Beau livre

Depuis que la Terre est accessible dans sa quasi-totalité, depuis que les aéronefs fendent presque tous les cieux, les ouvrages-palmarès traitant des sites les plus tourneboulants du globe se multiplient chaque année. Surtout à l'approche de Noël, qui exige encore et toujours son lot de nouveaux titres, pour apaiser l'appétit de la bête consommatrice.

Certes, on peut comprendre ce phénomène: bombardés de toutes parts par une infinité de sources d'information, les pauvres bougres de voyageurs ne savent plus où donner de la boussole, et ils ont dès lors besoin d'être pris par la main, guidés, rassurés, qui par cette liste des 125 endroits qu'il faut avoir vus dans sa vie, qui par celle des 75 plus belles plages où enfoncer orteils et popotin, avant de clamser.

D'où la prolifération de ces compilations de destinations, où on ne s'efforce même plus de chercher un angle original. Pourquoi le ferait-on? Tout ce que le client-cible exige, c'est qu'on empile les sites, qu'on les broche ensemble et qu'on les lui serve prédigérés, sans autre cérémonie. Alors, forcément, quand un nouvel ouvrage de cette acabit apparaît en librairie, on appréhende un goût de réchauffé. Et c'est un peu le cas de Destinations de rêve — Les plus beaux endroits du monde, de Mary-Ann Gallagher.

Publié chez Broquet (192 pages), une honorable maison d'édition québécoise connue pour ses judicieux ouvrages pratiques (nature, santé, bricolage, sports...), ce beau livre n'est pas, en soi, inintéressant: photos généralement bien flattées dans le sens du grain, jolie mise en pages, solide reliure...

En revanche, le choix des sites mentionnés verse allègrement dans le déjà-vu. A-t-on encore besoin de se faire rappeler que Stonehenge, Barcelone, le Taj Mahal, la Grande Muraille, les Galapagos, Angkor Vat et Neuschwanstein (le château-allemand-qui-a-inspiré-Disney) figurent parmi le saint des saints des destinations du globe? Est-il vraiment utile, en 2010, de se faire résumer l'Alhambra, Paris et Pétra en cinq ou six paragraphes?

Bon, d'accord, le Nil en felouque, le chemin de fer indien du Darjeeling, la Tasmanie et la vallée d'Haukadalur, en Islande, s'écartent quelque peu des lieux communs du tourisme mondial. Mais pour le reste, disons que cet ouvrage mérite surtout de servir de mise en bouche touristique aux ados et préados, entre deux séances de iPod — surtout si l'on tient compte de son prix abordable.

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Collaborateur du Devoir