l'aide de son couteau de brousse, il suffit de tendre la main pour cueillir un fruit exotique.

Les bananes et les noix de coco sont partout sur l'île. S'y trouvent aussi des cacaotiers dont on apprend à sucer la fève sucrée avant de recracher le noyau. «Il serait impossible de mourir de faim ici, s'amuse Gilbert. C'est le paradis.»

Nous sommes d'accord. Mais pour beaucoup de gens, pourtant, le chemin qui mène au site cannibale du village de Botco se révélait plutôt être une ascension vers l'enfer. Car, jusqu'à il y a une centaine d'années, les Big Nambas, tribu de guerriers légendaires de Mallicolo, y pratiquaient encore le cannibalisme en haut de la montagne.

Aujourd'hui, il ne reste du lieu, au nord-est de l'île, que quelques pierres à l'ombre de banians majestueux. Botco se trouve un peu en contrebas. Car lorsque les missionnaires européens sont arrivés au Vanuatu dès le XIXe siècle, ils ont en effet insisté pour que le peuple mélanésien quitte les montagnes afin de vivre dans des zones plus faciles d'accès.

Après une heure de marche à travers une plantation de cocotiers, on atteint donc d'abord le village actuel où sept frères, descendants de la tribu des Big Nambas, vivent avec leurs familles.

Ici, des femmes font l'école à une cinquantaine d'enfants, mais notre guide sera un homme: le site cannibale, en amont, est considéré comme tabou et donc uniquement réservé aux hommes, encore aujourd'hui. «Pour les femmes touristes, c'est différent, mais nous avons discuté avec les esprits avant de les accepter!», précise Gilbert.

Après une nouvelle marche en pleine brousse, nous atteignons le lieu d'un premier nakamal, la demeure traditionnelle du chef de tribu.

Sous l'une des pierres qui marquent ce qui fut autrefois l'entrée, Gilbert montre du doigt deux crânes. «On enterrait les corps avec la tête hors de la terre. En cas de guerre tribale, on emportait les crânes pour que les ennemis ne les trouvent pas», précise-t-il.

Un peu plus loin, on peut apercevoir les vestiges d'autres nakamals. En bout de piste, nous arrivons bientôt au site sur lequel les ennemis étaient tués, mais a priori, il n'y a rien de très remarquable, juste quelques pierres en pleine nature.

Ici, le cannibalisme a disparu depuis plus d'un siècle. Mais, ailleurs sur l'île de Mallicolo, sa disparition a été plus tardive. On dit ainsi que le dernier cas remonte à la fin des années 1960.

Un système patriarcal

Dans ce système patriarcal, les femmes vivaient dans un endroit séparé, un site un peu plus bas que le village des hommes. Depuis, les choses ont bien changé.

«Avant, lorsqu'une femme avait envie de son mari, elle cuisinait une igname et venait la déposer à l'entrée. Alors seulement son mari savait qu'il pouvait aller la voir. C'est très différent maintenant», soupire Gilbert.

Une fois redescendus au village, c'est l'heure de déguster quelques crevettes pêchées dans la rivière avoisinante, cuisinées dans du lait de coco. Un délice culinaire comme les habitants du Vanuatu savent si bien en préparer.

Botco, lieu idéal pour les visiteurs qui aiment se faire peur et qui apprécient les randonnées, n'est que l'un des nombreux sites où découvrir les Big Nambas. Sur cette île de 25 000 habitants, plusieurs autres villages sont accessibles par de petites routes de terre sinueuses. Bien sûr, le temps où les tribus vivaient en tenue traditionnelle est lointain. Les téléphones portables fonctionnent partout à travers la brousse, et la ville principale, Lakatoro, est aussi le siège d'une grande plantation de cocotiers qui fournit du travail à des employés venus des autres îles du Vanuatu, et même de Fidji. Les maisons traditionnelles sont toujours majoritaires, mais l'arrivée des Européens a changé les choses: de plus en plus de constructions de ciment se laissent apercevoir.

Malgré tout, les coutumes et les croyances ont survécu longtemps, en dépit de l'influence des missionnaires chrétiens venus les éradiquer. Encore aujourd'hui, beaucoup de traditions se poursuivent, principalement lors des cérémonies traditionnelles. Et les habitants de Mallicolo mettent même un point d'honneur à respecter la kastom, la «coutume» en bichlamar. Au petit village de Mahe, à quelques kilomètres de l'aéroport de Norsup sur la côte est, d'autres Big Nambas nous accueillent.

Bientôt, le chef du village se joint aux visiteurs. Les Big Nambas ont cette fois revêtu leur costume traditionnel, qui inclut des jupes en bambou pour les femmes et l'étui pénien en feuille de pandanus pour les hommes. Les danses se succèdent, splendides, chacune liée à un événement. Celle de la circoncision suit ainsi celle de la récolte des ignames. Hommes et femmes chantent et martèlent le sol au gré de rythmes variés, appris depuis qu'ils sont enfants. Pour les touristes, qui ne font que passer sur Mallicolo, c'est un premier contact intéressant avec le patrimoine local, même si, bien sûr, on rêverait de pouvoir assister aux grandes fêtes annuelles.

À une heure de route au nord, on découvre cette fois les Smol Nambas, une autre tribu importante de Mallicolo. Le village de Walarano fait face au Pacifique et présente une vue de carte postale. Sur la plage, les enfants s'amusent à répéter leurs danses. Ici, les chefs du village ont décidé d'enseigner les traditions coûte que coûte. «Il est important que les enfants les apprennent. Les missionnaires ont tout fait pour qu'on les oublie», explique Jules Malwersets, l'un des responsables. Le plaisir des adolescents semble évident, eux qui se lancent gaiement sur des pirogues mélanésiennes ou s'attellent à des dessins sur le sable, des dessins géométriques voués à transmettre les savoirs locaux ou les cosmologies. Une coutume reconnue par l'UNESCO.

Faute de pouvoir passer des semaines sur place pour mieux connaître le pays, on ne saurait trop recommander d'aller visiter ces villages. Les touristes restent peu nombreux sur Mallicolo, et l'argent obtenu permet ainsi de développer l'île. Un apport non négligeable: au Vanuatu, 80 % de la population vit en effet de l'agriculture vivrière. Mais en dehors de ces excursions, la vie quotidienne en apprend beaucoup. Aurélie Tessie propose d'accueillir les touristes dans son bungalow, juste à côté de la piste d'atterrissage de Norsup (qu'on se rassure, il n'y a pas de problèmes de bruit ici: il n'y a qu'un avion par jour).

Le confort reste rudimentaire, comme un peu partout sur Mallicolo, mais l'inconvénient est amplement compensé par la gentillesse de la propriétaire. En plus d'organiser les transports ou les excursions, Aurélie prépare aussi des repas délicieux comme le plat traditionnel de lap lap, du poulet ou du poisson cuit sur le feu, dans des feuilles de lap lap, et dégusté avec du lait de coco.

Aurélie, qui tente de développer l'industrie du tourisme sur cette île pauvre, a toujours vécu ici et prend la peine de bavarder avec ses clients du temps qui passe. «Les choses ont changé. Avant, la veille de la récolte des ignames, il était interdit aux hommes et aux femmes de dormir ensemble. Maintenant, ce n'est plus respecté. Et regardez: les ignames sont beaucoup plus petites», s'exclame-t-elle en riant. Aurélie sait aussi indiquer où aller boire du kava, cette boisson aux propriétés relaxantes qui laisse un arrière-goût peu agréable mais fait rapidement oublier tout souci.

Juste avant de repartir et de retrouver le confort de la capitale Port Vila, on s'arrêtera encore sur la plage d'Aop, un lieu paradisiaque à dix minutes à pied de chez Aurélie. Dans ce climat tropical, l'eau est si pure qu'on peut observer les coraux sans aucun masque: ils se détachent sous l'eau, comme les poissons multicolores. Ici, les jeunes missionnaires continuent de venir, très nombreux. Avec de tels paysages, on ne s'en étonne guère.

En vrac

-Y aller. Les allers-retours vers le Vanuatu débutent à 2900 $CAN. Compter 30 heures de vol de Montréal à Port Vila, en passant par Sydney. Air Vanuatu assure des vols réguliers entre l'Australie, ou la Nouvelle-Calédonie, et le Vanuatu: www.airvanuatu.com. Pacific Blue propose des liaisons depuis l'Australie: www.flypacificblue.com. À Port Vila, Air Vanuatu assure les vols vers Mallicolo (215 $ aller-retour).

-Formalités. Pour un séjour de moins de trois mois, aucun visa n'est nécessaire. Un passeport valide et un billet de retour sont exigés.

-Saisons. La saison sèche dure de mai à octobre, la saison humide de novembre à avril.

-Où dormir. Sur Mallicolo, il est important de bien choisir le lieu d'hébergement car les propriétaires des bungalows sont souvent aussi les personnes qui organisent les visites, les transports... Aurélie Tessie tient le Nabelchel Bungalow et connaît l'île comme sa poche. 2500 vatus, soit 24 $ la chambre. 678 488 99.

-Où manger. Souvent, les propriétaires des bungalows peuvent organiser les repas. Compter environ 5 $ pour un délicieux plat de poisson. Lakatoro, le centre administratif, abrite plusieurs petits restaurants.

-Santé. Il est recommandé de prendre un traitement anti-paludisme.

-Renseignements. Le site de l'Office du tourisme du Vanuatu: www.vanuatu.travel.

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Collaboration spéciale