Sous l'oeil des volcans d'Ometepe

Ometepe a deux volcans jumeaux, d’abord Maderas, qui protège des vents dominants de l’est, et son frère Concepción, ci-dessus. <br />
Photo: David Dumouchel Ometepe a deux volcans jumeaux, d’abord Maderas, qui protège des vents dominants de l’est, et son frère Concepción, ci-dessus.

Petite isla en forme de huit située au cœur du lago de Nicaragua, Ometepe ne manque jamais d'émerveiller. D'abord par ses paysages inouïs, sous le joug implacable de ses omniprésents volcans jumeaux, qui dominent l'horizon, mais aussi par la luxuriance de sa végétation. À pied ou à cheval, à vélo ou en kayak, tous les moyens sont bons pour découvrir une île contrastée et décontractée.

Mérida — On dirait un tableau impressionniste. Les rayons du soleil couchant dansent sur les vagues du lac; le ciel et l'eau se parent lentement de rose, d'orange et de rouge. La lumière inonde les flancs du volcan Concepción, mettant en valeur sa façade couturée de cicatrices et sa végétation éparse. La chape de nuages qui le recouvrait durant l'après-midi a maintenant disparu. Ne reste plus qu'une petite calotte blanche couvrant pudiquement l'arrondi du sommet, qui culmine à plus de 1610 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Derrière nous, on peut sentir la présence de son frère, Maderas, qui nous protège discrètement des vents dominants de l'est. Dans quelques heures, les étoiles prendront possession du ciel; nous y jetterons un coup d'oeil avant d'aller nous coucher, les oreilles bercées par le clapotis des vagues et le bruissement des feuilles.

La journée a été longue, mais satisfaisante. D'abord, première balade à cheval, sur une monture rébarbative à souhait, épuisée avant d'avoir pris la route. Mon guide a dû le monter puisque j'arrivais à peine à le faire avancer. Nous avons parcouru les chemins cahoteux ceinturant Ometepe, puis les sentiers escarpés menant à l'un des joyaux de l'île, la Cascada San Ramon. Accrochée au flanc sud-ouest de Maderas, la chute d'eau d'une quarantaine de mètres valait le détour, éclair argenté mis en valeur par un écrin de verdure agrippé aux hautes parois de roc.

En chemin, nous avons rencontré un immense rocher en forme de coeur, avec ventricules et oreillettes. Le coeur de l'île? Qui le saura jamais?

Chacun son rythme

Chose certaine, le temps ce jour-là était particulièrement clair; la vue en était magnifiée. On pouvait voir jusqu'au bout du lago, jusqu'à San Jorge, point de départ du ferry que nous avions emprunté la veille. Traversée magnifique, malgré l'imbuvable musique choisie ce jour-là pour «agrémenter» l'heure requise pour se rendre à Moyogalpa, centre touristique d'Ometepe. Au moins, cela nous avait forcés à sortir de la cabine climatisée, pour admirer de nouveau la majestuosité des volcans qui caractérisent la silhouette de l'île.

Au retour de la Cascada San Ramon, notre guide, d'ordinaire timide, s'est arrêté dans un petit bosquet pour y crier à pleins poumons, comme un gorille défendant son territoire. Le but? Exciter les singes hurleurs qui se prélassaient dans la cime des arbres. En vain. Ils l'ont regardé comme si ses gestes étaient complètement déplacés, puis se sont sauvés en urinant du haut des arbres. Et tant pis pour les touristes qui souhaitaient si ardemment entendre leurs puissants hurlements. Peut-être demain, semblaient-ils dire.

Cela ne nous a guère surpris, car l'île et ses habitants prennent leur temps, toujours. Rien ne sert de les presser; mieux vaut s'efforcer de profiter du moment. Préparation des repas, service, lavage: tout demande un délai qui paraît a priori déraisonnable.

Rythme insulaire classique, d'autant plus que l'endroit est encore épargné par le tourisme de masse et sa recherche frénétique d'efficacité. Ne reste donc qu'à relaxer, surtout dans les transports. Les routes — sauf la partie pavée reliant Moyogalpa et Altagracia, les principales villes de l'île — sont assez mauvaises; la chaussée en terre y est cabossée et inégale. Le système de transport en commun est ainsi très lent, et bondé. Il faut d'ailleurs s'attendre à passer une partie du trajet debout, surtout si on compte céder son siège à ceux qui en ont plus besoin que nous.

Plaisirs de la faune

Le lendemain, nous avons opté pour une escapade en kayak dans le Rio Istiam, petit ruisseau marécageux situé entre les deux volcans. Le départ était prévu tôt en matinée, question d'éviter les vents plus puissants de l'après-midi. Et les requins-bouledogue d'eau douce, a plaisanté notre guide, précisant que ces derniers avaient développé, dans le passé, un goût certain pour la chair humaine. Aucun souci réel à se faire, toutefois, l'espèce ayant été décimée par la surpêche durant le siècle dernier.

Nous n'en avons finalement aperçu aucun; nous avons par contre eu la chance de contempler les deux volcans en même temps, comme cela est rarement possible sur la terre ferme.

Le Rio Istiam était quant à lui à couper le souffle, un paradis d'ornithologues et d'amateurs de nature sauvage. Oiseaux, tortues, poissons, caïmans; de tout pour plaire à tous, avec en prime la vague impression de se trouver là où l'homme n'a pas encore mis le monde à sa main. Émotion rare et extrêmement précieuse.

Le calme du marécage était d'autant plus apprécié que le chemin du retour s'annonçait pénible. Le vent s'était levé, le lago était plus agité. Qu'à cela ne tienne, nous avons quand même décidé de pagayer jusqu'à la Isla de los Monos — l'île des singes, littéralement —, où peuvent se voir les seuls singes-araignées d'Ometepe, entassés sur un petit bout de roc d'à peine quelques mètres carrés. Et pour cause, ces derniers sont très territoriaux et ont tendance à mordre les intrus qui osent poser le pied en leur lieu de résidence. Ils sont aussi très curieux et viendront à coup sûr voir ceux qui s'approchent, avec leur pelage couleur crème brûlée et leurs grands membres habiles.

Juste à côté se trouve une île encore plus petite, remplie de capucins, ces petits singes à la toison café et au visage blanc.

Ceux-là, il est possible de les voir sur l'île principale, alors que certains habitants n'hésitent pas à les domestiquer. L'idée paraît intéressante, mais la réalité est beaucoup plus triste, alors que les capucins finissent le plus souvent attachés à un arbre dans la cour, au contraire des multiples cochons, poules et vaches qui se promènent apparemment en totale liberté. Les chiens sont rares, les chats sont légion, tous plus maigres et avides de caresses les uns que les autres.

Arrêter pour mieux repartir

Les épaules en compote, le corps en sueur, nous sommes enfin revenus à l'hôtel avec une seule idée: se reposer. Les options pour le faire sont nombreuses, du confortable hamac à la baignade dans les eaux remarquablement chaudes du lago de Nicaragua. À cet égard, la plage de Santo Domingo est peut-être l'option la plus populaire, bien que parfois sujette à de fortes rafales. Durant la saison sèche, la plage peut s'étendre sur des dizaines de mètres; au plus fort de la saison des pluies, il n'en reste à peu près rien. Encore là, les volcans ne sont pas très loin, piliers inébranlables des paysages d'Ometepe.

Sinon, la Presa Ojo de Agua est une option intéressante, avec ses eaux minérales translucides provenant de plus de 35 sources souterraines. Mentionnons toutefois que l'endroit est aménagé; il ne faut pas s'attendre à un décor sauvage. Des toits de paille y recouvrent une aire de détente pleine de chaises et de hamacs. Il est par ailleurs de notoriété publique parmi les habitants de l'île que ces eaux possèdent des propriétés rajeunissantes et bénéfiques pour le corps. Peut-être est-ce ce dont nous avons besoin, avant de nous lancer à la conquête du volcan Concepción, une pénible ascension qui dure une dizaine d'heures.

Peut-être demain.

En attendant, profitons du moment.

***

En vrac

- Pour se rendre à Ometepe, il faut prendre le ferry, soit de Granada (trois heures), magnifique ville coloniale, soit de San Jorge (une heure), petite ville qui n'a pas beaucoup à proposer, mis à part ses plages et sa vue spectaculaire d'Ometepe. Les plus aventureux pourront prendre de petites barges appelées lancha, plus fréquentes et moins coûteuses, mais aussi plus instables. À éviter quand le lac est agité. Dans les deux cas, il n'est pas nécessaire de réserver .

- Ceux qui veulent un véhicule à Ometepe seraient avisés d'en louer un ailleurs et de l'apporter sur l'île; les voitures de location à Ometepe sont beaucoup plus dispendieuses et souvent non disponibles. Cela demande toutefois un peu de planification: réservez votre place sur le ferry aussi tôt que possible et confirmez quelques jours avant la date choisie. www.ferryometepenicaragua.com/forms/frmReserveFerry_eng.php

- Les transports en commun sont économiques et assez fiables. Il faudra par contre avoir du temps; les arrêts sont fréquents et longs. Des taxis sont eux aussi disponibles, mais ils se font rares à l'extérieur de Moyogalpa et d'Altagracia. Mieux vaut arranger un rendez-vous ailleurs dans l'île. N'hésitez pas à négocier le tarif.

- Moyogalpa est le centre touristique de l'île. Plusieurs opérateurs y sont présents et y proposent tours organisés et visites guidées. Ailleurs, la plupart des hôtels proposent des arrangements semblables, quoique moins diversifiés. Le plus souvent, mieux vaut retenir les services d'un guide — prévoir entre 10 et 15 $ par jour. Il arrangera le transport et pourra répondre à la plupart de vos questions, en plus de bien connaître la destination et ses dangers potentiels.

- La saison sèche au Nicaragua s'étend en général de novembre à avril. Il est possible de voyager durant la saison des pluies, mais les averses sont presque quotidiennes et le ciel est souvent gris.

- La monnaie utilisée est le córdoba, bien que le dollar américain y soit généralement accepté. Apportez assez d'argent liquide avec vous, les guichets automatiques sont rares sur l'île et il faut souvent payer comptant.

***

Collaboration spéciale