11e Festival international de jardins de Métis - Le paradis, vu par Berlin

Parmi les créations insolites, on trouve le Jardin des connaissances, une œuvre berlinoise truffée de livres laissés en plein air et qui représente la liaison entre la connaissance et la nature. <br />
Photo: Thilo Folkerts - Rodney Latourelle Parmi les créations insolites, on trouve le Jardin des connaissances, une œuvre berlinoise truffée de livres laissés en plein air et qui représente la liaison entre la connaissance et la nature.

Une plate-bande de barbelés observée depuis le fond d'une tranchée creusée dans le sol. Des centaines de livres de classe enterrés dont la tranche dessine un tapis, ou empilés pour former des bancs et des cloisons entières.

Deux des six jardins inédits de la 11e édition du Festival international de jardins de Métis confirment la vocation de l'événement: repousser les limites de la conception paysagère en encourageant les démarches multidisciplinaires.

Le Festival a débuté le 25 juin, avec un nombre record de 21 jardins éphémères, dont 14 retravaillés. Le paradis est le thème de ce 11e Festival, qui accueille Berlin comme ville invitée.

Cette deuxième décennie naissante confirme le rayonnement international de l'événement, avec un autre record: 276 projets soumis par 600 architectes, paysagistes, designers et artistes de 34 pays. Et en prime, un documentaire sur la dualité des jardins de Métis (Il était deux fois un jardin, récompensé au Festival international du film sur l'art de Montréal en mars dernier.)

Dualité, car le Festival de jardins contemporains vient en contrepoint des jardins plus traditionnels, plantés par Élise Reford à partir de 1926, sur les berges du golfe Saint-Laurent dominant le fleuve, entre Rimouski et Matane.

Le petit-fils d'Elise Reford, Alexander, qui a repris la direction du jardin en 1995 et lancé le Festival en 2000, décrit d'ailleurs cette dualité comme aller voir une pièce de Shakespeare (horticulture classique des jardins traditionnels) et, à côté, découvrir des oeuvres d'écrivains contemporains inconnus.

À l'image de la première oeuvre marquante du Festival en 2000 (Les Bâtons bleus du Montréalais Claude Cormier, qui vient de revenir à Métis de façon permanente après une tournée internationale), les «créateurs inconnus» ont laissé libre cours à leur inspiration.

Le Jardin de la connaissance surprend par l'utilisation de manuels scolaires comme matériau, incarnant l'évolution du moyen de transfert de la connaissance (du papier à l'informatique) et «la relation mythique entre la connaissance et la nature, comme partie intégrante du "paradis"».

Mais c'est certainement Land Use Observatory (Violence in the Garden) qui interpellera le plus. L'évocation du «no man's land» vu du fond d'une tranchée tapissée de planches de bois brut immerge automatiquement le visiteur, forcé de contempler, les yeux au ras du sol, un enchevêtrement de fils barbelés sur plusieurs rangées. Les créateurs berlinois (allemands et canadiens) disent évoquer la notion «conflits, négociations et stratégies» inhérente à tout jardin, soit entre manipulation de la nature et liberté des plantes à s'épanouir.

Au final, la grande majorité des 21 jardins éphémères sont particulièrement réussis, pour une visite rafraîchissante, dépaysante et édifiante sur l'étendue de la conception paysagère. Tout en permettant, qui sait, d'aborder ensuite avec un oeil nouveau, voire d'apprécier davantage, le classicisme ornemental des plus conventionnels jardins de Métis d'Élise Reford. (Jusqu'au 3 octobre, 16 $, www.jardinsdemetis.com)

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Collaborateur du Devoir

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Ce reportage a été réalisé avec la collaboration de Québec Maritime et de Tourisme Québec