Escapade - En Huttopia avec papa

La tente Huttopia, dont la SEPAQ compte 180 unités réparties dans 14 parcs du Québec.<br />
Photo: Gary Lawrence La tente Huttopia, dont la SEPAQ compte 180 unités réparties dans 14 parcs du Québec.

Pas toujours évidente, la vie de famille: les vieux bossent comme des défoncés et nous, les mioches, on doit faire acte de présence à la garderie tous les jours. Résultat: on ne se voit plus. Pour se rapprocher, rien de mieux que la contiguïté forcée. Dans une tente Huttopia, par exemple.

Dans sa prime jeunesse, mon paternel a passé deux mois à crécher sous une tente qui prenait l'eau, dans les Rocheuses, tandis qu'il jouait à L'homme qui plantait des arbres. Depuis, il souffre d'un profond traumatisme et de rhumatismes, et la seule évocation du mot «tente» lui fait parfois hérisser les cheveux comme des piquets sur la tête.

Quand je lui ai demandé d'étrenner mon nouveau sac de couchage en camping, il a donc préféré opter pour une formule tout confort, sans chichis ni tracas, mais qui permet néanmoins de dormir en forêt: le «prêt-à-camper» des tentes Huttopia, introduites il y a deux ans dans une quinzaine de parcs nationaux du Québec.

Sorte de tente-prospecteur sans cheminée ni prospecteur, ersatz de chalet à l'armature de poutres mais dont la coquille de tissu repose sur une plateforme de bois, l'Huttopia forme en fait deux tentes en une. Comme le dit l'auteur de mes jours, on dirait des tentes-gigognes: dehors, une vaste toile bien tendue et étendue sur 35 m2; dedans, une aire commune avec, au fond, une double tente qui ressemble à un tipi à deux portes.

En fait, il s'agit de deux micro-chambres aménagées côte-à-côte. Dès que j'ai vu ces chapiteaux intérieurs, j'ai tout de suite saisi leur potentiel théâtral, que je me suis empressé d'exploiter. Dans les replis des draps et des oreillers — fournis sur demande — et sur les hauteurs de mon sac de couchage, j'ai ainsi recréé les steppes, vallons et rivières du crétacé, où Hector (mon tyrannosaure mâle non dégriffé) a pu affronter un gang de ru formé de stégosaures et de tricératops. Puis, j'ai utilisé ma lampe de poche en guise de projecteur pour souligner l'entrée en scène d'Ultraman (qui s'était glissé dans mes bagages, allez savoir comment), de Flash et de Wolverine.

À peine tous trois venaient-ils de faire connaissance que j'ai failli les envoyer régler son cas au gros lourdingue qui occupait le lot voisin et qui larguait d'irritants décibels avec sa chaîne stéréo. «Hé, le Beach Club de Pointe-Calumet, ça se passe sur la plage, pas dans le camping du parc d'Oka!», avais-je envie de lui balancer.

Wolverine venait à peine de sortir ses griffes pour intervenir qu'un super-héros sans cape et en combinaison brune s'est manifesté sur son drôle de vaisseau électrique, et il a menacé le butor sonore de sévir à coups de procès-verbal. Papa a finalement pu écouter le tacatacatacatac d'un pivert, en lieu et place d'un poum-titi-poum, tandis qu'il s'attaquait au repas du soir.

Pour ce faire, il n'a pas eu à sortir sa gamelle, frotter ensemble deux bouts de bois ou chasser le lièvre à mains nues: une batterie de cuisine et un chouette réchaud au gaz étaient fournis avec la tente, et nous avions emporté viandes, fromages et autres denrées périssables, conservées dans le petit frigo intérieur, aux côtés de mon yaourt liquide et du houblon sapide de mon dab.

Pour nos fines agapes forestières, nous avions le choix entre la table à pique-nique extérieure, près du foyer à guimauves, ou la grande table en teck intérieure, à l'abri des insectes. La tente était aussi équipée d'un long comptoir et, ô joie, elle ne comptait ni salle de bains ni eau courante. Ce soir, ce serait donc congé d'ablutions.

«Pas si vite, jeune homme, de rectifier mon père au risque de paraître parâtre, les sanitaires sont à 100 mètres à peine.» Peut-être, mais quand nous avons voulu prendre notre douche — payante! —, papa a grommelé quelque chose comme «Scrogneugneu!» avant de faire référence à un certain Augias, dont les écuries n'étaient pas très propres, paraît-il.

De retour sous la tente, j'ai testé les matelas en vérifiant leur capacité à servir de trampoline, du haut de mes 104 cm. Résultat: élasticité nulle vu la base en bois. En revanche, ces mêmes matelas sont fort confortables et situés à une bonne distance du sol pour prémunir le popotin des morsures de l'humidité. Si tant est que celle-ci venait à se manifester, libre à nous de la chasser avec la chaufferette d'appoint. Surtout que je tenais mordicus à laisser ouverte la fenêtre arrière de la tente, pour garder un oeil sur mon vélo quatre-roues non motrices.

Avant d'aller au lit, mon vieux m'a intimé de me passer la vessie au tordeur: pas question de sortir dehors la nuit pour se soulager, sauf urgence. «Toutes sortes de créatures rôdent dans la forêt», m'avait-il prévenu. De fait, vers 2h du matin, quelque chose a gratté avec insistance le grillage installé sous la plate forme de la tente. «Sûrement un vélociraptor qui cherche un en-cas! N'y va pas, papa!» N'écoutant que son courage — ou sa rage d'avoir été réveillé —, mon géniteur est néanmoins sorti affronter la chose, et on ne l'a plus entendue de la nuit.

Le lendemain, j'ai dormi comme je ne dors jamais le matin grâce à l'opacité de la tente intérieure, que mon paternel avait pris soin de bien fermer pour la rendre étanche à la lumière. Et quand je me suis réveillé, il arborait un de ces sourires que je ne suis pas habitué de voir quand je saute du lit.

Ce qui m'amène à conclure que si le manque de sommeil est l'une des causes les plus fréquentes des tensions parents-enfants, les tentes Huttopia favorisent les rapprochements intergénérationnels. Et ce, même si leurs utilisateurs risquent d'être la risée des purs et durs du camping. De toute façon, moi, je m'en fiche: après tout, c'est pour faire plaisir à mon père que je suis venu passer la nuit ici.

***

Collaboration spéciale

***

-Une tente Huttopia compte deux grands lits et peut accueillir cinq personnes (maximum quatre adultes). La SEPAQ en compte 180 réparties dans 14 parcs. À partir de 109 $ la nuit. www.sepaq.com, www.huttopia.com.

-Le père de l'auteur est collaborateur du Devoir et il était l'invité de la SEPAQ.

***

Théo Lawrence - Traduit du puéril par Gary Lawrence