Mémoire de fleuve - Le Centre national des naufrages du Saint-Laurent se rappelle les tragédies maritimes

Les mosaïques de cette sculpture sont composées de morceaux de vaisselle trouvée dans une épave.<br />
Photo: Nicole Pons Les mosaïques de cette sculpture sont composées de morceaux de vaisselle trouvée dans une épave.
Baie-Trinité. Tout commence le 24 décembre 1994. En plongeant tout près de la rive à marée basse pour retirer l'ancrage de son bateau devant son chalet à l'Anse-aux-Bouleaux (Baie-Trinité), Marc Tremblay trouve des objets au fond de l'eau. Il vient de découvrir l'épave de l'Elizabeth and Mary, navire de l'amiral William Phips disparu en 1690 alors qu'il s'apprêtait à attaquer Québec!

Cette épave, la plus ancienne trouvée au Québec, est à l'origine de la création du Centre national des naufrages du Saint-Laurent, qui nous fait revivre ces tragédies ayant jalonné la vie du fleuve. La géographie locale, avec ses falaises, ses récifs, ses courants, ses vents violents, et le manque d'instruments à l'époque sont quelques-unes des raisons qui expliquent les 84 naufrages (connus) de la Pointe-aux-Anglais à la Pointe-des-Monts.

Dans 70 % des cas, on a montré s'il s'agissait d'échouages (actions volontaires) ou d'échouements (accidents). Ainsi, son capitaine a fait échouer l'Elizabeth and Mary pour fuir un incendie à bord. Très bien conservé, car il était ensablé, le navire a livré plus de 6000 objets contenus dans ses entrailles. On en voit certains dans l'exposition qui lui est consacrée: fusils, bouteilles, plats de service, cuillères, souliers de travail, d'autres plus élégants, pipes, peigne à poux en ivoire (!), pots en argile, autant d'indices de la vie à bord et de l'échelle sociale. On a même retrouvé des morceaux de cuir, de soie et de lainages.

Nous embarquons dans un vieux navire qui va s'échouer. Dans ce décor plus vrai que nature, nous allons revivre sept naufrages sur le Saint-Laurent, de 1600 à nos jours. Vagues, vent, cris des oiseaux, brume, mer déchaînée, éclairage, bruitage, toute une panoplie d'effets spéciaux particulièrement réussis nous plonge dans l'ambiance tragique des naufrages de l'Elizabeth and Mary, de La Renommée, qui s'est déroulé près de l'île d'Anticosti en 1735, de l'Empress of Ireland, bien sûr (1914), de la flotte entière de l'amiral Hownden Walker en 1711, du Phoenix (1980), entre autres. Accompagné de vraies images de navires — notamment de l'Empress of Ireland — et d'enregistrements tirés de liaisons radio avec la garde côtière, le narrateur nous fait partager son inquiétude pour sa fille travaillant sur un navire marchand, alors que la météo se dégrade. On ressort vraiment ébranlé de ce spectacle multimédia très réussi, intitulé Mayday.

Ce centre d'interprétation n'est qu'une phase d'un projet final plus ambitieux, qui prévoit une infrastructure permettant d'accueillir, entre autres, l'essentiel de la collection de l'Elizabeth and Mary et de mettre encore mieux en valeur l'histoire de ce navire. On peut se rendre à pied sur le site de l'échouage, en suivant un sentier longeant le fleuve. Quant à l'épave, en attendant cette infrastructure, elle a été transportée du fleuve à un lac d'eau douce, où elle a été enfouie dans le sable, pour être mieux conservée. Pour sa part, le Saint-Laurent n'a pas encore livré tous ses mystères.

Centre national des naufrages du Saint-Laurent, 27, route 138, Baie-Trinité. Ouvert tous les jours de la mi-juin au début octobre. 418 939-2231 ou 418 939-2679 (en saison). www.centrenaufrages.ca

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Collaboratrice du Devoir