Beau Livre - Le Sahara des tassilis

Encore un ouvrage sur le Sahara? Rien là de plus normal: le désert étant sans fin, il en appelle à une infinité de traitements. Celui-ci couvre une portion bien précise du désert des déserts: les tassilis, ces terrains rocheux, plats et unis, caractéristiques du Grand Sud algérien, qui se déploient en couronne autour du massif du Hoggar.

Étalées sur une dizaine d'années — on n'ose pas dire dix ans, car dans le désert, les frontières du temps sont aussi floues que celles du territoire —, les pérégrinations qui ont mené à la création de cet ouvrage ont permis à l'auteur d'explorer à fond cette région tantôt fantasmagorique, tantôt désolée, toujours un brin lunaire.

Le sable y coule sous la prédominance du roc, les pierres s'y drapent d'une peau aussi plissée que l'épiderme d'un pachyderme roussi, et le vide s'y fait ubiquiste, aspirant toute chose, nous apaisant et nous rendant tout chose. Car le Sahara procure «un choc esthétique et philosophique dont l'auteur n'a pas envie de se remettre», dit Alain Sèbe, qui photographie le Sahara depuis 30 ans.

Dans son imposant ouvrage lourd comme une dalle de grès, celui-ci a aussi voulu reproduire ce détachement de «l'obsession du remplissage, de la saturation qu'on nous a appris à regarder comme seule sérieuse», en tentant de transmettre l'ivresse que procure la présence d'autant d'espace. À travers l'oeil de verre de son appareil photo, il dévoile également les différents visages de la lumière: «tonique le matin, elle sabre à midi, et se calme à l'heure rousse, comme pour respirer, avant le feu d'artifice des étoiles».

On l'aura compris, l'intérêt de ce beau livre réside autant dans le mot que dans le lot de photos, les images surchauffées à blanc étant également ponctuées de quelque rafraîchissante légende touarègue, comme pour nous faire oublier qu'il y a peu ou prou de gouttes de bleu en ces cieux, comme pour nous rappeler que l'eau n'y perle pas.

En parcourant trop rapidement ce livre, il est cependant aisé de passer à côté de son message. Pour qui n'est pas un fervent féru de déserts, il peut même devenir fastidieux à feuilleter, les images semblant se fondre et se confondre les unes avec les autres, tant elles peuvent parfois paraître similaires. Mais on ne visite pas le désert comme un parc d'attractions. Et seul l'oeil pressé de celui qui ne sait pas s'arrêter l'empêchera de bien le voir.

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Collaborateur du Devoir

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