Échappée en Chaudière-Appalaches

Le plus long pont couvert du Québec, à Notre-Dame-des-Pins.
Photo: Le plus long pont couvert du Québec, à Notre-Dame-des-Pins.

Bucolique et verdoyante, la Beauce s'étend autour de la vallée de la rivière Chaudière, en direction des États-Unis. Sa voisine, les Etchemins, longe plus la frontière. Isolées des grands centres urbains, ces régions offrent toute l'authenticité des populations qui ont forgé leur histoire et un riche patrimoine.

Sainte-Marie — Ce sont des jésuites venus de Québec pour évangéliser les Abénakis du Maine qui, les premiers, remontent la rivère Chaudière, corridor naturel d'échanges en direction du sud. Ils s'établissent sur le site de l'actuelle Sainte-Marie en 1683. Dès 1736, les fils des colons de la côte de Beaupré s'installent et trois seigneuries sont concédées. Un des premiers seigneurs, Thomas-Jacques Taschereau, reçoit un domaine longeant la rivière sur 15 kilomètres. La région prend le nom de Nouvelle-Beauce en référence à une région de France d'où sont originaires les premiers colons.

Au fil des siècles, les populations qui façonnent l'identité de ce territoire laissent un important héritage architectural et culturel. À Sainte-Marie, la Corporation de développement touristique s'implique dans la restauration et la promotion du riche patrimoine de la ville. Le Baladeur mariverain, petit train rénové par Denis Maheu, de la corporation, qui guide le circuit de manière truculente et raconte histoires et anecdotes pittoresques, nous emmène découvrir ces lieux de mémoire. Depuis toujours, ici, on a l'esprit entrepreneur. Vu l'isolement, il n'y avait pas le choix. Industries et commerces se sont rapidement développés, dont le plus connu est la pâtisserie Vachon.

En 1923, Rose-Anna Giroux et son conjoint Joseph-Arcade Vachon créent une boulangerie qui connaîtra par la suite l'évolution que l'on sait. La maison Vachon, résidence des fondateurs devenue Centre d'interprétation, vient d'être restaurée. Y sont exposés des documents sur l'histoire de la famille, des objets d'époque et le plus vieux gâteau de noces au monde, conservé sous vide, datant de 1946! La rue Notre-Dame, artère principale, longe la rivière Chaudière. Comme ailleurs en ville, on ne compte plus les demeures patrimoniales, les jardins et pelouses impeccables et les érables de l'Amur, un arbre au feuillage splendide, emblème de la cité.

La maison Pierre-Lacroix (1821) est la seule demeure en pierres des champs encore existante en Beauce. Des activités consacrées à la transmission des métiers traditionnels et des expos d'artisanat s'y déroulent l'été. À côté, l'imposant manoir Taschereau (1809) est la maison natale d'un descendant du premier seigneur, le cardinal Elzéar-Alexandre Taschereau. La maison des demoiselles Giguère (début du XXe siècle), de style Empire, la maison Dupuis (1892), abritant le Musée des pionniers de l'aviation, le presbytère, la maison des Notaires (aujourd'hui un monastère), la chapelle seigneuriale Sainte-Anne et l'église Sainte-Marie s'inspirent de 31 styles architecturaux différents, influences des communautés française, anglaise, irlandaise, écossaise et américaine qui sont passées par ici.

Mémoire beauceronne

Parmi les premiers seigneurs de la Beauce, Joseph Fleury de la Gorgendière, riche négociant et père de 21 enfants, s'installe plus au sud et pose les fondations de Saint-Joseph-de-Beauce. En 1737, il fait construire une chapelle et un moulin à farine. Le Musée Marius-Barbeau, du nom du premier ethnologue au Canada (1883-1969), est installé dans un ancien couvent de jeunes filles. Il fait partie d'un ensemble de cinq bâtiments construits entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, classés monuments historiques, qui comprend l'orphelinat, l'école de garçons, le presbytère et la belle église.

La nouvelle exposition du musée, La Beauce - mythes et réalités, retrace l'ensemble des phénomènes identitaires beaucerons. Elle est répartie en neuf thèmes qui montrent l'importance du peuplement amérindien, de l'immigration, de l'agriculture, de la foresterie, les particularités architecturales, sans oublier les aspects militaire et politique. Avec l'omiprésence de la rivière Chaudière, fil conducteur géographique. Les vitrines regorgent d'objets anciens. Les Beaucerons auraient, paraît-il, du sucre dans le sang! La sériculture prend ici toute son importance. Dans les vitrines, on peut admirer plusieurs moules à sucre typiques de la région.

Le musée propose aussi une belle exposition sur la production de Céramique de Beauce, une entreprise ayant fonctionné jusqu'en 1990, et des expos temporaires.

Au sud de Saint-Joseph, à Notre-Dame-des-Pins, le pont Perrault, plus long pont couvert du Québec (deuxième du Canada), étire ses 151 mètres sur la rivière Chaudière. Construit en 1929, il a été restauré en 2003 et est accessible aux piétons et aux cyclistes. Une structure splendide, hélas juchée sur d'horribles piliers de béton! Premier ouvrage de 1928 ayant été emporté par la débâcle, le pont fut reconstruit sur des piliers plus hauts.

Autre beau site préservé: le moulin à farine Beaudoin, à Lac-Etchemin. La vieille bâtisse a été démollie et reconstruite à l'identique. C'est maintenant un centre culturel privé, le moulin La Lorraine, axé sur l'ouverture à la culture pour tous, avec ateliers, expos et découverte de la meunerie.

Dans cette région verdoyante, la nature est reine. Le parc des Sept Chutes, à Saint-Georges, une forêt urbaine comptant de nombreuses essences (pins bicentenaires, épinettes de Norvège, ormes d'Amérique, érables à Giguère...), s'étend sur 80 hectares. Parmi les divers sentiers de randonnée pédestre, celui des Gorges de la rivère Pozer, un affluent de la Chaudière, long de 2,8 kilomètres, offre d'exceptionnels points de vue.

Entre les légendes et la réalité

Commérages, diableries, histoires drôles... Passé la porte de l'exposition Contes et légendes de la Beauce, au Village des Défricheurs à Saint-Prosper, nous voilà catapultés dans un monde riche en couleurs et en émotions. Un véritable voyage sur les traces du diable, de la forêt de Sartignan, des stèles des hommes forts de la région, du raboteux, de la commère Lise, du braillard des fermes, du père Gédéon. Traditions rurales, corvée des colons, cycles des saisons, criée sur le parvis de l'église — le bulletin de nouvelles d'antan! —, toute une population, celle des premiers habitants de la Beauce et des Etchemins, avec ses moeurs et ses coutumes, revit dans cette expo à la mise en scène remarquable.

On peut passer une journée à remonter le temps au Village des Défricheurs, en plein bois. Des personnages de l'époque au bagout savoureux animent la visite des 12 bâtiments, certains d'origine et d'autres reconstitués, tous meublés d'objets anciens: forge à Makel, cordonnerie, bureau de poste, magasin général, grange. L'école de rang de Saint-Méthode, bâtie en 1910, a été transportée ici, comme la maison des Veilleux, une famille de 14 enfants. Napoléon, un jeune du pays à l'imagination débordante, aurait laissé en 1920 un journal trouvé récemment au fond d'un vieux fauteuil. Une histoire vraie, nous dit-on (le fauteuil et le manuscrit sont exposés au manoir). Ce document, qui parle d'étranges phénomènes observés dans la forêt, est à l'origine de la création de la Forêt légendaire. Un gigantesque jeu de piste où l'on part, en petits groupes, sur la trace des habitants qui hantent ces lieux. Plaisir garanti de 7 à 77 ans!

En vrac

-Restaurant Feuille d'érable, 242, rue rincipale, Vallée-Jonction. Le chef propriétaire, Jean-Claude Pajot, un Breton, s'est posé ici avec sa conjointe, Suzanne Gagné. À midi, au choix, repas léger ou table gourmande. Le soir, gastronomie française à base de fruits de mer, poissons ou boeuf, servie dans la salle à manger Jean-Claude de Nantes. Jean-Claude, charcutier de métier, vend dans sa boutique adjacente de délicieuses rillettes de porc, saucisses, boudins blancs ou mousses de foie de sa préparation. 418 253-6133. www.feuillederable.com.

-Bistro Don Camillo, 452, rang Chausse-Gros, Saint-Simon-les-Mines. Situé en plein bois, dans un décor champêtre, l'endroit garde le souvenir du curé Marcoux qui officia ici dans les années 1960. Originaires de Lombardie, Cinzia Giacobbo, chef de cuisine, Fabio Carlini et leur fils Riccardo ont transformé une petite chapelle en restaurant et offrent une authentique cuisine de l'Italie du Nord: pâtes fraîches, escalopes de veau, osso-bucco, gamberetti... Avec des tables d'hôtes aux noms évocateurs d'Inferno, de Purgatorio, de Paradiso, vive le péché de gourmandise! Ouvert le soir, du mercredi au samedi. Réservation requise. 418 774-3999. www.doncamillo.qc.ca.

-Maison Vinot, 11 525, 2e Avenue, Saint-Georges. Raymonde Poulin et Philippe Vinot accueillent leurs hôtes en amis dans cette maison ancestrale du secteur patrimonial. Un chaleureux gîte du passant, avec quatre chambres douillettes (salle de bain à partager) et une table aux saveurs du terroir, ouverte aussi aux non résidents. Au menu: volaille de Saint-Honoré, agneau de Saint-Philibert, bison de l'île d'Orléans, émeu de Charlevoix. Réservation requise. 418 227-5909. www.maisonvinot.com.

-Le Manoir Lac Etchemin, 1415, Route 277, Lac-Etchemin. Situé au bord du lac, ce lieu de villégiature compte 43 chambres. Au restaurant l'Euphorie, cuisine française et produits régionaux sont à l'honneur. Le Manoir participe au programme RéserVert créé par l'Association des hôteliers du Québec et axé sur le développement durable et la réduction de l'impact négatif de l'activité sur l'environnement. 1 800 463-8489. www.manoirlacetchemin.com.

-Circuit patrimonial guidé de Sainte-Marie en petit train. En fonction du début juin à l'Action de grâce. Horaire variable. Circuit pédestre non guidé (dépliant vendu à la Maison du tourisme). 1 866 389-3233. www.ville.sainte-marie.qc.ca.

-Le Forgeron d'or, économusée de la bijouterie-joaillerie, 3487, avenue Marguerite-Bourgeoys, Sainte-Marie. Créations originales. Fermé le dimanche. 418 387-4445.

-Musée Marius-Barbeau, 139, rue Sainte-Christine, Saint-Joseph-de-Beauce. Ouvert à l'année. Horaire variable. Circuit pédestre de la Gorgendière (guide vendu au musée). 418 397-4039. www.museemariusbarbeau.com.

-Parc municipal des Sept-Chutes, 49e Rue Ouest, Saint-Georges. Ouvert de mi-mai à la fête du travail. Entrée gratuite. (418) 228-8125.

-Village des Défricheurs et Forêt légendaire, 3821, Route 204, Saint-Prosper. Ouvert du 20 juin au 13 septembre. Horaire variable. Personnages en costumes d'époque. Animations. 1 866 594-6009. www.village-des-defricheurs.qc.ca.

-Moulin La Lorraine, 1286, Route 277, Lac-Etchemin. Fermé lundi et mardi, et de la mi-décembre à la fin de janvier. 418 625-4402. www.moulinlalorraine.ca.

-IRenseignements: www.chaudiereappalaches.com, www.destinationbeauce.com; www.tourismeetchemins.qc.ca.

***

Collaboration spéciale