France - Toulouse et le Sud-Ouest

Comment définir une merveille ? On peut frotter une lampe en espérant qu'un génie en sorte et satisfasse nos voeux. On peut partir, le coeur battant et une gerbe de fleurs à la main, à la rencontre de l'être aimé. On peut écumer tous les musées du monde. Ou s'éblouir en visitant les sites fabuleux de la planète, de la Terre de Feu à la muraille de Chine, des rues du Vieux-Prague à la place Djama'el-Fna de Marrakech au soleil couchant. Ou parcourir le Sud-Ouest de la France.

Vous prenez d'abord une carte de l'Hexagone. Vous y voyez deux villes, Toulouse et Perpignan. La première, sur la Garonne, c'est la ville rose, pour la pierre de ses immeubles. Et vous vous dites : Ah ! qu'il serait agréable de prendre un blanc devant le Capitole quand tombe le soir. Et vous pensez à l'église et au cloître des jacobins, joyau (le mot n'est pas vain) de l'art gothique languedocien, à la Fondation Bemberg et aux oeuvres d'art si particulières de ce musée privé. Vous vous dites : quelques jours par là, ce serait bien, non ?

Toulouse est une ville généreuse : elle vous offre ses venelles d'un autre âge, ses parcs et allées ombragées. Et elle ne s'en formalisera pas si vous prenez la clef des champs en vous dirigeant vers les quatre points cardinaux. Plus à l'ouest, par exemple, le Gers ponctue l'espace de douces collines toutes vertes tachetées des champs en culture. Vous y retiendront plus longtemps que prévu le canard apprêté de cent façons, l'armagnac qui caresse la gorge et le foie gras qui l'illumine. Condom, Auch, Lectoure : vous apprendrez sans peine à vous y attarder.

Si d'aventure le sud vous attire, vous irez vers les premières pentes de la Haute-Garonne, vers les replis montagneux de l'Ariège qui parfume son air au vent des Pyrénées. Peut-être, au fil des détours, croiserez-vous de petits villages apparemment sans histoire, tels Chein-Dessus ou Chein-Amont. Qui sait ? Y trouverez-vous des secrets parmi le chant des grillons et les maisons qui invitent au repos ?

Si vous poursuivez plus à l'est, vous atteindrez le pays cathare dont les citadelles « de vertige » évoquent un passé à la fois mystérieux et douloureux. Petit à petit, une autre vérité se fait maintenant autour de ces croyants si fermes dans leurs convictions qu'ils ont attisé les flammes des bûchers de l'Inquisition. Vous gravirez les pentes raides qui y mènent, l'esprit fasciné par une telle destinée... et les jambes quelque peu raidies par l'effort.

Trouverez-vous le temps de flâner à Foix et Mirepoix, à Castelnaudary et à Carcassonne ? De boire de la blanquette de Limoux ? De parcourir la campagne comme des papillons ? D'enfiler gorges et défilés qui vous mèneront vers Perpignan et la côte du Roussillon ?

Vous arriverez alors dans le pays catalan, à bien distinguer de l'Occitanie qui se termine avec les derniers crêts des Corbières, devant le fort de Salses construit comme une casemate qui constitua en son temps une révolution dans la construction militaire. Après avoir dégusté du rivesaltes au frais, vous suivrez la côte depuis l'étang de Bages jusqu'à Cerbère, à la frontière d'Espagne. Puis vous planterez vos pieds et vos orteils dans le sable doux de la côte dite « radieuse » qui s'étire jusqu'à Argelès.

Et vous verrez grossir les Pyrénées à l'horizon. Sifflerez-vous Trenet ? À Collioure, Port-Vendres, Banyuls-sur-Mer, à Cerbère aussi, c'est la Côte vermeille où rochers et galets habillent les criques et les anses. Vous y goûterez anchois, maury, banyuls et vins de pays. Vous entendrez un accent chantant et une langue catalane qui ne veut pas mourir. Et vous vous gaverez les yeux de merveilles.

Les fauves

En 1905, à la suggestion du peintre Signac, Henri Matisse et André Derain visitent Collioure, alors modeste port de pêche sur la côte catalane française. Sa lumière « blonde, dorée », sera une révélation pour ces « fauves » qui excluent les couleurs « imitatrices » et qui veulent obtenir « au moyen de la couleur pure des effets plus forts, voire violents, des réactions simultanées plus évidentes ». Depuis 1994, une vingtaine de reproductions ornent les murs et proposent de découvrir un « nouveau » Collioure grâce au Chemin du fauvisme. Une brochure couleurs est disponible.

Renseignements: Le chemin du fauvisme à Collioure, Espace Fauve, quai de l'Amirauté, 04 68 98 07 16/04 68 82 31 57 (télécopieur).

Un peu d'exercice
- Le canal du Midi, inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO, traverse le coeur de Toulouse. Une entreprise, Aqualude (au port Saint-Sauveur, 06 19 02 27 45), loue à la demi-heure comme à la journée des bateaux électriques — et silencieux ! — qui se pilotent sans permis. Les week-ends et jours fériés jusqu'à la fin juin et à partir de septembre ; tous les jours en juillet et août.
- Pour faire du vélo, voyez Holiday Bikes (il faut être en France pour avoir un nom pareil...) : 9, boulevard des Minimes, Toulouse, 05 34 25 79 62.

Vivre au soleil

Homme d'action et de réflexion, Albert Camus était aussi un enfant du Sud qui a toujours gardé intact le goût du grand air : «Quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j'aurai conscience, contre tous les préjugés, d'accomplir une vérité qui est celle du soleil» (Noces à Tipasa, 1937). À méditer au printemps...
- Le Phare (Port-Vendres) : devant le port où dansent des voiliers, ce petit restaurant sans prétention sert une cuisine des plus savoureuses. Arrosés de vin de Collioure, il faut y déguster le poisson du jour, les moules et calamars.
- Les Templiers (12, quai de l'Amirauté, Collioure, 04 68 98 31 10, www.hotel_templiers.com, info@hotel_templiers.com) : ce café-hôtel est une véritable institution où résidants et touristes viennent admirer les toiles (parfois de grands maîtres) qui tapissent ses murs.
- Al Fanal (Banyuls-sur-Mer, 04 68 88 00 81, www.al-fanal.com) : un accueil chaleureux, des produits frais, des plats largement au-dessus de la moyenne à des pris abordables... que demander de plus ?
- Établissements Roque (40, rue de la Démocratie, Collioure, 04 68 82 04 99/04 68 98 01 25 F, roque.collioure@wanadoo.fr) : déjà, dans l'Antiquité, on salait toutes sortes de poissons à Collioure. Un jour, Louis XI exempta ses habitants du droit de gabelle pour leur permettre de faire « molt i molt salures de poissons ». Avec la disparition des catalanes, ces barques effilées à leurs extrémités et au ventre rond, la pêche à l'anchois a quitté Collioure où il ne reste plus que trois maisons de salaison — dont celle-là — qui s'efforcent de perpétuer la tradition.
- Les Trois Lys (38, rue Gambetta, Condom, 05 62 28 33 33, www.lestroislys.com, hoteltroislys@wanadoo.fr) : des plats goûteux dans la tradition gasconne ; des chambres vastes et confortables.
- Le Colombier (14, rue Bayard, Toulouse, 05 61 62 40 05) : mon amie Françoise soutient que le cassoulet y est trois étoiles.

Renseignements
- Comité régional du tourisme Midi-Pyrénées, 54, boul. de l'Embouchure, BP 2166, 31022 Toulouse Cédex 2, (33) 5 61 13 55 02/5 61 47 17 16 (télécopieur).
- Comité départemental du tourisme des Pyrénées Orientales, 16, avenue des Palmiers, Perpignan 66005, (33) 4 68 51 52 82/4 68 51 52 79 (télécopieur).
- Maison de la France, 1981, ave McGill College, bureau 490, Montréal H3A 2W9, (514) 876-9881/845-4868 (télécopieur), www.franceguide.com, mfrancepresse@attcanada.net.