875 kilomètres, 2 roues et la Route 1

Diversifiée et splendide, la route traverse les plaines fertiles, des canyons, ou longe le flanc d’une falaise qui plonge dans l’océan.<br />
Photo: Marc-André Sabourin Diversifiée et splendide, la route traverse les plaines fertiles, des canyons, ou longe le flanc d’une falaise qui plonge dans l’océan.
La mer est à droite, les montagnes, à gauche. Le soleil supervise le tout et une chanson des Beach Boys joue en boucle dans notre tête. Plus en vacances que ça, tu meurs!

La côte du Pacifique figure au sommet de la liste des randonnées à faire pour les cyclotouristes. La portion entre San Francisco et Los Angeles que nous entreprenons est un bon compromis pour qui ne possède pas le temps — ou les cuisses! — nécessaire pour accomplir la totalité du trajet. Et c'est le plus beau tronçon, ont assuré tous les cyclistes rencontrés au cours du périple.

Nous arrivons à San Francisco avec le strict minimum: nos vélos et nos sacoches de cyclotourisme. Quelques jours dans la ville s'imposent avant le grand départ. On aime Frisco — petit nom de San Francisco que les locaux détestent — pour ses maisons colorées, ses quartiers gai (Castro), hispanique (Mission) et bohème (Haight-Ashbury, lequel a vu naître les mouvements hippie et beatnik), et pour son photogénique pont Golden Gate, à condition qu'il ne soit pas caché par le brouillard. Puis on a des fourmis dans les jambes; c'est l'heure d'enfourcher nos bolides.

Pour faire les quelque 875 kilomètres jusqu'à L.A. sans nous égarer, nous utilisons un livre de 1988, qui demeure la bible du vélo sur la côte Ouest. Bicycling the Pacific Coast: A Complete Route Guide Canada to Mexico a été écrit parce qu'un de ses deux auteurs a d'abord réalisé le voyage du sud vers le nord. Mauvaise idée, car les vents dominants l'ont empêché de tirer du plaisir de son voyage. Leçon numéro un d'un bouquin qui nous en fournira des dizaines.

Nous longeons la Route 1 la plupart du temps, sauf lorsqu'elle se verse dans une autoroute pour quelques kilomètres. Son accotement y est généralement bien suffisant et les automobilistes sont respectueux. Lorsqu'ils sont pressés, ils n'empruntent pas cette route; deux autoroutes plus à l'est les mènent au sud bien plus rapidement.

Des hôtels et des campings d'État se trouvent tout au long du parcours. C'est la tente et le son des vagues que nous avons choisis. Les campings d'État ont presque tous une section réservée aux cyclistes, qui est souvent la plus belle parce qu'isolée au fond des parcs. Le prix pour les campeurs à deux roues étonne: de 5 à 7 $ la nuit.

La route est magnifique et diversifiée. On roule dans des plaines fertiles, dans des canyons ou le long d'une falaise qui plonge dans l'océan. Nous réalisons le trajet en 10 jours, question de découvrir de nombreux bijoux le long de la route.

À Monterrey, à 160 kilomètres au sud de San Francisco, il faut faire le détour par le célèbre aquarium. Car si on a déjà constaté la beauté de la mer ces derniers jours, on oublie à quel point elle se prolonge sous l'eau. Plus de 30 000 animaux et plantes sont présentés dans d'immenses aquariums qui recréent la vie dans la baie, des requins aux otaries. Il faut prévoir trois heures pour en faire le tour.

Le paysage se transforme complètement dans la baie sauvage de Big Sur, connue pour ses magnifiques forêts de séquoias. Sauvage? On n'y trouve pratiquement pas de maisons, ni de commerces, seulement quelques hôtels, de petits restaurants et des dépanneurs. Les amoureux de la nature qui s'y attardent peuvent y faire de l'équitation ou de la randonnée à pied. C'est le passage le plus difficile à vélo, avec ses côtes progressives qui s'étirent sur plusieurs kilomètres.

À San Simeon, on voit au loin des bâtisses juchées sur une haute montagne qui jurent avec le paysage. Il s'agit du Hearst Castle, l'une des demeures du défunt magnat de la presse américaine William R. Hearst. À l'âge de 56 ans, l'homme d'affaires entreprit la construction de cette demeure avec le désir qu'elle soit aussi belle que les châteaux d'Europe qu'il avait visités. Il acheta un plafond d'église italienne par-ci, des colonnes grecques datant de l'Antiquité par-là et de l'or pour la piscine et fit ensuite construire le plus dépareillé des châteaux. Il s'agit du lieu le plus visité en Californie après Disneyland, et avec raison: on est ébahis.

Puis l'immense Los Angeles se pointe alors le nez. Presque tous les Californiens rencontrés en chemin ont affirmé que la mégapole ne comportait que peu d'intérêts. «Ce qu'il y a de mieux à faire à L.A., c'est de prendre l'avion pour la quitter!», lançait à la blague un campeur. Y rouler à vélo n'est certes pas toujours une randonnée pittoresque — on se croyait en fait sur le boulevard Taschereau jusqu'à notre hôtel — mais on peut certainement trouver son compte dans l'un de ses 88 quartiers.