San Luis Potosi la secrète

Le clocher du temple de San Martin Caballero de la ville de San Martin Chalchicuatla, situé dans la Huasteca Potosina.
Photo: Le clocher du temple de San Martin Caballero de la ville de San Martin Chalchicuatla, situé dans la Huasteca Potosina.

À des heures des plages qui font que le Mexique est tant prisé, il y a, au coeur du pays, San Luis Potosi, ville mais aussi État mexicain éponyme qui s'étend sur des kilomètres de richesses culturelles et de surprises naturelles.

San Luis Potosi — Arrêt d'abord à San Luis Potosi, la capitale de la région. Perchée dans les montagnes, à six heures de route de la ville de Mexico, ses portes s'ouvrent sur une rebutante zone industrielle. Parmi les nombreuses usines, on ne s'étonne pas d'apercevoir un entrepôt de pneus bordant la route. Rien ne laisse présager la ville coloniale que l'on découvrira.

Suffit de mettre de côté la folle envie de rebrousser chemin pour s'enfoncer plus à l'est dans la région, vers les climats plus chaleureux du golfe du Mexique, pour permettre à San Luis Potosi de nous dévoiler ce qu'elle garde secrètement. Et le «Potosi» de San Luis, qui fait référence à son passé minier ainsi qu'aux mines de Bolivie, signifie «grande richesse», après tout.

Une fois qu'on se dirige vers son centre historique, la capitale devient soudainement invitante. Les églises tendent leurs clochers vers le ciel, comme si elles levaient les bras en l'air pour attirer notre attention. Comme pour ne pas qu'on les oublie dans les méandres industriels de la contrée.

À la lecture, les guides de voyage nous cantonnent dans ce centre que l'on visite en une journée. Au sein d'à peine un kilomètre de circonférence, c'est là que loge une grande partie de la richesse culturelle de la ville, dans ses musées, son palais de justice, ses places décorées d'arbres et de fontaines, certes, mais surtout dans ses splendides églises, témoins du catholicisme pratiqué au pays. Parmi celles-ci, on compte la chapelle Aranzazu, au second étage du Museo regional Potosino, un chef-d'oeuvre de l'art churrigueresque (pour les non-initiés, le terme caractérise le baroque surchargé typique à l'architecture espagnole au XVIIIe siècle) dont les murs sont peints de pétillantes couleurs pastel bordées d'or. Un fort joli écrin.

Le centre historique accueille aussi la Catedral, toute de pierre rose construite, dont la touche finale a été posée au XVIIe siècle, et le Templo del Carmen à l'architecture chargée d'ornements. Ces deux dernières servaient cette année de théâtre à la Fiesta de Luz, un festival célébrant la lumière. En soirée, des projecteurs illuminaient leur façade, dans un fascinant spectacle religieux sur une trame sonore classique.

Ces dernières années, San Luis Potosi a nettoyé son centre historique puis l'a paré de lumières; grâce à ces rénovations, la ville a pu rejoindre la sélecte communauté du Lighting Urban Community International (LUCI), qui compte également Montréal dans ses rangs.

Si l'on s'aventure à l'extérieur du rassurant périmètre du quartier historique et qu'on détourne notre regard de l'architecture des bâtiments, là, on voit vraiment.

On voit les gens emmitouflés dans leur manteau d'hiver, parce que dans les montagnes, en novembre, aussi mexicaines soient-elles, la température n'est pas très éloignée de nos froids automnaux québécois.

On croise sur le bord des routes des squeegees vendeurs d'oranges, on goûte à la peau de porc marinée dans un bar, on s'arrête pour regarder des autruches dans le parc Tangamanga, on aperçoit les perroquets accrochés aux arbres sur la route vers le Centro de las artes.

Un incontournable, d'ailleurs, que ce lieu d'expositions, tout récent, né de la restauration d'une ancienne prison. Chaque cachot divulgue les sculptures, les toiles, les dessins, les performances d'artistes mexicains, et une visite tardive dans les jardins du centre des arts, une fois le soleil couché, révèle encore une fois le souci des habitants dans l'illumination de leur cité aux secrets si bien gardés.

La route entre Mexico et la ville de San Luis Potosi dévoile une région aride à la terre rougeâtre et clairsemée de cactus. Ce n'est qu'une fois passé la capitale que le paysage s'enrichit drastiquement. Le chemin en direction de Ciudad Valles, troisième ville en importance de l'État de San Luis Potosi — et, d'après nos informations, le seul pied-à-terre où l'on peut dénicher un hébergement potable dans le coin —, se trouve jalonné (en octobre) de zempaxuchitl, des fleurs orangées typiques à la Fête des morts, tandis que la forêt tropicale couvre les montagnes nues.

Cheminer sur ses sentiers met en exergue toutes les beautés de la région. Par ces ânes attachés contre un arbrisseau à deux mètres de la route, ces poules en liberté — susceptibles de finir leur vie autant sous le pneu d'un camion que dans un festin des tamales —, par ces casse-croûte qui peuplent le pourtour du bitume et devant lesquels des Mexicains regardent les voitures défiler sous les brûlants rayons du soleil.

Et beaucoup par les sites naturels où il faut se faire un devoir de s'arrêter.

À l'opposé de San Luis Potosi, la ville, la Huasteca Potosinas est une station de plein air luxuriante grâce à son climat tropical, qui ne manque pas de nous fouetter le visage une fois débarqués du véhicule climatisé.

Un passage à Tamasopo

L'aspect sauvage de la région transparaît lors d'un passage à Tamasopo. La municipalité bâtit sa renommée sur ses cascades, les vedettes du parc aménagé pour accueillir les campeurs. Un aménagement toutefois assez rustique, histoire de ne pas trop abîmer ce coin de paradis.

À quelques heures de là, près d'Aquismòn, réside le Sótano de las Golondrinas, un abîme d'un demi-kilomètre de profondeur hébergeant des milliers d'hirondelles, de perruches et de martinets qui, avant la tombée de la nuit, retournent au fond de leur caverne dans un ballet aérien des plus saisissants.

Il y a aussi la communauté autochtone de Tamaleton, à Tancanhuitz de Santos, qui ouvre son minuscule village aux touristes pour présenter sa cérémonie typique liée aux récoltes.

Le plus étonnant, c'est de voir ces hommes vêtus de costumes traditionnels qui s'élancent du haut d'un mince poteau de bois et qui tournoient dans les airs, ainsi suspendus entre ciel et terre, entre le monde des vivants et celui des ancêtres.

Alors que San Luis Potosi, la ville, séduit par ses charmes architecturaux, la Huasteca Potosinas appâte un tout autre type de touristes avec son empire verdoyant.

Un État à deux visages, qui meurt d'envie de dévoiler ses charmes mais qui, à défaut de les exposer, laisse aux intrépides le soin d'en faire les haltes les plus improbables.

En vrac

- Les familles aimeront sûrement s'arrêter au labyrinthe des sciences et des arts dans la ville de San Luis Potosi. Plusieurs thématiques scientifiques y sont explorées, des cieux jusqu'à l'environnement. Les animateurs sont nombreux et la plupart parlent anglais, ce qui compense pour les explications écrites qui, elles, sont uniquement en espagnol.

- Si on parvient à se faire comprendre en anglais à San Luis Potosi, il en est autrement en région. Se doter d'un livre de conversation est fort utile et exceller en mime peut être d'un grand secours. On ne se gêne pas, la population est curieuse et fort sympathique.

- Les informations sur l'État ne pleuvent pas dans les guides. Autant dans le Routard et le Lonely Planet que dans le Geo, quelques feuillets lui sont réservés et ils ne s'attardent qu'à sa capitale. La meilleure option, pour mieux connaître la région, demeure le site officiel: www.visitasanluispotosi.com.

- Le Country Inn & Suites est le plus gros hôtel de Ciudad Valles. Il offre un buffet déjeuner typiquement mexicain, une cuisine surprenante pour une chaîne d'hôtel. % 52 481 3828300, www.countryinns.com/ciudaddevallesmx.

- Il n'y a pas de vol direct Montréal-San Luis Potosi. Il faut faire au minimum une escale à Mexico avant de prendre un second vol d'une heure vers San Luis Potosi.