Colorado - La vie en vert à Boulder

Un ours bleu géant regarde à travers les fenêtres du Colorado Convention Center: une sculpture en acier et fibre de verre de 12 mètres de haut. À voir, en route vers Boulder.
Photo: Un ours bleu géant regarde à travers les fenêtres du Colorado Convention Center: une sculpture en acier et fibre de verre de 12 mètres de haut. À voir, en route vers Boulder.

Connaissez-vous beaucoup de villes sur la planète où les habitants s'acquittent d'une taxe sur les émissions de dioxyde de carbone et acceptent volontiers de payer des impôts pour avoir des espaces verts, des stationnements stictement réservés aux voitures hybrides et des conteneurs de produits à recycler sur leurs trottoirs? Bienvenue à Boulder, Colorado. Ici, on n'a pas attendu le plan de relance économique de Barack Obama et ses quelque 71 milliards consacrés à l'environnement pour montrer patte verte. C'est une tradition. Depuis 1898.

Boulder — Dans l'Embraer qui amorce sa descente, je colle mon visage au hublot pour mieux voir la montagne. Mais au sol, c'est la plaine qui tient la vedette. Le brun domine. Quelques touffes de verdure esquissent un paysage de Far West. Surprenant! Est-ce bien le vol sur Denver? Alors, où sont les Rocheuses? On les aperçoit enfin qui s'élèvent, net comme un mur. Ce qui frappe, c'est la façon dont la plaine cède carrément la place à la montagne.

À partir de l'aéroport international de Denver, la route file presque rectiligne jusqu'à Boulder, située au pied des montagnes. On compte une cinquantaine de minutes pour s'y rendre, une trentaine à partir de Denver.

Si le temps ne presse pas trop, un détour dans la capitale du Colorado, au Denver Museum of Nature & Science, permet de tester votre capacité à suivre une expédition en montagne. Votre corps tiendra-t-il le coup jusqu'au sommet du Mount Evans? C'est aussi dans ce musée qu'Obama a signé son plan de relance économique, en février dernier.

À 1650 mètres d'altitude, la petite ville de Boulder cultive l'art de vivre écolo depuis toujours. Tout commence au XIXe siècle par l'arrivée dans la région de miniers en quête d'or. Peu de temps après, ces pionniers étrangers fondent la Boulder City Town Company.

La petite ville voit le jour en 1859. À l'époque, le commerce ne s'effectue encore qu'entre les différentes villes minières des montagnes. La terre coûte très cher. Puis, l'année 1873 marque l'arrivée du chemin de fer reliant Boulder aux grandes villes américaines. Sept ans plus tard, la population a triplé.

Reconnue pour sa qualité de l'air et ses beaux paysages, Boulder se transforme petit à petit en centre de santé et de loisirs.

En 1896, un sanatorium voit le jour à Mapleton Hill. Le souci de protéger les espaces verts continue de coller à la peau des 6000 âmes tapies au pied des Flatirons. Une tradition qui se perpétue depuis que le chef Niwot, un Amérindien de la tribu des Arapaho, a transmis aux pionniers son amour pour la nature.

En 1898, la Ville fait l'acquisition d'une terre de 26 acres, le superbe Chautauqua Park. Et ses habitants sont les premiers du pays, en 1967, à voter une taxe de 0,4 % sur les ventes pour financer la création d'espaces verts.

Depuis, Boulder continue d'être à l'avant-garde de l'écologie. Elle est une sorte de laboratoire à l'écoute de l'environnement. Lorsqu'on entend parler, aux téléjournaux, de la détérioration de la couche d'ozone ou de la fonte anormale de la banquise, il y a de fortes chances que la nouvelle vienne de Boulder. Plusieurs laboratoires de recherche américains y ont établi leurs pénates. On y dénombre 3600 scientifiques qui font de la recherche dans le domaine de l'environnement, comme le National Center for Atmospheric Research (NCAR).

Avez-vous vu An Inconvenient Truth («Une vérité qui dérange»), ce documentaire qui traite de changements climatiques, en particulier du réchauffement planétaire? Ce film a valu à Al Gore le prix Nobel de la paix 2007. Grâce à leur travail au sein du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, une bonne douzaine de scientifiques du NCAR ont eu le privilège de partager le prestigieux prix avec l'ancien vice-président des États-Unis.

Dans l'espoir de mieux comprendre les enjeux climatiques, je me suis rendue au National Center for Atmospheric Research. L'édifice, conçu en 1967 par l'architecte d'origine chinoise I. M. Pei, surplombe l'extrémité sud de la ville.

Le musée présente des expositions sur les changements climatiques, le réchauffement de la planète, El Niño, la sécheresse, l'effet de serre... «Savez-vous que, pour obtenir une livre de boeuf, il faut 200 gallons d'eau et 2000 livres de grains?», demande Tim Barnes, guide au NCAR. Ah bon!

Le petit circuit d'interprétation Walter Orr Roberts qui porte sur la météo et le climat, à l'arrière du bâtment, complète bien la visite du laboratoire.

Ce qui suprend d'abord au NCAR, c'est qu'il n'y a aucune surveillance. «Un choix, explique Tim Barnes. L'endroit doit être accessible à tous. Le réchauffement global concerne tout le monde, on souhaite le plus de visiteurs possible.»

Le site qui est au coeur d'un réseau de randonnée pédestres en montagne attire 100 000 visiteurs par année, dont 80 000 arrivent à pied.

À Boulder, on roule à vélo, on marche, on mange bio, on a recours à l'énergie verte, on recycle. Tout le monde y met du sien. Le St Julien Hotel & Spa, au 900 Walnut Street, est sur la voie de devenir un hotel «zéro déchets». En septembre 2010, cet hébergement de luxe avec vue sur les Flatirons, à deux pas de la piste cyclable Boulder Creek Path, aura diminué ses ordures de 90 % , passant de 33 tonnes par mois en 2008 à 3,3 tonnes d'ici la fin de l'été. Qui dit mieux?

La long de Pearl Street, magasins et restaurants ont recours à l'énergie verte et recyclent. Comme le restaurant The Kitchen qui carbure à l'éolienne, recycle son huile de cuisine en biodiesel, achète local, redistribue la nourriture non cuite et les restes de bouteilles de vin à ses employés et nourrit les cochons avec les restants de table. Ainsi, les aliments retrouvent le chemin de la ferme d'où ils proviennent. Jusqu'au Wi-Fi, dans les cafés Internet, qui tourne grâce à des panneaux solaires.

La ville se targue d'un programme avant-gardiste de transport en commun et de mesures draconniennes anti-CO2. En 1989, le conseil municipal de Boulder lance «Go Boulder» qui lutte pour développer des programmes innovateurs en matière de transport. Leurs efforts portent fruits. Le nombre de passagers à emprunter les transports en commun dans la ville a augmenté de 200 % entre 1990 et 2007. Huit autobus hybrides, équipés d'un support à vélo, sillonnent maintenant la ville d'un bout à l'autre. Ils se nomment Jump, Hop, Skip, Leap, Bound, Dash, Bolt et Stampede.

L'Université du Colorado contribue aussi à l'ambiance festive de Boulder. Plus de 25 000 étudiants fréquentent le campus. La ville est un joyeux mélange d'intellos et de sportifs, d'obsédés et de gens cool. Impossible d'y habiter si on ne croit pas à la sauvegarde de la planète ou à la conservation des espaces naturels: 21 500 mètres carrés protégés autour de la ville, 480 kilomètres de pistes cyclables accessibles à Boulder, et cette fameuse taxe sur les émissions de dioxyde de carbonne pour inciter les rebelles à prendre le virage des énergies nouvelles.

Patagonia, Recreational Equipment Inc., Title Nine, Whole Foods, RockyMounts... Tous soutiennent à leur façon la planète. Certains d'entre eux misent sur l'architecture de leur magasin, d'autres sur commercial, un stationnement strictement réservé aux voitures hybrides.

Un séjour ici ne serait pas complet sans une visite chez Celestial Seasonings. Les amateurs de tisane connaissent sûrement cette entreprise qui a vu le jour en 1969 grâce à une bande de jeunes entrepreneurs passionnés, convaincus que la consommation de tisanes à base de plantes médicinales était le gage d'une vie saine. À l'origine, les herbes étaient cueillies dans les Rocheuses, plus exactement au Chautaugua Park, à Boulder. Le Sleepytime...vous connaissez?

Boulder n'est qu'à 30 minutes de Denver et à deux heures de route du fameux centre de ski Aspen. L'été, on y vient pour faire du vélo et de la randonnée en montagne, l'hiver, du ski et de la raquette, mais en tout temps pour se détendre. Chose certaine, Boulder est une expérience.

En vrac

-Pour faire de la randonnée en montagne: au Chautauqua Park, www.chautauqua.com.

-Pour louer un vélo: www.ubikes.com.

-À Boulder, le St Julien Hotel and Spa est une bonne adresse. Une très belle piscine permet de faire ses longueurs. L'hôtel offre aussi des vélos. L'endroit est très bien situé, face aux montagnes Flatirons, à deux pas du Boulder Creek Path, la principale artère cyclable de Boulder le long d'un ruisseau et à proximité aussi de la Pearl Street, une jolie rue commerciale avec de beaux magasins et de nombreux restaurants. www.stjulien.com.

-Le Boulderado est un très bel hôtel de charme reconnu pour son élégance victorienne. Il est membre du National Trust's Historic Hotels of America: www.boulderado.com.

- Au Jax Fish House, non seulement le chef Hosea Rosenberg fait partie des America's Top Chefs mais le restaurant carbure à 100 % à l'éolienne, les restants sont compostés et les contenants pour rapporter la nourriture sont à base de maïs et recyclables: www.jaxfishhouseboulder.com. The Kitchen: www.thekitchencafe.com. On va au restaurant de l'Hôtel Boulderado pour sa table, son choix de vins et son charme.

* Air Canada assure la liaison Montréal-Denver: www.aircanada.com.

* Colorado Tourism Office: 303 892-3885, www.colorado.com.

* Boulder Convention and Visitors Bureau: www.bouldercoloradousa.com.

* Go Boulder: http://www.bouldercolorado.gov/index.php?option=com_content&task=view&id=8774&Itemid=2973.

* National Center for Atmospheric Research (NCAR): www.eo.ucar.edu/visit.

* Celestial Seasonings Herbal Tea & Special Tea Products: www.celestialseasonings.com.

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Collaboratrice du Devoir

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- Notre journaliste était l'invitée du Colorado Tourism Office.