La Guadeloupe hors plages

Un petit coin de France en plein coeur des Antilles, la Guadeloupe a attiré plusieurs touristes québécois par le passé, avant que la destination ne tombe un peu dans l'oubli. Aujourd'hui, bien conscients que la valeur de l'euro fait mal au portefeuille des voyageurs, les dirigeants de l'île proposent plus que ses magnifiques plages et mettent l'accent sur le tourisme « écologique », qui met en valeur sa culture et ses couleurs.

Janvier. On fait un pas en dehors de l'avion, qui vient d'atterrir à l'aéroport de Pointe-à-Pitre, et c'est déjà les vacances. Il y a d'abord cette humidité qui nous enveloppe, notable sans être étouffante, puis, à travers le corridor vitré menant à l'aérogare, les palmiers qui nous envoient la main. Bonjour à vous aussi, les palmiers. Alors qu'il fait approximativement -145 degrés Kelvin à Montréal, la Guadeloupe sait comment nous accueillir: dans la chaleur et la bonne humeur.

Certes, l'île — qui est en fait un archipel — est aussi capable de grogne, l'actualité nous l'a montré en début d'année, avec une grève générale houleuse de 44 jours. Les Guadeloupéens sont fiers, et autant ils apprécient les avantages d'être un département français outremer, autant ils en voient les problèmes — économiques et identitaires, pour ne nommer que ceux-là. Mais entre les images de révolte vues à la télé et le contact bien concret des Guadeloupéens, il y a un monde.

Au point où le leitmotiv de l'île pourrait bien être « Y a pas de soucis! », une phrase entendue au moins une centaine de fois en cinq jours passés là-bas. À l'aéroport, les touristes attendent leurs bagages non pas dans un silence pesant, mais accompagnés d'un groupe de musique poussant la chansonnette créole. C'est clair, le stress est resté à la maison.

Une île, deux ailes

Le sable ne manque pas en « Gwada », et il est assez agréable de s'y prélasser sur un coin de plage paradisiaque en lisant À la recherche du temps perdu (format de poche), un ti-punch (prononcer ti-ponche) en main. Cependant, il faut admettre que si votre unique but est de vous faire griller l'épiderme sans avoir à vendre vos obligations d'épargne, ce coin du monde ne peut pas faire concurrence à la République dominicaine, à Cuba ou à toute autre destination en formule « tout-inclus ».

Là n'est pas la force de cette contrée à l'histoire chargée. Ce qui fait l'unicité de ce petit territoire d'à peine 1700 kilomètres carrés est certainement sa géographie intrigante et complexe. Parce que cette île à la forme d'un papillon aux ailes ouvertes n'a rien d'homogène ni de terne, ou si peu.

En fait, la Guadeloupe n'est pas faite d'un bloc mais plutôt composée de deux îles, complètement différentes. Du côté de l'océan Atlantique, il y a la quasi-plaine au sol calcaire de Grande-Terre, alors que la mer des Caraïbes baigne Basse-Terre, humide, verdoyante et couronnée... d'un volcan. Les deux parties sont séparées par un petit bras de mer qu'on peut évidemment traverser par un pont, celui de la Gabarre.

Alors il suffit d'enfiler ses sandales et de prendre l'indispensable volant pour partir à la découverte. En plus, les routes principales de la Guadeloupe sont très belles et pas vraiment compliquées à parcourir, tant qu'on y est vigilant.

Il y a toutefois énormément de voitures sur l'île et on a beau s'être éloigné de notre froid bitume, les bouchons de circulation ne sont pas si rares aux heures de pointe. En saison forte, il vous en coûtera, sous toutes réserves, une cinquantaine d'euros par jour pour louer une petite Renault manuelle.

Vents et marées

En arrivant à Pointe-à-Pitre, c'est du côté de Grande-Terre que le touriste met d'abord les pieds. C'est dans cette région, autour des villes de Gosier, Sainte-Anne et Saint-François, que sont installés la plupart des gros hôtels du type Club Med. Ici, pas de risque que vos oreilles se bouchent dans des vallons, le sol y est sans relief presque d'un bout à l'autre. La côte est ensablée au nord et souvent escarpée au sud.

Il ne faut surtout pas manquer la venteuse et impressionnante Pointe des Châteaux, à l'extrémité est de la Guadeloupe. Dominé par une croix plantée dans le morne Pavillon — un sentier s'y rend —, l'endroit est d'une beauté sauvage. Les roches rugueuses et quelques pans de pierre encore debout sont frappés par les vagues, alors qu'on aperçoit aisément l'île de la Désirade, petite soeur de la Guadeloupe.

Notre mâchoire se décroche à peine moins à la Pointe de la Grande Vigie, proche de l'Anse Bertrand, au nord de l'île. Le sol recouvert d'une mince végétation stoppe brusquement pour tomber dans la mer d'un bleu qu'on peine à quitter des yeux. Tout près, l'érosion a formé la Pointe Petite Tortue, où la pierre a clairement pris les aspects de l'animal. À quelques minutes de voiture de là, on s'arrête inévitablement à la Porte d'Enfer, où les eaux se sont taillé une place pour entrer vers le coeur de Grande-Terre. C'est là qu'on retrouve le trou de Madame Coco, qui, selon la légende, aurait marché sur les eaux avant de disparaître dans une grotte. Une histoire comme il y en a beaucoup chez les Guadeloupéens.

Au pied du volcan

Il suffit de rouler peu — il faut environ quatre heures pour parcourir la Guadeloupe d'un bout à l'autre — et de traverser le pont de la Gabarre vers Basse-Terre pour voir le territoire se métamorphoser. Le plateau sec et aride laisse place à un terrain accidenté, humide et verdoyant, dominé par le volcan de La Soufrière (1400 mètres). Ici les arbres sont hauts, le sol est plus meuble, la nature semble avoir fait son lit.

Les nuages s'accrochent souvent dans les hauteurs du volcan, laissant au passage des précipitations beaucoup plus abondantes que du côté de Grande-Terre. Basse-Terre plaira davantage aux amateurs de plein air, particulièrement les marcheurs. Pour le voyageur qui préférerait le soulier de marche à la sandale, il est d'ailleurs possible d'escalader le volcan — toujours actif —, et il existe plusieurs pistes selon l'endroit d'où vous débutez l'ascension.

Si vos mollets ne se contentent pas de la montée de La Soufrière, Basse-Terre comprend aussi un parc national protégé, qui saura peut-être achever l'épuisement de vos muscles. On y retrouve les Mamelles (pas celles du destin...), deux autres élévations d'un peu plus de 700 mètres. En famille, faites un détour par le Parc zoologique et botanique, situé en pleine forêt. Les plantes y sont nombreuses et presque toujours fleuries, tandis que les animaux sont plus discrets, à l'image de la faune et de la flore de la Guadeloupe. On vous prévient toutefois: l'animal vedette y est... le raton laveur! Le parc zoologique comprend par ailleurs une sorte d'« Arbre en arbre » permettant d'explorer la canopée.

Les pieds dans l'eau

Les précipitations et la dénivellation de Basse-Terre ont créé de nombreuses cascades, dont plusieurs très courues par les touristes, comme la Cascade aux Écrevisses ou la Cascade du Carbet. Pour avoir un peu de liberté et de silence, rabattez-vous sur des guides locaux, qui connaissent souvent quelques endroits merveilleux situés hors des sentiers battus. Vous aurez peut-être à jouer les Indiana Jones, mais l'éblouissement en vaudra l'effort supplémentaire.

Si votre élément naturel est l'eau, il faut ab-so-lu-ment vous rendre au grand cul-de-sac marin, entre les deux îles, pour explorer la mangrove. Véritable bouillon de vie, la mangrove est une zone entre mer et terre où poussent les palétuviers. Les pousses de cet arbre réussissent à s'ancrer dans la vase et finissent par créer de petites îles, paradis pour la faune aquatique et aérienne — les frégates y font d'ailleurs leurs jeux amoureux.

Votre soif de sport marin n'est pas encore rassasiée? La Guadeloupe a encore à vous offrir. Le département français englobe une série de petites îles et d'archipels, dont Les Saintes, véritable paradis terrestre. On peut y pratiquer plusieurs sports aquatiques, dont la plongée, ou simplement s'asseoir sur un bout de plage, ouvrir les yeux et se pincer pour bien s'assurer d'être encore sur Terre. La baie des Saintes se classe dans le peloton de tête des plus belles au monde. Vraiment, ici, y a pas de soucis.

En vrac

— Les « locaux » parlent très souvent créole entre eux, mais ils n'auront évidemment aucun problème à vous parler en français.

— La Guadeloupe connaît deux saisons. De janvier à juin, la saison touristique, il ne pleut presque pas, alors que de juillet à décembre, c'est la période des pluies et des ouragans.

— Les Guadeloupéens se couchent tôt et se lèvent tôt. Il y a toutefois une petite vie nocturne pour les fêtards, entre autres près de Gosier, où le stationnement de la marina est rempli jusqu'aux petites heures du matin. Sur la route entre Gosier et Pointe-à-Pitre, il est aussi difficile de manquer le bar Le Cheyenne, monté d'un gigantesque visage d'Indien à plumes et d'un gros gyrophare. Techno, hip-hop, r&b... pas très typique, mais l'endroit ferme aux alentours de 5h du matin.

— Pour visiter la mangrove, il est possible, chez Archipel Aventure, de louer des VTT des mers, un genre de pédalo adapté. Pour 65 euros (une trentaine pour les enfants), un guide vous fait passer toute la journée dans la mangrove, repas inclus. Un incontournable. www.archipel-aventure.com.

— Difficile de mettre les pieds en Guadeloupe et de ne pas prendre un peu de rhum, sous la forme d'un ti-punch (lime, rhum, sucre) qui cogne ou d'un rhum arrangé (rhum et fruits macérés), plus doux, mais plus traître...

— Air Canada propose un vol direct en basse saison, le samedi. En haute saison, il y a un vol supplémentaire le jeudi.

Notre journaliste s'est rendu en Guadeloupe à l'invitation de la Maison de la France au Canada.