Le pays à l'eau de rose

Le monastère Rila, situé à environ 120 kilomètres au sud de la capitale bulgare, Sofia, a été créé au Xe siècle par Ivan Rilski, un ermite canonisé par l’Église orthodoxe.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Valentina Petrova Le monastère Rila, situé à environ 120 kilomètres au sud de la capitale bulgare, Sofia, a été créé au Xe siècle par Ivan Rilski, un ermite canonisé par l’Église orthodoxe.

Il est rare d'avoir en mémoire des images de la Bulgarie, on en parle si peu souvent. Les mentions les plus courantes nous viennent d'un régime qui ne faisait pas dans la dentelle, dans un passé pas si lointain. Du yogourt au goût célèbre, des roses par milliers, de la dentelle, peut-être. Et, par hasard, la course folle d'un pope entre veaux et vaux... tous heureux.

La Bulgarie, comme d'autres anciens pays du Bloc de l'Est, ne se résume pas. Ce serait trop simpliste pour des lieux qui ont vu des milliers d'amours, des milliers de combats, des milliers de résistances. Pour la Bulgarie, née dans les années 600 après J.-C., ce sont des luttes contre Byzance, une conversion massive au christianisme, avec une identité qui atteint des sommets pour ensuite décliner et être intégrée et dominée par l'empire ottoman pendant cinq siècles.

À la fin du XIXe siècle, le conflit russo-turc fut aussi une période difficile. Après les errances des deux grandes guerres, la période communiste qui avait nommé le nouveau régime «émancipateur de peuples» fut laborieuse pour la paysannerie bulgare, avilie par le fonctionnariat et le mandarinat.

Aujourd'hui, les traits sont moins tirés, les sourires éloquents. Il y a des jeunesses qui explosent. Il y a des anciens qui ressassent moins. On évoque les bons souvenirs. On joue aux échecs dans les parcs, on tient la gazette des rumeurs ou des humeurs dans les villages, on soutient l'aïeule, on félicite la nouvelle maman... Une grand-mère promène ses petits-enfants dans un vieux landau en chantonnant une berceuse, Kalina Berce.

«Sous un arbre, au jardin / Kalina s'assit / Jeune fille aux joues de satin /Une chanteuse de paradis. Un hamac elle balançait / Une chansonnette elle chantait / Petit frère, dodo, dodo / Le sommeil t'invite à nouveau / Dans son château. Le sommeil t'enverra / De riches présents et cadeaux: un joli chariot / Des nains conduisent / Le joli chariot / Les rênes d'or luisent / S'envolent les chevaux.»

La Bulgarie, c'est une série de flashs en boucle...
  • Le leitmotiv du pays: sagesse et don de la nature pour la santé, le bien-être des hommes et la tolérance dans la cohabitation.

  • La présence massive des lieux de culte et des monastères, comme celui de Giginski, un peu vétuste, là où un pope court après les veaux, à moins que ce soit le contraire. Même si on n'est pas religieux, il faut dire que les popes ont su garder les Bulgares dans la résistance contre l'Ottoman. On peut visiter et même rester pour une nuit dans ces monastères. Celui de Rila, le plus célèbre, en est un exemple.

  • Les odeurs florales, en mai, dans la vallée des roses, autour de Kazanlak... L'or des Thraces et l'or liquide. C'est ainsi qu'on a nommé l'eau de rose, l'essence de rose. Parmi les 5000 variétés qui existent, seule la rose bulgare, ou Rosa Damascena Trigintipetala, parvient à donner une essence de cette qualité.

  • Les Bulgares se plaisent à le rappeler: la qualité de cette essence — comme celle du yogourt au goût inimitable — est un secret «national». C'est un mystère aussi inexplicable et impénétrable que celui des voix bulgares. En réalité, il s'agit du mariage de plusieurs éléments propres au pays: un environnement naturel particulier, une expérience de la culture des roses et de la production d'une essence vieille de trois siècles, et une plante, la rose damascène, implantée avec succès en Bulgarie. Le kilo de Rose Absolue se négocie entre 3600 et 6500 $ et le prix de son essence est plus élevé que celui de l'or, d'où son nom.

  • Dans les champs, les femmes de tous âges cueillent les fleurs une par une... Ensuite, ce sera la fête avec un défilé emmené par Baï Ganiou, un marchand goujat qui parcourt le monde afin de vendre son essence de rose. Le défilé est clôturé par le char du roi et de la reine des roses qui, au passage, aspergent les spectateurs d'une pluie d'essence de rose.

  • Enfin, pour parfaire le savoir de l'«or liquide», le Musée de la rose se trouve sur la route de Gabrovo, à la sortie de Kazanlak. Il faut plus de mille roses Damascena pour obtenir un gramme d'essence de rose et trois tonnes de fleurs pour un kilo de ce précieux liquide.

  • Le parc des ours de Belitsa, où l'on sauve les bêtes blessées ou maltraitées.

  • Les repas dans des auberges familiales où l'on savoure le fameux yogourt bulgare fabriqué avec du lait caillé de brebis, servi avec du miel et des noix concassées, après avoir mangé de la viande séchée aux herbes (chevrette, vachette) et du kavarma (ragoût de viande et de foie de veau, avec piments et sarriette). C'était à Rojen, où on fait sécher des courges qu'on décorera et des piments forts pour la soupe. Je finirai à Melnik, village du vin rouge éponyme. Et de blasphémer contre «Saint Cyrille et Méthode» pour avoir traduit les Écritures et la liturgie en langue slave et inventé de ce fait l'alphabet cyrillique qui traîne sur les panneaux routiers et sur les menus.

  • Plovdiv est la deuxième ville de Bulgarie. Dans la vielle ville, les dentelles sont accrochées aux maisons. La Maritsa, rivière d'en-bas, et la maison de Lamartine en haut. Les antiquaires, la rue Saborna, le jardin du Tsar Siméon...

* À Sofia, le boulevard Vitocha et le Jardin municipal où se trouve le Théâtre national Ivan Vazov. Quelquefois, un air d'accordéon guide nos pas. Tout autour d'Alexandre Nevski se trouvent des tables couvertes des travaux réguliers des femmes bulgares: des dessus de table au point de croix brodés dans des couleurs rouges, bleues et or, ainsi que des napperons au crochet ou des tchorapi, ces grandes chaussettes de laine si souvent brodées au motif de la rose, incontournable du pays. Et la Place Slaveïkov, célèbre placette aux livres.

* Les itinéraires dans les villages perchés des Rhodopes, les bords de mer quelquefois un peu désuets, les routes défoncées, les odeurs des maquis et des fleurs...

Chaque coin de ce pays est comme un secret qui se dévoile, si on s'y arrête. Si on demande, si on chante... avec ou sans pope.

En vrac

  • Les principaux festivals bulgares... les festivals de jazz à Sofia, en avril et en mai; la Fête de la rose à Kazanlak, fin mai-début juin; le festival international de jazz à Bansko, en août; le festival de folklore à Bourgas, à la mi-août; le Festival de folklore Pirin, à Sandanski. Le festival international de folklore de Koprivshtitza, créé en 1965 en honneur à Ljuben Karavelov, écrivain et révolutionnaire (1834-1878), a lieu tous les cinq ans et se déroulera cette année les 6, 7 et 8 août. Le 25e Festival des arts Apollonia a lieu à Sozopol du 29 août au 5 septembre 2010.

  • Peu de compagnies en Europe louent leurs voitures pour aller en Bulgarie. C'est donc de Sofia que se font les réservations. En avion, de Paris, Bulgaria Air (www.air.bg), Air France et les compagnies low cost. En Bulgarie, on compte en levas. 10 $CAN valent 15 levas.

  • La Bulgarie est connue pour son célèbre yogourt, son essence de rose, son miel, ses vins, ses plantes médicinales et ses eaux minérales thermales et curatives, dont celles de Bankya, Velingrad, Kyustendil, Sapareva Banya, Hissarya, Momin Prohod, Berkovitza, aux températures variant de 10 à 100 °C.

  • Les montagnes sont une des destinations qu'on aborde en été et en hiver pour les randonnées, le ski et les escalades. Les pics les plus élevés sont Moussala, dans la montagne de Rila, Vihren, dans le Pirin, Golyam Perelik, dans les Rhodopes, Botev, dans le Balkan, Cherni Vruh, dans le Vitocha situé à environ 80 kilomètres de Sofia.

  • Le Danube (Dunav en bulgare) marque la frontière entre la Bulgarie et la Roumanie sur près de 500 kilomètres. Les principaux cours d'eau sont la Maritza, la Tundzha, la Struma, la Kamchiya, l'Iskar et la Yantra. Plus de 500 rivières complètent le décor nautique.

  • Les fameux «sables d'or» (zlatni pyasatsi en bulgare, golden sands en anglais) sont prisés pour des vacances au bord de la mer. Ce lieu de villégiature a pris le même nom que le parc naturel national. Il est situé à environ 20 kilomètres de Varna, une ville qui compte de nombreux hôtels, restaurants, discothèques et terrains de sport, et où chaque année se tiennent des événements sportifs et culturels.

  • Les villes touristiques les plus connues au bord de la mer Noire sont Nessebar, Sozopol, Varna, Bourgas et leur alentours, ainsi que la station balnéaire Slanchev Briag, la plage du soleil.

  • La Bulgarie possède le nombre de réserves de la biosphère le plus élevé dans le monde. De nombreux parcs naturels sont protégés, dont le plus ancien (1934) est celui de Vitosha. www.bg-parks.net.


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Collaborateur du Devoir