Et si on se rencontrait ailleurs...

Normand Thériault Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a tourisme et tourisme d'affaires. À l'occasion, les deux activités peuvent se confondre. Et pourquoi rester à terre qunad on peut «flotter» à la recherche de nouvelles propositions? L'industrie des congrès ne craint pas l'innovation.

C'est le dernier arrivé, l'ultime à s'arrimer aux berges du tourisme d'affaires. En effet, voulez-vous une salle de réunion? Pas de problème, car on oubliera la fonction première d'un espace qui a d'abord été conçu pour servir de lieu de traitement divers et on le modifiera pour le rendre, à toutes fins utiles, très convenable pour les échanges et les débats d'information. Veut-on motiver ses troupes qu'un autre lieu, voulu comme un espace de yoga, deviendra tout à fait acceptable pour la rencontre d'un petit groupe formé d'employés d'entreprise ou de participants à un projet.

Ainsi, le Bota Bota, un bateau-spa qui rendra bientôt ses ponts accessibles au grand public, se veut déjà un autre centre accessible au tourisme d'affaires. Et son emplacement le permet doublement: n'est-il pas amarré au quai des Écluses, dans le Vieux-Port, avec vues sur la ville et autres paysages à la fois urbains et maritimes?

Et plus loin, toujours sur le même site, lui fait concurrence le belvü, ce navire de la famille Dufour qui a quitté les eaux du Saguenay pour naviguer aux abords de la métropole au long du fleuve. Là, cuisine, musique, gastronomie se combinent pour rendre festive toute rencontre: si, pour une occasion, il s'y retrouve quelqu'un qui veut discourir, ce sera aussi tant mieux.

Autres lieux

Si le monde des congrès et des rencontres d'affaires fait le bonheur du réseau hôtelier, comme aussi celui de la restauration, il est aussi vu comme une manne désirable pour les lieux de culture que sont les centres d'exposition et les musées. L'ancienne chapelle du Petit Séminaire de Québec, maintenant désacralisé et partie intégrante du Musée de l'Amérique française, se voit ainsi être plus qu'une salle d'exposition et un lieu de passage entre des zones muséales, quand elle devient réceptacle d'événements et d'autres banquets: une deuxième, voire troisième, vocation pour un site historique.

À Montréal, le Musée des beaux-arts se veut aussi accueillant pour les cocktails et autres réceptions: sa verrière ne s'ouvre-t-elle pas sur la ville? Et, dès la conception de cet espace, l'architecte, un certain Moishe Safdie, avait reçu mandat de faire de cet endroit une salle qui allait pouvoir accueillir plus que les seules foules des vernissages.

Grands espaces

Toutefois, l'univers des congrès ne saurait se contenter de ces lieux qui, pour les grands planificateurs, ne sont que des ajouts mineurs dans un paysage où les grands nombres définissent les normes. Ainsi, pour la ville de Laval, c'est à 118 522 884 $ qu'on évalue les retombées économiques engendrées par les rencontres d'affaires en une seule année. À Montréal, le seul Palais des congrès estime que les espaces disponibles atteignent actuellement les 472 884 pieds carrés et qu'en une seule année on a accueilli sur les rives, ici des rues Viger et Saint-Antoine, 267 événements en tout genre, y compris un congrès mondial sur la douleur comptant plus de 4000 participants et experts, comme un petit salon qui, lui, parlera plus boutiques que gestion mondiale d'un phénomène universel. Et allez-vous à Québec que les responsables du Centre des congrès vous diront que ce lieu sert à plus qu'à accueillir un salon annuel du livre.

Aussi, y a-t-il quelque part un lieu qui porte en façade, ou dépose sur le papier d'affaires qui le représente, les mots «congrès» ou «rencontres d'affaires» qu'inévitablement ces dirigeants discutent d'agrandissement futur, et ce, qu'on soit aussi à Lévis, Rimouski, Saguenay ou Rivière-du-Loup.

Et si les sommes qui racontent plus tard ce qu'un congrès rapporte semblent à elles seules justifier toute l'énergie nécessaire pour planifier ou organiser de tels événements, il ne faut pas oublier aussi les retombées «intellectuelles» de ce qui est plus qu'un simple tourisme d'affaires: on dira ainsi qu'une ville est un lieu de connaissances et qu'elle abrite en son enceinte des experts de niveau mondial. Et ceux et celles qui sont alors venus repartent pour raconter en leurs terres l'ouverture des gens ou la beauté des lieux. Qui sait ce qui plus tard donnera une idée reçue lors d'un regard porté de la fenêtre d'un sauna, quand plus loin, dans une salle, on discutait pourtant des mérites d'une simple proposition d'affaires?