La Dominique - L'île-paradis des randonneurs

La piscine du Jungle Bay Resort.
Photo: Hélène Clément La piscine du Jungle Bay Resort.

On évoque rarement la Dominique en citant les destinations soleil de la Caraïbe. Pourtant, sa beauté naturelle avait émerveillé les premiers voyageurs en provenance d'Espagne. Le chroniqueur Nicola Syllacio, qui accompagnait Christophe Colomb lors de son second voyage dans les Antilles, écrivit à son sujet: «Cette île elle est remarquable par la beauté de ses montagnes, de sa végétation et de ses cascades. Il faut le voir pour le croire.»

Délices — «La Dominique, si c'est beau? Ah! Vous allez voir», avait dit Amy, une Sainte-Lucienne éprise de cette terre sauvage et montagneuse, alors que nous voguions à toute allure sur la mer des Caraïbes, entre Castries et Fort-de-France, première escale de L'Express des Îles, un traversier qui bourlingue entre Sainte-Lucie, la Martinique, la Dominique et la Guadeloupe.

Il ne faut pas confondre l'île de la Dominique avec la République dominicaine, qui partage avec Haïti l'ancienne île d'Hispaniola et qui est reconnue pour son tourisme balnéaire de masse. Le Commonwealth de la Dominique se situe à mi-chemin entre la Martinique et la Guadeloupe.

Le pays mesure 46 kilomètres de long sur 25 de large, il abrite les plus hautes montagnes des Petites Antilles, ne pratique aucun tourisme de masse ni ne possède aucun hôtel cinq-étoiles avec piscine. On parle l'anglais et le créole, joue au cricket et roule à gauche.

Ses habitants sont si écolos et si partisans du développement durable qu'on a attribué à l'île, en 2005, le «Green Globe 21», un label international qui récompense les intervenants en tourisme ayant opté pour une démarche d'amélioration de la gestion environnementale et sociale de leurs activités.

Une heure d'arrêt à Fort-de-France, le temps de débarquer et d'embarquer des nouveaux, puis on reprend le large. Sur le pont détrempé par les houles du canal de la Dominique, il y a là une bande de randonneurs martiniquais qui, sac au dos et bottes de marche, comptent bien conquérir Morne Diablotin et Boiling Lake. «La Dominique, c'est le royaume de la randonnée, dit René, guide de montagne. Et des lacs aussi, d'où son surnom d'«île aux 350 lacs».

À chaque escale, le bateau accumule en moyenne une heure de retard. «Normal», disent les Antillais habitués aux retards quasi légendaires du catamaran qui relie les quatre îles. «Mais il fait la job.» Arrivés la veille à deux heures du matin à l'aéroport d'Hewanorra, à Sainte-Lucie, nous avons passé la nuit à Vieux-Fort, sur la pointe méridionale de l'île, avant de rejoindre, à deux heures de voiture vers le nord-ouest, le port d'embarquement de Castries, la capitale de Sainte-Lucie.

Assis à ma droite, trois musiciens saint-luciens vont à Roseau pour assister, ce soir-là dans la capitale, à un concert de jing ping, une musique traditionnelle dominiquaise qui rappelle un peu la musique cadienne en Louisiane et qui réunit accordéon, trompette, flûte et tambourin. Ils comptent bien danser quelques quadrilles.

Un Guadeloupéen installé pas trop loin se mêle à la discussion: «Chez nous, on joue du "ka", une sorte de tambour traditionnel guadeloupéen, et on danse le zouk et la biguine.» C'est ça, le plaisir de ce voyage en bateau: la rencontre avec les insulaires.

Tiens, il y a de plus en plus d'oiseaux dans le ciel. On semble avoir quitté les eaux tumultueuses du canal de la Dominique. Et cette étonnante pile de nuages blancs à l'horizon. Ne suggère-t-elle pas la présence d'une montagne dans la mer? Cela est sensé, il y a bien 90 minutes que nous voyageons depuis Fort-de-France. Et... 24 heures depuis Montréal!Comme aucun vol international au départ de l'Amérique du Nord et de l'Europe n'assure une liaison directe avec la Dominique, l'île reste à l'écart du tourisme de masse.

Il y a bien cinq ou six bateaux de croisière qui y font escale pendant la semaine, mais rares sont les plaisanciers qui s'éloignent du front de mer de Roseau.

Seuls quelques curieux poussent leur exploration jusqu'au marché de fruits et de légumes, à l'ouest de Bay Street. Puis à la cathédrale catholique Virgin Lane et au Jardin botanique, en contrebas de la colline de Morne Bruce, pour voir le vieux baobab tombé sur un autobus lors du cyclone David, en 1979, et qui continue avec force à s'accrocher à la vie sur le véhicule aplati. Le bus était vide au moment de la tempête tropicale.

Roseau n'a rien à voir avec le village Sairi des Indiens Kalinago débarqués en Dominique au XIVe siècle, sur lequel la ville a été construite. Par contre, elle n'est pas sans rappeler l'époque coloniale. Et si l'ensemble des constructions se résument à des structures à un étage constituées d'un magasin en bas et d'une habitation en haut, on retrouve des ruelles bordées de vieilles maisons en bois colorées, agrémentées de fenêtres à jalousies et de balcons suspensus.

Waitikubuli, ou «grand est son corps», c'est ainsi que les Kalinagos nommaient leur île après avoir exterminés les Arawaks. Quant à Christophe Colomb, moins poétique, il baptisa l'île «Dominique», du jour de la semaine où il l'aperçut, le dimanche 3 novembre 1494, et renomma «Caraïbes» les farouches Kalinagos qui lui tinrent tête. À ce jour, ils sont plus de 3000 à vivre sur un territoire qui leur appartient et sur lequel ils ont leur propres us et coutumes.

En pleine jungle

Au départ de Roseau, il faut compter une heure de route pour atteindre le Jungle Bay Resort situé à Délices, au-dessus de Pointe Mulâtre, côté atlantique, face à Grand-Rivière, en Martinique. Pourtant, sur la carte géographique, Délices semble proche de la capitale. Le hic, c'est qu'il faut contourner par un chemin escarpé le fameux Parc national de Morne Trois-Pitons, inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO pour ses beaux paysages mais qui fait tant damner les automobilistes.

Dès que l'on quitte la route qui ceinture l'île, on est en montagne. Un séjour dans ses entrailles oblige à une certaine forme physique. C'est sûrement la raison qui justifie son faible taux de touristes. Et c'est peut-être tant mieux ainsi. Donc, prévoir dans les bagages une bonne paire de chaussures de randonnée, ne serait-ce que pour grimper jusqu'à sa chambre d'hôtel.

Aussi bien le dire tout de suite, chaque fois qu'on participera à une activité à l'extérieur du Jungle Bay Resort, il faudra compter une heure de route. Mais il est tard, on pensera à ça demain. Pour le moment, il faut réfléchir à ce qu'on aimerait manger au dîner, de façon à ce que le repas soit livré dans notre bungalow avant notre arrivée. Ça, c'est de la qualité totale!

Le Jungle Bay Resort fait partie de ces «écohôtels» qui, au-delà d'une certaine forme de luxe en pleine nature, favorisent une action «responsable». L'hébergement emploie localement, achète localement, soutient des projets communautaires et respecte les traditions locales.

Samuel Raphael, le propriétaire qui a grandi dans les îles Vierges américaines et étudié le commerce à Washington, a décidé de rentrer au pays pour y faire du tourisme équitable, détaché des principes commerciaux classiques, sans folklorisation ni décor fictif... à l'image des Dominiquais, aime-t-il à répéter. Et un peu de politique aussi: «Pour faire bouger les choses.»

Pour atteindre notre hutte en bois sur pilotis, dressée à flanc de montagne au-dessus de la canopée, face à la mer, il faut franchir 120 marches. Premier conseil: voyager léger. De toute façon, ici, on oublie maquillage, talons hauts, robes de bal et bijoux en or. On est dans la jungle.

L'ampleur du décor laisse sans voix. En ouvrant les yeux, on découvre les splendeurs enfouies dans la forêt semi-humide. Des dizaines de lézards traversent le sentier rocheux qui monte à la chambre, des lucioles illuminent le chemin, des grenouilles coassent à s'époumoner. Et si on apercevait le perroquet sisserou, avec son poitrail pourpre et son dos vert, le plus grand d'Amazonie, ou le jaco, plus petit mais joli avec son col rouge qui lui recouvre la gorge?

Tout un remue-ménage agite la forêt dominiquaise une fois la nuit tombée: de gros crapauds, de petites rainettes, des lézards, une douzaine d'espèces de chauve-souris, une cinquantaine d'espèces de papillons et des boas constrictors qui atteignent trois mètres de long.

Dans la chambre, pas de télévision, des meubles construits en bois de la région par des menuisiers locaux, une douche extérieure alimentée par une source. En guise de climatisation, l'air de la mer, et comme somnifère, le bruit des vagues. La mer est si violente de ce côté de l'île qu'il est même recommandé de ne pas se baigner. Une jolie piscine en pierre a été prévue à cet effet.

Mais les gens qui préfèrent les eaux turquoise ne resteront pas sur leur faim. On a tout de même affaire à une île, ici. Et la mer est belle. Sauf qu'il faut oublier la bronzette sur de grandes plages sablonneuses, quasi inexistantes en Dominique, à l'exception de Toucary Bay, dans la réguin de Portsmouth, qui offre du sable plutôt que des galets. Du sable aussi noir que l'ébène.

Les amateurs de plongée se concentrent plutôt du côté de la Soufrière et de Scotts Head au sud, de Saint-Joseph et Salisbury au centre, et de Portsmouth au nord. Dès qu'on amorce sur la route la descente sur Soufrière, on visualise la topographie des lieux: la baie représente la bouche d'un ancien volcan noyé. À peine à quelques mètres du bord, on dévale vers les abysses. On parle de 900 mètres de profondeur peuplés d'hyppocampes, de poissons-crapauds, d'éponges-cratères et de tubulaires. À Champagne Reef, au nord de la pointe Guignard, on plonge carrément dans une bouteille de champagne. Les bulles qui s'échappent du fond témoignent de l'activité volcanique.

Mais ne serait-ce que pour atteindre le fameux Boiling Lake, le déplacement en Dominique vaut la peine. Six heures de marche, aller-retour, sur les flancs et dans les entrailles du Parc national des Trois-Pitons. L'une des plus belles et des plus difficiles randonnées que j'ai faites depuis le GR-20 en Corse. Des paysages à couper le souffle, des montées et des descentes escarpées qui mènent à la vallée de la Désolation, où l'on randonne au mileu d'un paysage lunaire ponctué de fumerolles sulfureuses et de sources chaudes. Après trois heures à se bousiller les genoux sur les marches des chemins qui dégringolent au plus profond des ravines et à se tordre les chevilles dans les lits rocheux des rivières chaudes, on atteint enfin le lac bouillant et bouillonnant de 63 mètres de large qui, selon les géologues, serait en fait une immense fumerolle.

On comprend mieux maintenant pourquoi on n'évoque que très rarement la Dominique lorsqu'on cite des destinations soleil. Mais c'est une erreur! Cette île est d'une beauté rare.

En vrac

- Un voyage en Dominique est réalisable à longueur d'année. Mais le moment idéal se situe entre les mois de janvier et mai: il y a moins de pluie ou de risques d'ouragan.

- La façon la plus simple de s'y rendre à l'année serait de voler sur les ailes d'Air Canada jusqu'en Martinique ou en Guadeloupe, et de là, prendre le traversier L'Express des Îles ou un petit avion régional comme Liat ou Air Caraïbes. Le voyage se combine très bien à un séjour plus long dans les Antilles françaises. La Dominique attire surtout les randonneurs et les plongeurs.

- L'Express des Îles: http://www.express-des-iles.com.

- Le Jungle Bay Resort: pour un hébergement de luxe au coeur de la jungle, une gastronomie recherchée et bio et une découverte totale de l'île, tant sur le plan sportif que culturel. Au programme de ce petit complexe de 35 huttes sur pilotis, qui s'adresse aussi bien au couple qu'à la famille: visite des villages voisins de Délices et Petite Savane, dont les habitants composent le personnel de l'hébergement; randonnée aux cascades Victoria, Sari Sari, au bain d'émeraude et au Boiling Lake; kayak et plongée; cours de musique traditionnelle et de cuisine; visite de Roseau. http://www.junglebaydominica.com.

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Collaboratrice du Devoir
2 commentaires
  • Jocelyne Aubry - Inscrit 20 février 2010 12 h 51

    La Dominique

    Ça donne vraiment le goût d'y aller ! Merci Hélène !

  • Lanctot Mance - Inscrite 21 février 2010 12 h 12

    La Dominique : 15 ans d’amour

    Depuis 15 ans nous visitons la Dominique et y séjournons de 1 à 2 mois par année. Ses habitants sont au coeur de ma démarche artistique de peintre
    ainsi que de celle de mon conjoint. Présentement au Conseil des arts de Montréal
    sur Sherbrooke Est, 3 toiles représentant des Dominicais dans leur luxuriant environnement sont exposées dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs.
    À défaut d’y être vraiment, rencontrer une travailleuse des bananerais, Le vieux pêcheur Abraham et notre voisine prénommée Fe. L’artiste : www.robertchayer.com