La culture d'abord!

Le fleuve Aura, qui se jette dans la Baltique, est grandement responsable du charme de Turku.<br />
Photo: Carolyne Parent Le fleuve Aura, qui se jette dans la Baltique, est grandement responsable du charme de Turku.
À Tallinn, ville portuaire d'un pays qu'on surnomme «e-stonie» tellement il est «branché», les événements culturels auront pour thème «Histoires du littoral», une idée que les Tallinnois eux-mêmes ont proposée. Et pour cause...

«Sous les Soviétiques [1944-1991], raconte Maris Hellrand, chargée des communications internationales à la Fondation Tallinn 2011, l'accès au littoral nous était interdit. Ce qui signifie que toute la section de la ville bordant la mer a été négligée et est aujourd'hui délabrée. Or, depuis l'indépendance, nous n'avons jamais eu les moyens de la restaurer.» La désignation de la Commission européenne (CE) est donc cruciale pour les Tallinnois, car, selon la porte-parole, la revitalisation du quartier «ne pourra se faire qu'avec l'argent du tourisme».

Mme Hellrand souligne par ailleurs que Tallinn n'est pas qu'une cité médiévale, à l'inventaire du Patrimoine mondial de l'Unesco: «C'est aussi une ville moderne, créative, en plein développement». Cofinancée par la Ville, l'État, la CE et le secteur privé à hauteur de 16 millions d'euros, la programmation culturelle de l'an prochain naviguera du folklorique à l'avant-garde et ralliera toutes les disciplines artistiques. Mme Hellrand souligne notamment le travail du groupe expérimental estonien MIM Project, qui, lors d'une performance dénonçant le gaspillage énergétique, misera, pour l'«énergiser», sur un auditoire pédalant sur des vélos stationnaires dans une centrale électrique! Il ne reste plus qu'à espérer que ce mini-Las Vegas de la Baltique réussisse à séduire davantage de visiteurs que ses deux millions annuels, en majorité des Finlandais d'en face, qui viennent s'y approvisionner en alcool pas cher, souvent sans même sortir de son port.

Une Québécoise à Turku

Pour la plus vieille ville de la Finlande et sa capitale de 1229 à 1812, la désignation est source de fierté, puisque Turku sera à nouveau, bien que temporairement, une capitale. «L'an prochain, elle retrouvera donc un peu de son prestige d'antan, et, pour nous, c'est important», dit Saara Malila, responsable des communications pour la Fondation Turku 2011.

Le programme culturel de cette belle bourgade de 175 000 habitants sera axé autour du thème «Culture, vecteur de bien-être». «Car la culture, c'est bon pour le moral, c'est bon pour la santé mentale, c'est bon pour la collectivité, dit Mme Malila. Mais lorsque celle-ci a appris qu'on allait dépenser 50 millions d'euros, elle s'est tout de même demandé pourquoi on allait donner tant d'argent à des artistes, "ces gens qui n'apportent rien à la société"!» Il semble que 150 projets d'envergure et la reconversion d'anciennes installations ferroviaires en une salle multidisciplinaire, qui profitera à tous en 2011 et par la suite, aient eu raison de la résistance citoyenne. Un des nouveaux critères de sélection des capitales est d'ailleurs que leurs programmes aient un effet durable sur leur développement culturel.

Comme à Tallinn, ce seront majoritairement des artistes locaux qui tiendront la vedette. Mme Malila recommande chaudement le spectacle Battle 2011, une performance qui mettra en scène Kimmo Pohjonen, «le Jimi Hendrix finlandais de l'accordéon», et des... lutteurs. Du Québec, Turku accueillera la chanteuse québécoise Ève Montpetit, qui sera de la distribution du Cirque Dracula, avec d'autres artistes s'étant déjà produits avec le Cirque du Soleil.

Située à deux heures de train au nord-ouest d'Helsinki, Turku est réputée pour son chantier naval — les plus gros paquebots de croisière du monde, Oasis et Allure of the Seas de Royal Caribbean, y ont été construits récemment. Elle accueille en moyenne 1,7 million de visiteurs par année, en attend deux millions de plus l'an prochain et chiffre à 200 millions d'euros les retombées que lui vaudra la désignation.
  • Carolyne Parent s'est rendue en Finlande grâce aux lignes aériennes SWISS.

***

Collaboratrice du Devoir