Virginia Beach avec les enfants

Le Chelinius faciatus se gonfle en respirant notre oxygène.
Photo: Isabelle Chagnon Le Chelinius faciatus se gonfle en respirant notre oxygène.

Des kilomètres de sable comme plat principal, un boardwalk comme garniture choisie, un aquarium comme entrée de luxe et quelques activités comme dessert. Le tout à volonté. Pourtant, tout cela avait mal commencé...

À Dorval, il faut arriver longtemps à l'avance pour aller aux États-Unis. Le vol, avec Delta, était à 10h15. D'accord pour Virginia Beach via New York. Il est 8h, le temps de passer par la borne de billets d'avion et de cartes d'embarquement. Premier racket de la journée: 25 $ par bagage en soute. Le contact avec la borne est long et périlleux. Puis vient le passage aux douanes yankees, second exercice de la journée avec l'enfant: une file de 357 personnes nous précèdent. Calcul: il faut trouver le temps d'attente projeté et il y a sept agents américains de faction ce matin-là. Donc 357 divisé par 7, multiplié par la moyenne de temps de parole d'un shérif suspicieux (une minute). Résultat: 51 minutes.

Il faudra aussi expliquer au rejeton interrogatif la teneur des questions que notre mastiff casqué sera en droit de formuler, et pourquoi papa joue à l'imbécile heureux le temps des réponses (vacances, plaisirs, baignades, nom de la ville, de l'hôtel, bref le CV des parents). Ensuite vient l'épreuve de la fouille ou de la non-fouille, avec comme option obligatoire le scanneur des bagages à main. Il faut d'abord passer le test par terre: flèche à gauche, tu passes, flèche à droite, tu es fouillé et ton corps est scanné.

Trois flèches à gauche plus tard, on vous demande d'enlever vos chaussures. Quand ma jeune adepte des sandalettes m'a demandé si c'était le seul endroit au monde où on retirait ses chaussures, je lui ai répondu non... Paradoxalement, on fait aussi cela dans les mosquées. Ce fut l'atelier culture et religion qui couvrit la période de temps dévolu au scanner pour les ordinateurs et caméras de maman et papa, sans oublier le iPod Touch où était programmé l'hymne américain (des fois que...), ainsi que les kilomètres de couloirs qui nous séparaient de la porte Delta.

Embarquement dans un Embraer 145 sans génie et nous sommes déjà aux États-Unis puisque l'hôtesse, au départ de Dorval, est d'un unilinguisme à toute épreuve. Notre vedette familiale a été Angela Howe, qui, sur le Norfolk-Detroit du retour, nous a fait un show du début à la fin du vol. Une sorte de Michèle Richard dans sa grande époque à plumes, ou de Véronique Cloutier dans ses intros de La Fureur. Avec humour, Angela nous a donné au compte-gouttes des sachets d'arachides de 12 grammes (30 demi-peanuts par enveloppe, www.Kingnut.com). Heureusement que nous avions avec nous des sandwichs au foie gras et au crabe des neiges, avec frisée et tomates à l'avenant, des clémentines sans pépins, des raisins de Corinthe sans herbicides et des bouchées de chocolat sans gras trans, ainsi que des pistaches iraniennes, les meilleures au monde.

Arrivés en Virginie, nous avons été accueillis à l'aéroport de Norfolk par une escadrille d'avions de chasse qui batifolaient dans les airs à grande vitesse, mais surtout à grand bruit. Donc, tout avait mal commencé...

On s'est installés au Holiday Inn Sunspree de Virginia Beach, qui est au début du boardwalk (de la 83e à la 6e Rue longeant Atlantic Avenue, qui borde l'océan éponyme). Un hôtel sans génie qui se dit familial, avec des douches mais sans baignoires. Seule attraction majeure: les piscines intérieures appelées lazy river, ou comment une rivière avec courant tourne autour de faux rochers d'où tombent des cascades d'eau. Une piscine extérieure entre mer et avenue. Chambres avec vue sur la mer, literie de bonne qualité, frigo et micro-ondes, station Hi Pod et accès Internet gratuit. Par contre, d'autres hôtels, sans plus de génie, offrent des chambres avec cuisinette, avec, pour la majorité, vue sur la mer où l'on peut apercevoir chaque jour, au large, des destroyers et des porte-avions qui s'entraînent au gendarme et au voleur.

On est allés faire un tour du côté de Watersman's Surfside Grill, un resto un peu bruyant qui fait dans les fruits de mer, les nouilles, le poulet et le boeuf attirés par un grill au charbon de bois. On a marché sur le boardwalk pour rentrer à l'hôtel. On s'est couchés à 23h15, heure du dernier avion de chasse. Dans l'atelier calcul mental et mémoire sensorielle, on a compté et entendu 46 planeurs depuis l'aéroport.

Pendant ces trois jours, on ne s'est tout de même pas ennuyés. Le premier jour, une matinée du côté de Sandbridge en kayak, sur les dérives d'une rivière pour atteindre la baie. Dans ce Back Bay National Wildlife Refuge, on croise au fil de l'eau des tortues, des hérons, un martin-pêcheur, un aigle poissonnier, des oiseaux qui rythment la cadence des pagaies, des rats musqués qui se prennent pour des castors et un serpent qui tourne comme un maniaque autour d'un rocher. Puis un tour aux plages de Sandbridge, plus intimes que celles de Virginia Beach. On y trouve une kyrielle de maisons à louer pour des petites ou des grandes familles. Si on emmène les voisins, on peut louer des maisons sur sable avec 10 à 12 chambres à coucher.

L'après-midi, on le consacre à l'aquarium de Virginie, qui est aussi un centre de science marine, la vedette locale pour les petits comme les grands. En dehors des aquariums géants où viennent faire risette requins, mérous et autres poissons imposants, on ira au cinéma Imax, qui faisait ce jour-là dans les vagues polynésiennes.

Des couloirs pour en apprendre plus sur le fond sous-marin et son histoire. Des appareils qui font et refont le mouvement des vagues ou qui évaluent les pesanteurs entre une eau douce et une eau salée. Des raies qui jouent à cache-cache avec nos mains, un bernard-l'hermite géant qui change de maison, un serpent qui change de peau et une étoile de mer qui ne changerait en rien son destin. Enfin, le clou de la visite, avec réservation et supplément tarifaire: Seals Behind the Scenes Tour, histoire de dire bonjour aux phoques, de leur serrer la patte et de les caresser. L'été, on peut se baigner avec...

Même déroulé estival en compagnie des tortues géantes dans l'aquarium et des trempettes au large avec les dauphins. Historique géologique de la Virginie avec une expo nommée Restless Planet, qui est le fer de lance des lieux visités; des lieux humides, marécageux, sous-marins ou désertiques avec les vedettes de l'heure que sont cobras, lézards, dragons Komado et autres scorpions en chaleur. On peut organiser une fête d'enfants ou se marier. Paraît que les raies adorent cela.

Le soir, au restaurant Tautog's avec des huîtres écaillées sur le menu, qui étaient des demi-steaks marins. Ensuite, descente sur le boardwalk pour un tour de trolley à pédale d'une heure, et c'est bien suffisant. Avant de faire dodo, on s'est offert une crème glacée un peu fade chez Dairy Queen, suivie d'un miniputt de la Jungle où l'enfant a battu ses parents sans aucun regret. On a compté une soixantaine de vols aériens ce jour-là, de 9h30 à 23h30.

Le lendemain, petit-déjeuner chez Pacahontas Pancake, ou comment ne plus avoir faim pendant deux jours tellement les crêpes, gaufres et autres objets de disgrâce pondérale sont énormes. On a embarqué sur un bateau de pêche aux gros, mais au printemps, il n'y a pas de gros, seulement des petits. Les gros comme le marlin arrivent dans un mois. On s'est donc contentés de pêcher un bluefish (papa menait 1 à 0) et d'observer une colonie de dauphins qui sautaient et jouaient à cache-cache à travers les vagues, à quelques encablures du bateau.

L'après-midi, on a continué notre tournoi de pêche sur le fishing pier de la zone hôtelière.

Si les deux boutiques de l'entrée offrent des produits de la mer, des gadgets surréalistes et du personnel sympa, il n'en est rien de la boutique qui fait dans la location de filets pour les crabes et de cannes à pêche, ainsi que des appâts tels vers sanguignolents, crevettes rebelles et calamars dégoulinants. C'est tout d'abord un racket pour la location de cannes abîmées (apportez votre propre matériel) ou de balances à crabes. On a d'ailleurs interdit l'usage du filet à crabes que nous avions fabriqué, prétextant une taille anormale de son piège «crabzouille». Après deux heures de chaude lutte piscicole, je dus m'avouer vaincu. Ma fille Taïna menait avec une raie, un mulet et un beau chelinius faciatus qui se gonflait en respirant notre oxygène. On a tout remis à l'eau et on est allés manger au Catch 31, en terrasse, à l'abri du Hilton. Le truc sympa de ce lieu, en dehors d'une bouffe très honnête et d'une carte des vins très vivante, est que les tables circulaires en faux marbre entourent un feu de foyer. J'ai jeté une moule dans le feu et cela a fait pssssschrashblizzz... Un régal. Ce soir-là, nous avions compté pour la journée 72 avions, qui ne sortent jamais seuls. Ils volent à deux, trois ou quatre, peut-être pour se raconter des histoires limitrophes.

Pour le dernier jour, on a séparé les activités en deux. Pendant que j'errais dans Williamsburg parmi les maisons anciennes, les techniques pour préparer des confitures au XVIIe siècle et les musées tout en peintures et en faïences, mes deux féminités se consacraient sur Bush Garden Europe. Une sorte de La Ronde à la puissance 3, avec des stations italiennes, françaises, écossaises, irlandaises et allemandes. La force des manèges proposés, c'est d'en offrir pour tous les âges. Les hits de cette journée de filles: Pompéi et Venise.

Sur le chemin de l'aéroport, les sourires étaient là. J'avais compté seuleument 36 appareils de survol. Il était 17h.

Malgré les irritants, la Virginie a le mérite d'exister et c'est toujours un peu drôle à observer, parents et enfants confondus. On s'est rappelé une excursion sur le Chesapeake Bridge and Tunnel, un pont de quelque 40 kilomètres de long... le plus long au monde.

Rien n'est parfait... Et un État qui a vu naître George Washington, Shirley Mac Laine, Warren Beatty, Arthur Ashe, Pearl Bailey, Ella Fitzgerald et Opechancanough, ne peut pas être totalement mauvais.

Virginie militaire

La Virginie, et principalement la région de Virginia Beach, est le repaire des gars de la Navy et de ceux de la US Air Force. C'est l'une des régions au monde qui comptent le plus de militaries au mètre carré. Sur huit millions de personnes qui vivent en Virginie, plus d'un million sont liées à l'armée. 300 000 font chaque matin leur salut militaire et 800 000 sont des vétérans (Seconde guerre mondiale, Vietnam, Japon, Kosovo, Irak...). Et il faut compter sur les femmes et les maris de militaires, ainsi que sur les enfants. Quand on leur demande si les avions pourraient voler ailleurs et les bateaux croiser autre part, la réponse est que l'armée est le poumon économique de l'État. Plus de deux milliards de dollars sont partagés annuellement entre les enterprises locales profitant de la manne guerrière.

En Virginie, il existe sept journaux militaires, une Armed Forces Bank et des trophées annuels comme celui de la meilleure épouse de militaire en voyage. Malgré l'ire de quelques intellectuels locaux et de vieillesses bougonnes concernant les décibels produits par les chasseurs aériens, l'armée ne bouge pas trop mais donne des sous aux plus éloquents en guise de remboursement auditif.

Les vols se feront toujours au-dessus d'un nid de touristes.

En vrac

-Holiday Inn Sunspree, www.vboceanfrontnorth.com.

-Hôtels avec cuisinette: www.oceansuitesvb.com, www.theboardwalkresort.com, www.vboceanbeachclub.com.

-Great Wolf Lodge Williamsburg, www.greatwolf.com.

-Maisons à louer à Sandbridge, www.sandbridge.com. Cabines, B&B, guest ranchs et cottages, www.virginia.org.

-Tautog's, le meilleur resto du coin, www.tautogs.com.

-Pacahontas Pankakes et Wafle Shop, www.pocahontaspancakes.com.

-Catch 31: huîtres, pizzas, ailes de poulet, moules, tartare de thon et grand choix de vins, www.31ocean.com.

-Jungle Jim: hamburgers, ailes de poulet, ribs, hot dogs), www.junglejims.ca.

-On a le droit de boycotter le Paintball à Motorword et les musées consacrés aux rumeurs guerrières. Plus idéologique que ça, t'es castriste.

-High Hopes Sport Fishing: www.highhopessportfishing.com.

-Bush Gardens: www.buschgardens.com.

-Surf and Adventure: www.surfandadventure.com.

-Aquarium: www.virginiaaquarium.com.

-Le Village historique de Williamsburg: www.history.org/History/index.cfm.

-Tabernacle Methodist Church: www.tabernaclevb.org. Demandez Jack Davis, pasteur et maître des lieux, qui a pour John un oeil coquin (l'apôtre John, bien sûr, le préféré de Jésus).

-La plage de Virginia Beach fait environ six kilomètres de long avec une largeur de 150 à 200 mètres. Sable fin, eaux plutôt calmes. Mais avec les banlieues autour, ce sont près de 40 kilmètres de bacs à sable qui sont à portée d'orteils. Pour des plages plus sauvages, Hampton.

-Le parc de First Landing, au nord de Virginia Beach, fait partie des deux tiers de l'État qui sont protégés. Halte migratoire de nombreuses espèces d'oiseaux, le parc est aussi un site historique puisque les tout premiers colons anglais y ont débarqué au XVIIe siècle.

-Nnombreuses possibilités de camping dans les parcs nationaux de la Virginie: www.virginia.org.

-Renseignements: Office de tourisme, 1 800 VABEACH, www.vbfun.com.

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Victor Guérette - Inscrit 16 mai 2010 13 h 23

    Excellent reportage.

    Voilà bien le meilleur reportage-voyage que j'ai lu depuis longtemps.
    Bravo.

  • Claude Kamps - Inscrit 22 mai 2010 06 h 59

    Une des solutions avions....

    Partir de Plattsburgh ou de Burlington, la frontière en voiture est bien plus facile et le prix plus attractif....