Cantons-de-l'Est - Des montagnes de plaisir

Vue du sommet du mont Orford. Une fois au sommet, les fanas de randonnée souhaiteront redescendre dans la vallée en empruntant le sentier des Crêtes pour un parcours de 7,2 kilomètres refait selon des principes écologiques.
Photo: Vue du sommet du mont Orford. Une fois au sommet, les fanas de randonnée souhaiteront redescendre dans la vallée en empruntant le sentier des Crêtes pour un parcours de 7,2 kilomètres refait selon des principes écologiques.

Peu importe qu'on ait la tête dans les étoiles au mont Mégantic ou qu'on parcoure la cime ou les forêts du mont Orford, les montagnes des Cantons-de-l'Est nous remplissent d'émotion, de joie et nous font faire de merveilleuses découvertes.

À 853 mètres d'altitude, le sommet du mont Orford offre une vue aérienne à nous donner des ailes avec, en toile de fond, le lac Memphrémagog qui s'étale en direction des États-Unis. Notre objectif est de redescendre dans la vallée,

530 mètres plus bas, en empruntant le sentier des Crêtes (une portion des Sentiers de l'Estrie). Un parcours de 7,2 kilomètres, totalement refait dans un souci d'intégration à l'environnement et de durabilité (l'ancien sentier présentait notamment des problèmes de drainage et d'érosion). Dans cette optique, les matériaux en bois ont été remplacés par des blocs de pierre bruts, pris à même le site. Le sentier nouvelle formule, ouvert en 2008, contourne le mont Alfred-DesRochers (poète, père de Clémence). Il a été déplacé plus à l'ouest sur 3,2 kilomètres et réaménagé sur le reste du parcours, offrant d'époustouflantes vues, notamment du haut du pic de l'Ours (740 mètres) et du pic de la Roche-Fendue (630 mètres) jusqu'aux montagnes du Vermont. Notre accompagnateur, François-Xavier Regnault, garde-parc patrouilleur, était responsable de ce projet de titan avec Gilbert Rioux, chargé de projets à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), organisme qui gère les parcs nationaux du Québec. Dans cette zone d'érablière à tilleul en bas, de bétulaie à sapin et de pessière noire en haut, fréquentée par l'urubu à tête rouge, le faucon pèlerin et la chouette rayée, il fallait aménager escaliers, murets et passages à gué, le tout avec des roches. Le parcours, très escarpé, reste difficile et réservé aux marcheurs aguerris. Il présente une succession de descentes et de montées raides, l'interminable escalier du Nord et, tout au long, d'énormes blocs qui obligent les petites femmes comme moi à faire des enjambées démesurées pour leurs gambettes! Compter de cinq à six heures de marche. On peut cependant faire une partie du sentier seulement, histoire de tâter le terrain, car c'est splendide!

Après une telle randonnée, les mollets meurtris et les gosiers assoiffés trouvent le refuge idéal, bien isolé dans la paix du sous-bois, du côté du secteur Le Mélèze. Une bière fraîche sortie du petit frigo alimenté à l'électricité, un réchaud et toute la vaisselle fournie, des meubles en teck, de vrais lits pour un sommeil réparateur et une table de pique-nique dehors. C'est le concept de camping grand confort en pleine forêt des tentes Huttopia, qui fleurissent, depuis l'an dernier, dans les parcs nationaux du Québec (on en trouve 12 ici). Et les moustiques et autres bestioles n'ont qu'à bien se tenir, une moustiquaire et une porte d'entrée rigide les gardent éloignés de nos rêves.

C'est donc totalement requinqués que nous partons le lendemain matin explorer en canot l'étang aux Cerises. Guide d'auto-interprétation en main, nous voilà embarqués pour deux à trois heures de découverte de la flore et de la faune du parc, grâce aux 10 bouées installées sur l'eau, chacune correspondant à un élément clé. D'après une légende abénakise, l'étang doit son nom aux fruits d'un immense cerisier planté sur les flancs du mont Orford, qui auraient dévalé la pente jusqu'à la rivière (l'étang artificiel date de 1956). Le grand héron qui niche tous les ans dans le parc vient y chercher la nourriture pour ses héronneaux, l'hirondelle bicolore et le tyran tritri y attrapent leurs proies au vol, tandis que la redoutable tortue serpentine se prélasse au soleil. D'étranges îlots attirent notre attention. Ils flottent! Pour en savoir plus, venez donc voir sur place.

Plus près des étoiles

En arrivant aux abords du mont Mégantic de nuit, subitement l'ambiance change. Le ciel est plus noir, les étoiles plus brillantes, l'éclairage des villes moins éblouissant. On vient d'entrer dans la Réserve internationale de ciel étoilé (RICE), qui couvre 5500 km2 autour du parc.

Un ambitieux projet réalisé entre 2003 et 2008 dans le but de réduire la pollution lumineuse «afin de préserver les activités de recherche, d'éducation et de tourisme en astronomie au mont Mégantic», souligne Chloé Legris, ingénieure qui a piloté la création de cette réserve jusqu'à présent unique au monde (un projet similaire démarre tout juste à l'Observatoire du pic du Midi, dans les Pyrénées, en France). Chloé et son équipe ont sensibilisé la population locale et créé un sentiment d'appartenance avec la fierté de participer à une oeuvre collective, tout en faisant des économies d'énergie. La pollution lumineuse dans le monde a doublé en 20 ans. Dans 97 % des villes, les étoiles ne sont plus visibles! Les éclairages urbains trop puissants et mal orientés créent un voile diffus dans le ciel. De l'aide financière a été accordée pour remplacer les ampoules au mercure à lumière blanche polluante par des ampoules au sodium à haute pression de plus faible intensité, à lumière jaune, et orienter les luminaires vers le sol. Dans un rayon de 50 kilomètres autour du parc, 17 municipalités participent à ce projet, qui a obtenu la certification de l'International Dark Sky Association (IDA), important organisme américain qui lutte contre la pollution lumineuse et défend les intérêts des observatoires. À 60 km de là, la Ville de Sherbrooke a emboîté le pas.

Car l'enjeu est de taille. Le parc national du Mont-Mégantic, créé en 1994, nous offre un cadeau unique: il nous ouvre toutes grandes les portes de l'Univers. Et après une visite ici, on se sent minuscules. Le voyage aux confins de l'infiniment grand commence à l'ASTROLab, par la projection du film Rythmes cosmiques, une oeuvre à savourer bien enfoncé dans son fauteuil sous peine d'attraper le vertige, en se laissant porter par des images d'une magnificence rare. Du mont Mégantic, on se promène à travers planètes et galaxies jusqu'aux confins de l'Univers observable. Notre galaxie, la Voie lactée, compte environ 200 milliards d'étoiles et l'on estime à 100 milliards le nombre de galaxies dans l'Univers. Autant dire que notre Terre est un simple grain de poussière. Quant à nous... De savants calculs ont été faits sur la base que le big-bang aurait eu lieu il y a 13,7 milliards d'années. Ce laps de temps a été ramené à une année. Sur cette échelle, l'homme serait apparu sur la Terre le 31 décembre à 23h59!

Après la visite des deux expositions de l'ASTROLab, Histoire et naissance du cosmos qui explique la théorie du big-bang et Du ciel étoilé à l'univers infini qui retrace l'évolution de notre conception de l'espace de nos ancêtres à nos jours, les télescopes nous tendent les bras. Le mont Mégantic compte trois observatoires. Le plus connu, l'Observatoire astronomique du sommet (dont la survie est menacée), possède le télescope le plus performant du Canada, avec un miroir de 1,6 mètre de diamètre. Ouvert en 1978, il est réservé aux scientifiques. Le public peut le visiter de jour et, de rares fois, y faire de l'observation de nuit. Mais en cette Année mondiale de l'astronomie, les occasions sont plus nombreuses (voir les renseignements pratiques). Deux observatoires sont réservés au public: au sommet, l'observatoire populaire de calibre professionnel, doté d'un concept multimédia unique au monde; au bas de la montagne, à l'ASTROLab, l'observatoire Vélan. «On est dans le premier parc national des étoiles!», dit Sébastien Giguère, responsable de l'éducation au parc du Mont-Mégantic. Alors, à nous l'Univers!

***

En vrac

Parc national du Mont-Orford, accueil Le Cerisier, 3321, chemin du Parc, canton d'Orford. 54 km2. Ouvert à l'année. Deux campings aménagés (470 emplacements), un ouvert jusqu'au 7 septembre, l'autre jusqu'au 12 octobre; deux campings rustiques (un ouvert en hiver, accessible en raquettes et en skis de fond); formule prêt à camper (quatre tentes-roulottes et 12 tentes Huttopia avec tout le matériel fourni, à proximité des services) jusqu'au 12 octobre; chalet Le Bowen et trois refuges ouverts à l'année. Activités de découverte jusqu'au 12 octobre (inscription requise pour la plupart). Pour renseignements: 819 843-9855; pour réservations pour un séjour: 1 800 665-6527 ou www.parcsquebec.com. La télécabine permet de monter au sommet du mont Orford ou de descendre (tous les jours jusqu'au 7 septembre, puis les vendredis, samedis et dimanches jusqu'au 12 octobre). Départ de la station de ski. 1 866 673-6731.

Parc national du Mont-Mégantic et ASTROLab, 189, route du Parc, Notre-Dame-des-Bois. 54,85 km2. Camping rustique (été et hiver); cinq refuges et quatre tentes de prospecteur à l'année; deux refuges sur les sommets en hiver. En cette Année mondiale de l'astronomie, une foule d'activités sont organisées à l'ASTROLab, ouvert jusqu'au 24 octobre. Réservation obligatoire pour les soirées d'astronomie (jusqu'au 5 septembre à l'Observatoire populaire. Possibilité exceptionnelle d'observation à l'Observatoire scientifique, pendant 12 samedis. Jusqu'au 24 octobre à l'Observatoire Vélan de l'ASTROLab). Pour information sur le parc et les visites de l'ASTROLab, les soirées d'astronomie, et pour réservations 1 800 665-6527, www.parcsquebec.com, www.astrolab.qc.ca, www.astrolab-parc-national-mont-megantic.org. Pour information sur la Réserve internationale de ciel étoilé (RICE): cliquer sur «Pollution lumineuse».

Centre de villégiature Jouvence, 131, chemin de Jouvence, Orford. Jouvence s'étend sur 180 acres dans le territoire du parc et possède 40 kilomètres de sentiers de randonnée. En pleine nature au bord du lac Stukely, on peut louer de très confortables chalets ou une adorable vieille chapelle anglicane aménagée pour six personnes, et prendre de délicieux repas dans la salle à manger La Crémaillère. Plus romantique, la Petite Auberge offre confort, relaxation et une table des plus gourmandes. Ouvert à l'année. Pour info: 1 800 567-3134 ou www.jouvence.com

Le Domaine des Montagnais, 206, chemin de la Forêt enchantée, Val-Racine. Sur 200 acres de terrain à flanc de colline au pied du mont Mégantic, location de chalets douillets en pleine forêt. Avec spa et restaurant Le Coffret de l'imagination qui propose aussi des plats à emporter au chalet. 1 877 657-4720 ou www.domainedesmontagnais.ca

Auberge Les Victorines du Lac, 1886, route 161 Sud, chemin Woburn, Lac-Mégantic. Une charmante auberge de campagne propice à la détente, membre du réseau de l'Hôtellerie champêtre. Splendide parc boisé au bord du lac Mégantic, 18 chambres douillettes, massothérapie, spa. Au restaurant, le chef Jason Paris concocte une cuisine santé, allégée et savoureuse. Canard, volaille, bison sont à l'honneur. Réservation requise 1 866 494-6904 ou www.victorines.qc.ca

Pour information sur la région: www.cantonsdelest.com