La fascinante cacophonie du Caire

On peut se promener partout dans Le Caire, sur les grandes artères comme dans les ruelles, sans jamais ressentir ni peur ni malaise.
Photo: On peut se promener partout dans Le Caire, sur les grandes artères comme dans les ruelles, sans jamais ressentir ni peur ni malaise.

4h30 du matin. L'appel à la prière des muezzins se mêle aux premiers coups de klaxon. Il fait encore nuit noire, mais Le Caire se réveille. Bientôt, les quelque 20 millions d'habitants de cette mégalopole tentaculaire vont envahir les sharias (rues) et des millions de véhicules vont péniblement tenter de se frayer un chemin dans une assourdissante cacophonie de klaxons. Parce que au Caire, on conduit sans phares et sans clignotants, mais toujours avec le klaxon.

Oink, oink, je te dépasse à droite! Bip, bip, je te coupe par la gauche! Pouet, pouet, attention, j'arrive! À travers cet embouteillage perpétuel, les piétons traversent un peu n'importe où, comptant sur Allah ou sur leur bonne étoile pour les protéger. Apprendre à traverser les rues sans se faire happer est d'ailleurs le premier défi qui s'impose aux touristes en arrivant au Caire. Une fois cet art maîtrisé, on peut partir à la découverte de cette ville fascinante sans aucune crainte.

Parce que les Cairotes, comme les Égyptiens en général d'ailleurs, sont très accueillants... du moins lorsqu'ils n'ont rien à nous vendre. Autant ils peuvent être harcelants lorsqu'ils flairent le client potentiel, autant ils sont ouverts et polis en toute autre circonstance.

On peut donc se promener partout dans la ville, sur les grandes artères comme dans les ruelles, sans jamais ressentir ni peur ni malaise. Il suffit d'être respectueux des gens et de leur culture et d'éviter de les photographier sans leur permission. Ce qui ne nous empêche nullement de capter des images saisissantes d'un univers où se côtoient modernité et traditions millénaires.

Par exemple, ce troupeau de moutons qui rentre au bercail, traversant les rues entre les voitures qui klaxonnent de plus belle. Ou ces marchés de fruits et de légumes qui regorgent de produits locaux: dates, mangues, raisins, choux-fleurs, tomates, courgettes, etc.

Mais ce qui nous frappe surtout, ce sont les gens, chaleureux et souriants. Comme ces femmes qui célèbrent un événement heureux avec des youyous sonores et qui nous invitent à nous joindre à elles. Ces enfants qui nous saluent avec des sourires et des «Hello!». Ou ces hommes dont la seule occupation semble être de fumer le narguilé et de boire du thé, qui nous lancent des «Salaam aleikoum» et des «Where are you from?» lorsque nous passons près d'eux. C'est en se promenant à pied dans les rues et les ruelles du Caire qu'on prend véritablement le pouls de cette ville captivante et bordélique.

Taxi!

Lorsqu'on désire s'éloigner du centre-ville, il suffit de prendre un taxi. Omniprésents, les taxis noirs et blancs du Caire sont en général de vieilles bagnoles déglinguées qui semblent tenir ensemble avec de la ficelle et des prières! Pas très rassurant, mais pratique et peu coûteux! Et comme la plupart des chauffeurs baragouinent un minimum d'anglais, ils peuvent servir de guides et d'interprètes si nécessaire.

C'est donc en taxi que nous découvrons la Cité des morts, le plus grand cimetière du Caire, où les vivants sont plus nombreux que les défunts. En effet, la plupart des caveaux de famille qui s'y trouvent sont surmontés d'une pièce fermée où les parents viennent prier pour les défunts; depuis longtemps, ces sanctuaires ont été transformés en maisons par des gens qui n'avaient pas les moyens de se loger ailleurs.

Aujourd'hui, ils sont plus de deux millions à cohabiter avec les morts dans cet immense bidonville où l'on trouve commerces, école et dispensaire. Pendant que les enfants courent autour des tombeaux, les hommes boivent le thé et les femmes font la lessive autour des robinets publics. Comme quoi la vie s'organise partout.

Encore plus déstabilisant pour le visiteur occidental: le quartier des chiffonniers, qui est en fait le dépotoir municipal du Caire. Pourquoi visiter un dépotoir? D'une part parce qu'il faut passer par là pour voir les églises du Mokkatam creusées dans une montagne qui domine la ville. D'autre part parce que c'est tout simplement hallucinant! Si les toits et les ruelles du Caire servent de dépotoirs non officiels pour la grande majorité de ses habitants, c'est ici que les chiffonniers déposent les déchets de ceux qui ont les moyens de s'offrir ce service. Chaque semaine, ils collectent ainsi des tonnes d'ordures qu'ils trient pour revendre ce qui peut être recyclé.

Entre les montagnes de déchets qui s'empilent dans les rues, la vie se déroule comme partout ailleurs au Caire, cacophonique et pleine de contrastes. Et la preuve en est que soudain, derrière un amoncellement de détritus malodorants, on aperçoit un jeune homme qui astique consciencieusement une voiture blanche étincelante...

Trois coups de coeur

- Le quartier fatimide (Xe et XIe siècles), et particulièrement la sharia el-Mouiz Li-Din Allah, où plusieurs immeubles ont été magnifiquement restaurés. À voir le jour mais aussi le soir, lorsqu'ils sont éclairés.

- Les marchés locaux où l'on vend des aliments et des objets d'utilisation courante. Ils sont beaucoup plus agréables à fréquenter que les souks touristiques, où on se fait constamment harceler par les vendeurs.

- Savourer un thé à la menthe et un shisha en regardant défiler les passants dans l'un des innombrables cafés du centre-ville.

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Collaboratrice du Devoir

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