Côte-Nord-Manicouagan - Le premier guetteur du golfe

Le phare de Pointe-des-Monts est classé monument national.<br />
Photo: Nicole Pons Le phare de Pointe-des-Monts est classé monument national.
Pointe-des-Monts. Il s'en est fallu d'un cheveu pour qu'il soit démoli. Par chance, grâce à la ténacité de son dernier gardien, Jacques Landry, aujourd'hui maire de Natashquan, il a été classé monument historique, en 1965. Dans l'immensité sauvage de la Côte-Nord, le phare de Pointe-des-Monts représente un pan entier de l'histoire de la navigation du fleuve. C'est l'un des endroits les plus dangereux, avec du courant, des battures, des vents violents (on compte 84 naufrages dans le secteur). En 1830, devant l'augmentation de la circulation maritime due au commerce du bois entre l'Angleterre et le Canada, le premier phare de la Rive-Nord voit le jour. Huit gardiens se succéderont sur ce rocher battu par les vents, avec femmes et enfants.

En grimpant les 104 marches qui mènent à la terrasse 30 mètres plus haut, d'où le panorama est époustouflant, on découvre, à chaque étage du musée, la vie de chacun, les difficultés, les joies. De James Wallace, premier gardien, qui resta 14 ans relié au reste du monde seulement deux fois par an quand passait le bateau ravitailleur, allumant chaque soir les 17 lampes de la lanterne et astiquant chaque matin tous les réflecteurs, à Jacques Landry qui, en 1964, céda une partie de ses fonctions à une tour métallique automatisée. Zoël Bédard fut le premier à avoir des contacts avec les Montagnais fréquentant la région et à héberger des missionnaires oblats.

En 1850, une maison est construite pour héberger les naufragés rescapés; il n'y a alors pas de route et parfois ceux-ci restent plusieurs mois. Le gardien et sa famille habitent encore dans la tour, où il faut grimper cinq étages pour accéder à la dernière chambre! Vers 1880, de nouvelles technologies voient le jour: le télégraphe et le sémaphore, système de fanions basé sur un code international, permettant de communiquer avec les navires. La région se développe, des pionniers s'installent. Le gardien Louis-Ferdinand Fafard, dont la fille Elioza deviendra écrivaine, marque le début d'une dynastie de trois générations. Victor, fils de Louis-Ferdinand, s'occupe du phare pendant 36 ans, jusqu'à sa mort en 1926. Avec sa femme et ses 12 enfants, il s'installe dans une maison attenante. Son fils, Georges, voit la région s'industrialiser avec l'exploitation forestière. L'arrivée de la télégraphie sans fil et du radio-émetteur automatique annonce déjà la fin du métier.

Directrice du site, Anne Poulin gère aussi l'auberge aménagée dans la maison du gardien avec quatre chambres et un restaurant, dont elle est la chef et qui fait partie, comme toutes les bonnes tables de la région, du circuit Goûtez la route des baleines. Dans la salle à manger rustique, c'est un festin d'authentiques saveurs du terroir. Crème de fruits de mer, chaudrée, plateau de homard, crevettes, crabe, pétoncles de Minganie, entremets pomme et Calvados, desserts aux petits fruits (bleuets, chicouté, fraises) préparés sans ajout de sucre, dont une tartelette aux pommes de terre (airelles sauvages du coin) qu'Anne cueille elle-même. Pourquoi ne pas prolonger le plaisir en dormant sur place, bercé par le bruit du ressac des vagues?

n Phare de Pointe-des-Monts, 1830, chemin du Vieux Phare, Pointe-des-Monts (Baie-Trinité). Ouvert tous les jours, de début juin à mi-septembre. Pour l'hébergement et le restaurant (midi et soir), il faut réserver: 418 939-2400 ou www.pharepointe-des-monts.com

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Collaboratrice du Devoir