Bangkok en commun

Une modeste embarcation touristique sillonne un grand cours d’eau marécageux en marge du centre de Bangkok. En arrière-plan, Wat Arun, le temple de l’Aube.
Photo: Tourisme Thaïlande Une modeste embarcation touristique sillonne un grand cours d’eau marécageux en marge du centre de Bangkok. En arrière-plan, Wat Arun, le temple de l’Aube.

A quoi pensez-vous quand vos tympans sont frappés des percutantes syllabes Bang-kok? Trafic intense, pollution, bruit et chaos font certes partie du lot. Mais les petits malins peuvent depuis quelques années se déplacer dans Bangkok et apprécier ses beautés mythiques en affichant la sérénité bouddhique de rigueur, au fil de ses canaux (les klongs) et de son métro.

En taxi, la circulation est telle qu'il faut en moyenne 90 minutes pour passer d'un point à un autre de Bangkok! À la fois grand amoureux de la capitale thaïlandaise et ennemi juré des bouchons de circulation, je me suis mis à décortiquer comment faire l'amour à cette ville sans trop me fatiguer, et j'ai trouvé deux solutions pour ne pas se retrouver à jouer longtemps «dans le trafic», une traditionnelle et une nouvelle.

Le «transp-eau» en commun

Depuis longtemps, les routes les moins congestionnées de Bangkok sont nautiques. Le fleuve Chao Phraya est parsemé de gros bateaux-navettes. Il y a des bateaux-taxis. Certaines embarcations appartiennent à des hôtels chics et on y est bien assis, au frais. D'autres, plus exotiques, sont d'authentiques autobus urbains bondés mais bien ventilés par l'air du grand fleuve. Le seul point en commun de tous ces bateaux: ils ne sont pas pris dans les bouchons. Sur la même longueur de l'onde, on peut faire de nombreuses excursions sur les klongs (ces cours d'eau qui abritent une grande partie de la population de Bangkok, qui vit dans des habitations flottantes et sur pilotis). Les klongs formaient jadis une grande partie de la ville avec leurs fameux marchés flottants. Aujourd'hui, les habitations flottantes et sur pilotis sont en voie de disparition. À visiter impérativement, donc, avant qu'elles ne deviennent de simples pièces de musée flottant.

Ordre nouveau

Voici d'autres solutions pour fuir les bouchons. D'abord, on peut prendre le métro aérien (le SkyTrain) et sous-terrain (l'Underground). Les deux sont climatisés (donc, curieusement, moins étouffants que le métro de Montréal l'été!), mais les correspondances requièrent qu'on fasse pas mal de pas, souvent en pleine chaleur extérieure. Alors, mieux vaut organiser ses activités pour n'utiliser, dans une même journée, que le SkyTrain, et une autre journée, que l'Underground. Bien sûr, c'est plutôt bondé aux heures de pointe, mais moins qu'on le penserait, car ces réseaux complètement privatisés sont, toutes proportions gardées, très chers pour le salarié moyen de la capitale thaïlandaise. Les nombreux petits employés continuent donc à suer dans de vieux autobus.

Un gentil zoo la nuit

Grâce à cette mobilité en métro, la ville est à vous! Boutiques et galeries d'art du centre-ville, célébrissime Jim Thompson House, stade de boxe thaïe Ratchadamnoen... pas de problème, on y arrive désormais vite fait. Idem pour profiter du marché Chatukak, un des plus grands marchés du monde. Oui, on peut aussi aller en métro dans le secteur des «danseuses», Patpong, qui est aussi un royaume de la contrefaçon, car les vices s'affichent rarement seuls...

Bangkok est une ville qui se vit plus qu'elle ne se visite. Sa faune nocturne est en général belle, brillante et gentille. Il fait aussi moins chaud la nuit. Et il y a beaucoup moins de circulation automobile. C'est le bon moment pour prendre un taxi ou même un tuk tuk (les inimitables tricycles motorisés thaïlandais). Le jour, la pollution vous étoufferait à bord d'un tuk tuk, mais il est vrai que ceux-ci se faufilent dans la circulation mieux que les automobiles.

À la recherche du palmier caramélisé

Même si vous avez mangé dans tous les restaurants thaïlandais du Québec, vous en savez encore très peu sur la cuisine thaïlandaise... À preuve, savez-vous que cette cuisine est composée de cinq grandes cuisines régionales aussi différentes que les cuisines normande et provençale peuvent l'être? Pour sa part, la cuisine régionale de Bangkok est la reine des petits plats sucrés à base de palmier caramélisé. Évitez la cuisine de la rue (votre estomac ne le supportera pas), mais gavez-vous dans les restos bondés et bien éclairés: ce sont deux indices de qualité à Bangkok. Les fantastiques foires alimentaires des grands centres commerciaux permettent un butinage fascinant mais digeste. Les centres commerciaux Siam Square et MBK vous impressionneront tellement que vous vous demanderez quelle partie du monde est vraiment sous-développée. Bien sûr, ces centres commerciaux géants sont situés à côté d'un métro.

Et pour faire le malin comme moi avec vos connaissances sur les cuisines thaïes, prenez un cours de cuisine durant votre séjour. Vous serez heureux de voir à quel point la cuisine thaïe est facile à préparer, et déprimé de constater qu'on n'a tout simplement pas au Canada les ingrédients frais nécessaires pour vraiment manger comme les Thaïs. Il y a de grandes écoles de cuisine thaïlandaise; la Blue Elephant, très connue, est à deux pas d'un métro. Par contre, les petites écoles au bord de l'eau, comme celle de la House of Culture Study & History Appreciation, sont plus sympathiques (malgré ce titre ronflant). On peut aussi s'y faire donner un massage thaï au son relaxant du clapotis des eaux.

En matière de tourisme authentique, on revient toujours aux racines, aux valeurs traditionnelles, à ce qui fait l'essence unique d'une destination. Et, à Bangkok comme ailleurs, il faut le plus souvent revenir au fil du grand cours d'eau historique pour retrouver la fibre naturelle de Bangkok, celle qui coule de source.

À tu et à toits de Bangkok

Une autre façon d'éviter la pollution, le bruit et la foule est de fuir vers le haut, sur les toits des gratte-ciel de Bangkok. En effet, le m'as-tu-vu sur les toits y est une forme de sous-culture étrangement délicieuse. Nombre d'hôtels ont des piscines sur leur toit, ce qui va un peu de soi, mais plusieurs autres, parmi les plus luxueux, proposent des terrasses resto-bar d'un charme fou et introuvables ici.

Par exemple, on atteint le dernier étage de l'hôtel Le Bua par un simple escalier bordé d'un parapet de verre à peine plus haut que la main courante. De l'autre côté, le vide s'étale sur plus de 50 étages et la ville se donne au vertige. Une ville laiteuse et brunâtre la nuit, et non noire et blanche comme ici, car les Thaïlandais consomment beaucoup moins de courant pour l'éclairage public que les Nord-Américains. L'air demeure chaud, moite, dans les hauteurs. La «haute» société de Bangkok est mémorable et bien vêtue, les martinis coulent à flots, suivis de plats exquis dégustés dans la brise rafraîchie. Vous avez dit la belle vie?

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En vrac

- Le magasinage est un plaisir irrépressible à Bangkok — la marchandise y est fascinante et pas chère; apportez une valise vide pour rapporter vos «prises»!

- Une surprise méconnue: la possibilité de découvrir l'Inde par le biais de la Thaïlande; en effet, la Thaïlande est située entre l'Inde et la Chine et on peut découvrir beaucoup d'aspects du deuxième État-colosse de l'Asie à Bangkok, comme manger dans un vrai de vrai restaurant indien, ce qui s'avère singulièrement exotique. Inoubliable: le restaurant Rang Mahal, avec ses plats de poisson, ses vues sur la ville et ses musiciens (au 26e étage de l'hôtel Rembrandt).

- L'hôtel-design Siam@Siam (siamatsiam.com), tout près du SkyTrain, possède une piscine et un bar en hauteur, à l'extérieur, qui valent à eux seuls la décision d'y séjourner. Et les chambres sont «concept» au possible.

- L'hôtel Le Bua (lebua.com), tout près du fleuve Chao Phraya, possède le plus impressionnant toit resto-bar de la large gamme d'hôtels aux toits ravissants de la capitale thaïlandaise. Ses chambres et sa table font aussi dans le haut de gamme.

- Peninsula est une opulente chaîne hôtelière asiatique (peninsula.com). Son adresse de Bangkok compte parmi les plus prestigieuses de l'enseigne. Toutes ses chambres assurent des vues sur le fleuve et le centre-ville, alors que le toit propose un bain à remous séparé du grand vide par une simple baie vitrée.