Un air de bout du monde

Les Bergeronnes, site privilégié face au fleuve, devant le centre d’interprétation Archéo Topo. En bas: le fjard Saint-Pancrace (baie aux parois escarpées sculptée par une langue glaciaire), un des innombrables terrains de jeu du Jardin des Glaciers.
Photo: Nicole Pons Les Bergeronnes, site privilégié face au fleuve, devant le centre d’interprétation Archéo Topo. En bas: le fjard Saint-Pancrace (baie aux parois escarpées sculptée par une langue glaciaire), un des innombrables terrains de jeu du Jardin des Glaciers.
Tadoussac — Le plus vieux village du Québec, où commencent les 300 kilomètres du littoral de Manicouagan, est la porte d'entrée de la Route des baleines. Passant près de 90 % du temps sous l'eau, les rorquals restent mystérieux. Un monde fascinant à l'équilibre fragile que dévoile le Centre d'interprétation des mammifères marins (CIMM). Le centre dépend du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM) qui, depuis 25 ans, étudie le comportement des baleines, les menaces pesant notamment sur le rorqual bleu et le béluga, et élabore des stratégies.

La nouvelle exposition s'ouvre sur le squelette d'un cachalot de 13 mètres. Dans une optique interactive, elle permet de jouer au chercheur autour de 10 îlots à thème.

Les origines: l'ancêtre des baleines avait quatre pattes et vivait hors de l'eau.

La nourriture: la fosse marine de 300 à 500 mètres de fond creusée par l'Inlandsis Laurentidien dans l'estuaire remonte brusquement aux abords de Tadoussac, piégeant les abondants organismes. Un festin pour les baleines, notamment la bleue qui engloutit une tonne de krill par jour.

Le chant de la mer: écoute en direct dans les eaux du Saguenay et test d'ouïe. Nos capacités auditives vont jusqu'à 20 000 Hz, celles des baleines jusqu'à 200 000 et elles communiquent à 500 kilomètres de distance! Travail des chercheurs, reproduction du béluga, comportement du rorqual à bosse... et un site remarquable: www.baleinesendirect.net.

Une archéologie vivante

Avec la batture et la pointe Sauvage en panorama, le Centre Archéo Topo, aux Bergeronnes, occupe une place de rêve. Nous avons rendez-vous avec l'archéologie et l'histoire de la Côte-Nord. Dans les années 50, un ermite des Bergeronnes, Louis Gagnon, dit ti-Louis, trouve des objets qu'il envoie à des archéologues. Sa passion est contagieuse. On découvre le patrimoine exceptionnel de la région.

Quelques décennies plus tard, 1500 sites ont été mis au jour de Tadoussac à Blanc-Sablon (1300 kilomètres), la plupart amérindiens; certains ont 8000 ans.

Comment y vivaient les populations? Pourquoi se sont-elles installées ici? Qui étaient ces voyageurs, commerçants, explorateurs? Entre citrouilles, fèves et amélanchiers, comment utilisaient-ils les végétaux?

La nouvelle exposition du centre, Tours de force, présente l'archéologie par le biais humain à travers 25 sites, les plus représentatifs de la Haute, de la Moyenne et de la Basse-Côte-Nord. Aux Bergeronnes, l'Anse-à-la-Cave a révélé la présence des Basques, Cap-de-Bon-Désir cache 8125 ans d'histoire amérindienne et le site Lavoie, plus de 5000 ans. Top secret sur Pépechipissinagan, aux fragiles peintures rupestres. Au XIXe siècle, 400 personnes vivaient à l'embouchure de la Moisie autour d'une fonderie. Près de Blanc-Sablon, les Basques s'installèrent à Middle Bay pour chasser la baleine. Une archéologie vivante, grâce à une mise en scène avant-gardiste et ludique.

En direct du fleuve

En Manicouagan, les baleines font un festival aux abords de la rive. Devant le Centre de découverte du milieu marin aux Escoumins, site privilégié face à l'immensité de l'estuaire, petits rorquals, rorquals communs et une baleine bleue saluant une bande de petits marsouins près des rochers de granit rose, nous tiennent scotchés sur la terrasse! Géré par Parcs Canada, ce centre d'interprétation présente les richesses du Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent créé dans un but de conservation, de mise en valeur de la biodiversité marine et d'éducation.

L'activité vedette, Le Saint-Laurent en direct, est une plongée interactive. Devant un écran géant, nous suivons un plongeur-naturaliste muni d'une caméra et d'un micro à 12 mètres de fond, en bordure du chenal laurentien. Surprise: on y voit la vie en rose!

Dans un dégradé d'algue coralline, de framboise de mer (un corail mou), de soleil de mer (une étoile de mer), de psolus écarlate (concombre de mer). L'exposition présente toutes ces richesses. Après le volet historique (chasse aux baleines, villégiature, voie navigable), ambiance marine pour une descente virtuelle vers les planctons et autres diatomées.

De moins 20 mètres, domaine des sept espèces de requins de l'estuaire, bancs de capelans, saumons, à moins 310 mètres, profondeur du chenal laurentien. En remontant, de multicolores jardins déploient un arc-en-ciel de moules bleues, oursins verts, éponges de mer jaunes, astéries rouges. Un centre de plongée sous-marine permet l'accès aux plongeurs, sous certaines conditions.

Sculptée par le glacier

Long ruban ondulant entre battures et dunes bordées d'épilobes, falaises et forêts de conifères, la route 138 s'étire en toute sérénité boréale. À marée montante, une batture au sable roux chauffé par le soleil nous invite à une baignade réjouissante. Paix royale à perte d'horizon. La région garde d'extraordinaires traces de la dernière glaciation.

À Baie-Comeau, le Jardin des Glaciers, site intégré d'observation, d'exploration et de recherche inauguré en juin 2009, est un concept unique né de la volonté d'une équipe menée par le directeur général Christian Bouchard. Un bébé pesant 13,2 millions de dollars qui comprend une station d'exploration glaciaire, un parc d'aventure maritime de 40 kilomètres carrés, et s'étire sur 17 kilomètres de littoral. Rendez-vous à l'église qui abrite la station d'exploration glaciaire! Devenus voyageurs explorateurs, nous embarquons pour un parcours spectacle en trois actes, qui commence au-dessus des glaciers.

Il y a 20 000 ans, l'Inlandsis Laurentidien faisait quatre kilomètres d'épaisseur. Comment s'est-il formé? Comment a-t-il évolué? Pour comprendre ce monde en blanc et bleu, un ascenseur nous mène 4000 mètres plus bas, au contact entre le glacier et le sol.

Après un changement climatique, il y a 12 000 ans, le mastodonte a commencé à fondre et à se déplacer, raclant tout sur son passage. Le niveau marin a monté, les mers anciennes se sont formées. Multimédia, multisensoriel, son spatial, écran d'eau, cette scénographie époustouflante joue avec les technologies de pointe. Dans le Couloir des alcôves, expo sur la fragilité de notre planète et les impacts des activités humaines.

Des traces postglaciaires exceptionnelles, une des raisons de la création du site, marquent le paysage. En zodiac, nous partons en exploration guidée sur le chemin d'eau pour voir les cannelures glaciaires géantes, sculptées par le retrait de l'Inlandsis. Ces centaines de spectaculaires rainures rocheuses, témoins des forces colossales en mouvement, allant jusqu'à 10 mètres de haut et 300 mètres de large, se glissent entre les anses, canyons, chutes, de la baie des Anglais au fjard Saint-Pancrace (baie aux parois escarpées sculptée par une langue glaciaire). L'autre trace se trouve à 10 kilomètres dans les terres, en pleine forêt.

Une vallée de dépôts coquilliers fossiles intacts, le long de la rivière aux Anglais, découverts en 1996, suite au déluge du Saguenay. Neuf bancs, dont une falaise de 200 mètres de large, 300 de profondeur (en horizontal) et 15 de haut, composés à 95 % de coquillages! Unique au monde. La mer de Goldthwait, qui avait envahi les terres à la fonte du glacier, se retira il y a 8000 ans, après un coup de froid. Découverte des premiers peuples de glace venus par le détroit de Béring alors gelé; circuits d'exploration libre (35 kilomètres de sentiers pédestres) surplombant une forêt d'épinettes blanches géantes, des moraines, deltas, lacs glaciaires; activités spectaculaires de la Zone adrénaline comme la traversée de la Baie-du-Garde-Feu en tyrolienne ou la Via Ferrata des cannelures... des jours de plaisirs vous attendent ici!

***

En vrac

-Hôtel Tadoussac, 165, rue Bord de l'eau. Célèbre toit rouge, cachet d'époque et ambiance romantique au restaurant Le William. Le sous-chef, David Nguyen, propose trois menus gastronomiques à saveur du terroir, dont un autochtone. Une fête de truite, pétoncles, flétan, corégone, esturgeon et vins fins servis en accord parfait avec chaque plat. Ouvert du 3 mai au 10 octobre. 1 800 561-0718, www.hoteltadoussac.com.

-Auberge La Galouine, 251, rue des Pionniers, Tadoussac. On s'y régale de saumon, truite, magrets fumés sur place, et le matin, de gaufres au coulis d'airelles et petits fruits. Ouvert du début mai à la fin d'octobre. 418 235-4380, www.lagalouine.com.

-Gîte Baie du Soleil Couchant, 26, chemin du Barrage, Longue-Rive. Un paradis pour amants de la nature, près d'un marais salé fréquenté par 358 espèces d'oiseaux. Louise Lanoix et Yves Fabe ont bâti ce grand chalet en demi-bois-rond avec trois chambres douillettes. Autour de la chaleureuse table du souper (réserver), on savoure un bon plat mijoté par Louise. Déjeuner de délices faits maison: jambon, confitures, crêpes... Ouvert à l'année. 418 231-2238, www.baiedusoleilcouchant.com.

-Hôtel Le Manoir, 8, avenue Cabot, Baie-Comeau. Le manoir cossu en pierre de taille bâti en 1937 pour Robert McCormick, fondateur de Baie-Comeau, avec vue splendide sur la baie, est devenu un hôtel de charme à l'ambiance feutrée. Ouvert à l'année. 1 866 796-3391,www.manoirbc.com.

-La Cache d'Amélie, 37, avenue Marquette, Baie-Comeau. Dans l'ancien presbytère de l'église Sainte-Amélie, Lynn Harvey et Glenn Forbes ont créé un relais gourmand intime. Glenn propose une cuisine française du marché raffinée, à base de produits inusités (fleurs de courgettes, pleurotes du roy). La crème épinards, pistaches, avocat, l'aumonière de saumon fumé et avocat et l'émincé de cuissot de caribou sont divins! Ouvert le soir (mardi au samedi), du 24 janvier au 22 décembre (réserver). 418 296-3722.

-Gîte La Richardière, 109, rue Saint-Régis, Godbout. Joscelyn Vaillancourt, écrivain-poète, et Claude Gosselin, pianiste-compositeur, ont aménagé un cocon douillet où l'on se sent chez nous. Chaque chambre est dédiée à un artiste de la région: Gilles Vigneault, Claude LeSauteur (peintre), Éric Maillet (sculpteur), Francine Chicoine (écrivaine). Claude est aussi un artiste culinaire: souper raffiné (réserver) et déjeuner royal! Fermé en mars. 418 568-7446, www.gitelarichardiere.com.

-Centre d'interprétation des mammifères marins (CIMM), 108, rue de la Cale Sèche, Tadoussac. Ouvert de la mi-mai à la mi-octobre. 418 235-4701, www.gremm.org.

-Centre d'interprétation Archéo Topo, 498, rue de la Mer, Les Bergeronnes. Ouvert du 1er juin au 11 octobre. 1 866 832-6286, www.archeotopo.qc.ca.

-Centre de découverte du milieu marin, 41, rue des Pilotes, Les Escoumins. Ouvert du 21 juin au 11 octobre (horaire variable). 418 233-4414 (saison), 418 235-4703 (hors saison), www.parcmarin.qc.ca (Découvertes/ Réseau découverte).

-Jardin des Glaciers, 3, rue Denonville, Baie-Comeau. Ouvert du 14 juin au 6 septembre (la station d'exploration glaciaire jusqu'au 30 octobre). Réservation préférable. 1 877 296-0182, www.jardindesglaciers.ca.

-Air Liaison: service aérien de Montréal ou Québec vers Baie-Comeau. 1 888 589-8972, www.airliaison.ca.

-Renseignements: Association touristique régionale de Manicouagan, 1 888 463-5319, www.tourismemanicouagan.com, www.routedesbaleines.ca.

***

Collaboration spéciale