Un morcellement d'identités régionales

Le tramway aérien de Medellin, en Colombie.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le tramway aérien de Medellin, en Colombie.

La Colombie n'a pas bonne réputation, mais elle se soigne! Depuis des lustres, la démocratie a des problèmes avec la corruption à plusieurs étages, la guérilla sur plusieurs niveaux, la drogue avec plusieurs cartels, la pauvreté dans plusieurs villages et un taux de mortalité élevé chez plusieurs Indiens.

D'enlèvements en attentats, de croyances mystiques en délires chrétiens, de soumissions en soulèvements, d'or en émeraude, de Caraïbes en Amazonie, d'amour en eau pas toujours fraîche, la Colombie continue d'exister dans sa fierté, ses lacunes et son devenir.

Un devenir qui, comme son passé, ne lui appartient pas tout à fait... Si les Espagnols ont jadis fait subir l'Inquisition et le fouet de Madrid aux Indiens et aux peones du coin, il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui, la Colombie, qui a gagné ses galons d'État indépendant, se retrouve encore un peu coincée entre sa politique et celle des puissances extérieures qui ont plutôt l'art d'oublier l'homme et sa famille.

Durant des années, les Américains ont privilégié les hommes musclés du gouvernement pour ne pas y voir apparaître un régime communiste. Pendant ce temps, les Russes armaient des guérilleros qui trouvaient dans la symbolique marxiste de longues litanies qui aidaient à endormir les enfants des montagnes. Un mur de Berlin plus tard, les Russes arrêtèrent leurs poèmes. Les guérilleros trouvèrent dans la drogue le moyen d'encore mieux vivre, une subvention de remplacement. La drogue qu'ils s'empressèrent de revendre aux États-Unis, lesquels tirent aujourd'hui toutes les ficelles et mènent une politique plutôt douce dans le combat antidrogue.

Viennent également les groupes paramilitaires et des politiques qui, pour certains, ont peur, et pour d'autres, ne veulent pas perdre leurs privilèges.

Les partis colombiens sont d'étranges machines menées par l'oligarchie, mais ouvertes aux forces sociales. Point de réel programme. Tour à tour, conservateurs et libéraux déclinent les mêmes conversaciónes de caballeros (discussions entre bonnes gens). Gabriel García Márquez, dans son roman Chronique d'une mort annoncée, écrivait: «Les conservateurs (los godos) vont à la messe de 5h, les libéraux (los cachiporos) vont à l'église à 7h.»

Les Colombiens veulent aujourd'hui que l'État joue son rôle pour effectuer les réformes nécessaires et ramener la paix. Il y a quelques années, 13 millions d'entre eux étaient descendus dans la rue habillés de blanc pour soutenir la paix et dire non aux meurtres et aux attentats.

Le présiden Uribe a commencé à tirer sur tout ce qui ressemblait aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et sur l'armée de libération nationale (ELN). Cela a donné la mort des têtes des FARC et la sortie d'Ingrid Betancourt, otage de longue date et symbole de l'espoir en brousse.

Le président Uribe est pourtant, en Colombie, un des seuls à être optimiste quant à l'avenir, voulant financer une politique qui vise à renforcer les forces armées, la justice, les investissements sociaux et les cultures de substitution de la coca (en vendant aux Chinois des terres où on ferait pousser du maïs ou du soja).

Mais la route est longue et, si la Colombie est un vrai pays, c'est aussi un morcellement d'identités régionales où le métissage est intense. Il existe un fort patriotisme provincial, apparemment en contradiction avec le sentiment national.

On y entend des choses comme celle-ci (dans un bar de Medellín, à la tombée de la nuit): «Lorsqu'on a le choix entre prendre une balle dans la tête en restant pauvre au nom des principes et s'enrichir en vivant plus vieux, qui choisit la première solution?» Dans une autre conversation, de salon cette fois, sur une plage au large de Carthagène, un officiel me déclarait que la tendance politique la plus forte au pays se nomme «pessimisme modéré»...

La seule crainte qui me tenaille toujours l'esprit en Colombie, c'est de me retrouver vraiment dans les interstices du roman de García Márquez, Cent ans de solitude, puis d'errer dans des villages et parmi des fantômes qui ressembleraient à celui de Macondo...

Toutes ces craintes viennent des brèves dans les journaux, des 30 secondes incendiaires des bulletins de nouvelles à la radio et à la télévision, et de la lecture trop intensive des Prix Nobel de littérature...Car, une fois sur place, en dehors de Bogotá qui se paye quelques attentats et qui est très prétentieuse, on retrouve une bonne vingtaine de pays en un.

Medellín et Cali sont des villes de province charmantes qui donnent dans l'orchidée et la rose et il n'est pas nécessaire de connaître le CV complet des propriétaires des villas de luxe pour les apprécier visuellement.

Du côté de l'Amazonie, qu'on ne peut vraiment atteindre qu'en avion, on est en présence de villages habités par des paysans qui n'ont pas vraiment l'air de s'amuser. Des peuples désabusés ou simplement occupés à réparer leurs filets sur le fleuve-roi, l'Amazone. Les Indiens du coin, les Yaguas, ont découvert depuis quelque temps les retombées que peut fournir le touriste curieux.

Les voyagistes de Bogotá organisent vers leurs villages, proches de Leticia, des raids «kodakisés» pour assister à une parade de perroquets apprivoisés par les Yaguas, qui, comme tous les Indiens de la forêt, se teignent le visage en rouge avec un extrait végétal, le roucou. Ainsi, grâce à de bonnes photos, on peut se rappeler que les hommes et les oiseaux rivalisent de couleurs!

Quand on arrive à Carthagène, on se surprend à découvrir les Miss de l'année: Miss Colombia pour le concours du plus beau col, Miss Zébu pour le concours agricole, Miss Scampi pour le concours piscicole et Miss Orchidée pour la parade des fleurs.

Carthagène et son passé glorieux

Les conquistadores se crurent arrivés aux portes du paradis et de la fortune en voyant que les habitants se paraient de bijoux en or. Après avoir trucidé tout ce qui brillait, ils y fondèrent le port, d'où appareillaient les galions chargés des trésors des Indiens. Cartagena de Indias devint le bastion des possessions espagnoles du Nouveau Monde et se reposa pendant des décennies sur son tas d'or. Après quelque cinq siècles d'histoire vivifiante et de piraterie ambiante, il reste à Carthagène les couleurs des édifices coloniaux, les ruelles et leurs balcons, ainsi que la forteresse San Felippe de Barajas, qui a une légende plutôt ibérico-délirante.

On dit que les moellons de la forteresse furent assemblés avec un ciment auquel on aurait ajouté du sang de taureau, de quelques vierges égarées et d'autochtones qui n'arrivaient pas encore à croire à la félicité vantée par des missionnaires n'ayant pas encore inventé la position désormais célèbre. Carthagène se vit aussi beaucoup la nuit avec ses restos branchés, les jardins intérieurs d'hôtels luxueux qui se parfument de musique classique ou de chants folkloriques assez délicieux.

À Carthagène, les plages n'ont rien de sublime et sont au bord de la route, mais il est facile de prendre un bateau et de se rendre sur l'une des très nombreuses îles qui jouxtent la baie, avec sable blanc garanti, cocotiers et eaux turquoises. Mais à partir de là, il reste 1600 kilomètres de frange côtière jusqu'à Santa Marta, qui offre trois avantages: la plage, l'esprit colonial et les hauteurs de la Sierra Nevada. Seule ombre au tableau: la construction façon Miami sur la plage du Rodadero.

Les mêmes délires de bacs à sable se retrouvent également du côté de San Andrés, une île dans la mer des Caraïbes qui fait dans les plages bordées d'hôtels, les fonds coralliens, la pêche au gros et le farniente du côté de Providence, où la vie s'est arrêtée avec les rastas, le reggae,et toutes les sortes d'herbes odorantes et de substances hallucinogènes. C'est le seul endroit que je connaisse au monde où mon poisson a été grillé à la marijuana! Cela rend le poisson beaucoup plus sec et moins facile à découper...

Et partout, on trouve l'un des meilleurs cafés du monde, l'arabica de Colombie, suave, souvent cultivé à l'ombre des bananiers, sur les versants des Andes, à une altitude qui varie de 1200 à 1800 mètres, en plus du plaisir de se retrouver, le regard écartelé dans les étoiles, à siroter un verre d'aguardiente, le plus local des digestifs, un violent alcool de canne à sucre.

En vrac

-Deux très bons restaurants à Carthagène: La Vitrola (fine cuisine locale et cave à vins impressionnante), et le San Pedro, juste en face de la cathédrale (terrasse dans le mirador et vue sur l'architecture ambiante), avec son menu qui fait aussi bien dans le sushi que le poulet au coco ou le poisson a la plancha.

-Aux alentours de Carthagène, il est possible de rester sur des îles pratiquement désertes où les unités hôtelières sont souvent des villas très simples, sans air climatisé ni ventilation. Plages privées dans certains cas. Certaines îles ont également une maison avec trois cocotiers, sans électricité, et des poissons et des fruits apportés par les pêcheurs locaux. Par exemple, l'Isla Pirata: trois jours-deux nuits pour 159 $US; l'Isla Media Naranja: un jour-deux nuits pour 100 $US; l'Isla del Sol: trois jours-deux nuits pour 171 $US. Les villas en solitaire se louent à partir de 600 $US la semaine selon la grandeur et le degré de confort. 665 130, 665 4560; 665 2327 (télécopieur); contactos@ctgred.net.co.

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Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • Zully Liliana Pasaje - Inscrite 10 février 2009 19 h 27

    Un morcellement d'identités régionales (Pas tout à fait d'accord avec cette article)

    Je suis vraiment déçue, que des gens comme vous avec bcp des études et expérience écrive n'importe quel chose sur la Colombie, il vous manque bcp de recherche sur ce qui est en vraie la Colombie maintenant, on est vraiment fatiguées des gens comme vous que parlent n'importe quel chose, et que toujours publient seulement les mauvaises aspects, je pense que vous devriez faire plus de recherche et écrire et relever des aspects positifs parce que de ça il y en' ai beaucoup plus que les mauvaises choses. Je dois vous dire que c'est très humiliant et despectif la façon dont vous parlez de nous.. On va se prononcer sur ça, parce que nous les colombiens, méritons de respect.
    Vous avez fait une chose pareil tels que les gens qu'ont parlé de la Colombie dans le film Ms & Mrs Smith qui ont montre des images décevant de ce qui était Bogota et on parlé comment ils ont voulu, c'est décevant que encore dans plein siècle xxi avec la globalisation et avec tout l'information sur internet une telle chose pareil arrive. Bogota et Cartagena sont des villes très très Jolies, très grands, et cosmopolites et la température de Bogota est froide et pas chaud comme sors dans le film.
    Ce genre choses font que les gens partout au monde perdent la crédibilité aux magasines, aux écrivains et aux journalistes comme vous..

    Zully Liliana P

  • Zully Liliana Pasaje - Inscrite 10 février 2009 19 h 29

    Un morcellement d'identités régionales

    Je suis vraiment déçue, que des gens comme vous avec bcp des études et expérience écrive n'importe quel chose sur la Colombie, il vous manque bcp de recherche sur ce qui est en vraie la Colombie maintenant, on est vraiment fatiguées des gens comme vous que parlent n'importe quel chose, et que toujours publient seulement les mauvaises aspects, je pense que vous devriez faire plus de recherche et écrire et relever des aspects positifs parce que de ça il y en' ai beaucoup plus que les mauvaises choses. Je dois vous dire que c'est très humiliant et despectif la façon dont vous parlez de nous.. On va se prononcer sur ça, parce que nous les colombiens, méritons de respect.
    Vous avez fait une chose pareil tels que les gens qu'ont parlé de la Colombie dans le film Ms & Mrs Smith qui ont montre des images décevant de ce qui était Bogota et on parlé comment ils ont voulu, c'est décevant que encore dans plein siècle xxi avec la globalisation et avec tout l'information sur internet une telle chose pareil arrive. Bogota et Cartagena sont des villes très très Jolies, très grands, et cosmopolites et la température de Bogota est froide et pas chaud comme sors dans le film.
    Ce genre choses font que les gens partout au monde perdent la crédibilité aux magasines, aux écrivains et aux journalistes comme vous..

    Zully Liliana P

  • Elizabeth Lopez - Inscrite 12 février 2009 00 h 59

    Toute une famille choquée

    Voici la réponse de mon mari (qui connait bien la Colombie) pendant qu'il lisait :
    «Mais quel con!!... C'est une honte!!... C'est d'un ton méprisant sans pareil!!... Il faut lui dire : "Mon pauvre ami, apprenez l'humilité et retournez faire un voyage en Colombie, vous en sortirez grandi "... C'est comme une lettre écrite par un adolescent à ses parents!! Il se veut subtile, mais c'est fait avec une grossièreté d'ignorant... Il a pris un fusil à merde et il a tiré partout!! C'est fait par un vaniteux. La vanité, c'est s'inventer des qualités qu'on n'a pas et oser les étaler... C'est affligeant, prétende attirer des touristes en faisant une peinture aussi méprisante ... Désagréable, ironique, sarcastique dans le choix des mots... C'est grossier... C'est insultant!!»
    Mon fils, un étudiant à l'université, estime sur un ton plus doux que votre article n'a rien à faire dans une rubrique sur le tourisme. «L'auteur, dit-il, me fait penser à ces personnes qui passent deux semaines dans un pays et qui reviennent en prétendant le connaître. Leurs conclusions se résument souvent plus à des confirmations de clichés populaires, c'est-à-dire à déclarer au bout du compte que les Colombiens trempent dans la corruption, dans la drogue, etc.» Finalement, il reproche à votre article un manque flagrant de structure, de concentration de votre part sur UN sujet. Bref, il reconnaît lui aussi l'ignorance évidente d'un auteur qui étale sa culture comme de la confiture (n'est-ce pas?...).
    Quant à moi, je déplore le vide de vos paroles pour parler de mon pays. Vous ne semblez pas avoir réfléchi pendant la rédaction de votre article. Vous y laissez plutôt entrevoir votre propre malaise, vos propres «délires» comme vous vous plaisez tant à les appeler. Il ne vous faudrait qu'en savoir davantage sur la Colombie, mais votre comportement est simplement répugnant. Peut être alors que Le Devoir devrait réviser le choix de ses journalistes pour mieux réussir.