À l'ombre du volcan en éruption

Photo: David Dumouchel

À intervalles réguliers, le ciel de l'île de la Réunion se pare d'une couleur de braise vive pour célébrer le retour d'un phénomène apprécié des habitants de ce département d'outre-mer français: l'éruption du Piton de la Fournaise. Les spectaculaires fontaines et coulées de lave offrent une expérience unique aux insulaires, qui s'empressent d'aller admirer le spectacle avec une fébrilité toute contraire à leur indolence habituelle.

«Le volcan la peté! Le volcan la peté!» Le cri de ralliement est repris par les animateurs de radio et les journaux locaux, dans un créole réunionnais néanmoins facile à comprendre pour le touriste anxieux d'observer l'un des spectacles naturels les plus impressionnants de la planète. En général, nulle crainte ne s'exprime sur la petite île de 2512 kilomètres carrés; les habitants sont très habitués aux excès du Piton de la Fournaise, qui se classe au troisième rang des volcans pour ce qui est de la quantité annuelle de lave expulsée.

Même que les innombrables voitures qui s'agglutinent dans des embouteillages monstres — malheureusement caractéristiques de la circulation sur l'île — sont loin de fuir la colère du Piton, elles vont dans sa direction plutôt, dans une bonne humeur qui ne semble pas souffrir du délai imposé par les bouchons. Il faut préciser que le chemin qui conduit au volcan est lui-même une attraction digne de mention: en bordure de l'océan Indien, il traverse plusieurs petits villages réunionnais colorés et est bordé d'une végétation souvent luxuriante, toujours surprenante.

Plusieurs surprises se révèlent au gré des lacets imposés par la géographie particulière de la Réunion, jusqu'au panorama final, composé de la silhouette imposante du volcan, qui culmine à 2631 mètres. Lorsque ce dernier déverse sa colère sur ses flancs, la vue est impressionnante, bien qu'il faille s'en approcher par une longue randonnée avant d'avoir accès aux meilleurs points d'observation. C'est toutefois la nuit que l'effet est le plus saisissant; un rouge inquiétant illumine le ciel d'un noir d'encre, conférant à l'ensemble une atmosphère dantesque digne des meilleures représentations de l'enfer. L'ambiance est de circonstance: il faut maintenant se garer.

Si près, si loin

Une fois cette tâche fastidieuse accomplie, l'heure est à l'euphorie. Canettes de «dodo» (la bière locale) à la main, chaises pliantes sous le bras et appareil photo au cou, tous convergent à pied vers le Piton de la Fournaise dans l'espoir d'apercevoir les explosions de lave en fusion, lesquelles peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de haut, parfois même plus.

L'ambiance est à la fois détendue et électrique; plusieurs familles, accompagnées de personnes âgées, cheminent tranquillement vers le cordon de sécurité établi par la police alors que quelques bandes de jeunes discutent à voix haute et se chamaillent gentiment. Certains s'installeront en chemin, satisfaits de la vue qui s'offre à eux, ou simplement trop fatigués pour continuer.

La marche peut en effet se révéler pénible; il faut franchir plusieurs kilomètres avant d'arriver assez près pour voir la lave proprement dite. Les bons jours, lorsque l'activité volcanique est stable et ne présente pas de risque majeur, il est possible de s'approcher à quelques mètres à peine de certaines coulées qui dévalent le versant escarpé du Piton de la Fournaise, si proche en fait que la chaleur en devient dérangeante.

Sinon, il faut se «contenter» d'observer le spectacle d'un peu plus loin, ce qui ne manque pas de charme. Une vue d'ensemble permet en effet de mieux apprécier le phénomène dans son entièreté, des torrents de lave crachés par les fontaines aux coulées qui dévalent les flancs du volcan jusqu'à la mer, formant un immense panache de fumée qui voile le soleil et contribue à l'atmosphère de fin du monde. Les Réunionnais — tout autant que les touristes — affichent devant ces splendeurs un émerveillement qui ne se dément pas, peu importe le nombre de fois qu'ils en ont été témoins.

Les plus dégourdis ne voudront en aucun cas laisser passer la chance d'observer les ravages que causent ces coulées à la flore et aux infrastructures de l'île. Il faudra par contre travailler dur pour y parvenir; les sentiers qui donnent accès à ces sites sont souvent exigeants et très escarpés.

Ces efforts seront toutefois récompensés par une expérience hors du commun: asphalte fondu sous l'effet de la chaleur de la lave et arbres emportés vers l'océan par le magma fumant. Ce qu'on peut admirer de points de vue sécuritaires, bien entendu, puisqu'il est interdit — et très dangereux — de sortir des sentiers pour se rapprocher de la lave.

Les autres se rabattront sur les curiosités qui ont marqué l'histoire des éruptions volcaniques de l'île, telle cette église Notre-Dame-des-Laves qui aurait été sauvée par miracle d'une coulée destructrice qui s'est finalement arrêtée sur son porche.

Mais tous repartiront à coup sûr avec des souvenirs plein la tête, et une sacrée histoire à raconter.


En vrac

- Une voiture est nécessaire pour se rapprocher du Piton de la Fournaise. En période d'éruption, il faut donc réserver rapidement puisque la flotte disponible est limitée et que tous veulent profiter du spectacle.

- Il n'existe pas de ligne directe entre le Québec et l'île de la Réunion. Il faut habituellement passer par Paris, d'où Saint-Denis peut être rejoint après 11 heures de vol.

- Les risques pour la sécurité sont minimes; les problèmes les plus fréquents concernent des intoxications causées par les vapeurs acides et les gaz soufrés qui se dégagent du volcan. Il est facile de les éviter en respectant les consignes de sécurité des autorités présentes.

- Le Piton de la Fournaise est de type effusif, ce qui signifie que le magma est expulsé principalement sous forme de coulées de lave et que ces dernières demeurent le plus souvent dans l'enclos du volcan.

- Une éruption est actuellement imminente à la Réunion. Pour plus de détails, consulter le site www.fournaise.info.

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